Jean-Michel YOLIN                                                                                                                              le 26 juin 2001
Internet : une chance à saisir pour développer création d'entreprises et emploi


 
 

Internet : une chance à saisir pour développer création d'entreprises et emploi

1 La création d'entreprises dans les NTIC: un enjeu majeur, un problème spécifique

1.1 Un enjeu majeur au delà des coups de folie de la bourse

1999 et le début 2000 ont été marqués par une perte de repère des investisseurs qui, conscients de l'ampleur de la révolution en cours sans bien en comprendre les ressorts, et craignant de "rater le train" ont déclenché des surenchères sur les valeurs boursières jusqu'à des valeurs sans rapport avec la capacité des entreprises à créer de la valeur (soit par leurs bénéfices après la phase de développement, soit par le potentiel de leur technologie pour un acheteur potentiel)

Ce phénomène a été amplifié par le fait que le prix d'une action, sur courte période, ne dépend pas de la valeur économique de l'entreprise, mais du prix auquel vous pouvez espérer la revendre ... et ce prix dépend uniquement de ce que vous pensez que les autres pensent, et comme ceux-ci font de même, la valeur d'une action dépend de ce que vous pensez que les autres acteurs pensent que vous pensez on comprend bien l'extrême instabilité que cela crée

De surcroît Internet lui-même donnait la capacité d'effectuer des transactions beaucoup plus rapides, de façon beaucoup moins onéreuse et avec des outils d'aide à la décision extrêmement sophistiqués permettant au premier venu de disposer d'écrans analogues à ceux des "golden boys" et de penser qu'il disposait de la même information que les professionnels
 Par ailleurs des start-up ont clairement commencé alors à construire des "business plan" davantage destinés à séduire des investisseurs que des clients (voir www.kasskooye.com)

Bien entendu cette vague spéculative, après l'éclatement de la "bulle", le "e-krach", a été suivie par un creux tout aussi exagéré en 2001 renforçant l'idée pour certains que l'internet n'était qu'une mode éphémère comme la spéculation sur les tulipes au XVIIème siècle

En fait l'analyse, non des cours de bourse, mais du développement des usages montre que pendant cette crise financière le développement de l'Internet, tant pour les particuliers que pour les entreprises se poursuivait sans rupture de rythme

Or ce développement, même s'il concerne au premier chef les entreprises traditionnelles qui y trouvent une source d'économies, de réactivité et de développement, passe par l'émergence de nouveaux concepts et de nouveaux outils, et, l'expérience le montre, innovation signifie le plus souvent, création d'entreprise

La création d'entreprise, source d'emplois directs, mais aussi et surtout de compétitivité pour tout le tissu économique et d'évolution pour toute la société est donc un enjeu majeur et il ne faut pas déduire du e-krach et des innombrables disparitions qui ont suivi un sentiment d'échec

Rappelons nous seulement le développement de l'industrie automobile à la fin du siècle dernier et les centaines de constructeurs dont la plupart ont aujourd'hui disparu : de même qu'aujourd'hui, devant le potentiel de possibilités d'innombrables petites entreprises ont été créées, chacune apportant des idées neuves avant de disparaître ou d'être absorbées. En déduit-on pour autant la faillite de l'industrie automobile parce que 99% des entreprises de ce secteur créées au début du siècle ont disparu?

La principale différence avec ce que nous vivons réside dans la vitesse avec laquelle cette évolution se produit aujourd'hui!

Enfin soulignons que de nombreuses innovations ont échoué parce que le marché ne s'est pas développé à la vitesse prévue (les inerties dans les comportements dans le commerce électronique, où à l'inverse les engouements que personne n'avait prévu comme pour le téléphone portable) sont souvent difficiles à anticiper. Ce n'est pas pour autant que les concepts développés sont sans intérêt: il est très vraisemblable que nombre d'entre eux figureront parmi les ingrédients du succès d'autres entreprises dans le futur et c'est la raison pour laquelle nous avons choisi de ne pas "gommer" de ce rapport ceux qui ont apporté des idées neuves, même si l'échec financier a sanctionné leur aventure

Ces créateurs ont apporté des idées neuves : ils méritent notre reconnaissance et leurs idées se doivent de ne pas être gommées de nos mémoires

1.1.1 Pour le développement économique, l'emploi et la balance commerciale

Il faut bien entendu examiner les évolutions au delà des péripéties du court terme:

La création d'entreprises, notamment dans un secteur susceptible de créer des emplois qualifiés et de générer des produits ou des services ayant un marché mondial, est évidemment d'une grande importance pour le renouveau de notre tissu économique.

Or, le secteur des NTIC est aujourd'hui, et de loin, celui qui offre le plus d'opportunités nouvelles, comme le montrent les exemples de plusieurs pays de l'OCDE et notamment les USA, le Canada mais aussi les pays d'Europe du Nord,

Aux États-Unis, ce secteur est passé en tête de tous les autres, tant en ce qui concerne sa contribution au PIB (entre 10% et 15% en 2001, le double de notre pays) que sa part dans l'emploi salarié (de 8 à 12% selon le périmètre de l'analyse).

Là-bas comme en Europe, la croissance de la production et de l'emploi dans ces secteurs a tiré la croissance globale

L'emploi y croissait 5 fois plus vite que dans l'économie en général de 1995 à 2001 (3% contre 0,6%):

L'effondrement des valeurs boursières des start-up , s'il a entrainé la disparition de nombreuses entreprises en phase de décollage qui n'ont pas trouvé les ressources en capital pour atteindre l'équilibre d'exploitation, a surtout élagué de façon Darwinienne les multiples entreprises qui s'étaient lancées sur les mêmes créneaux, ne laissant survivre que les plus fortes

Ce Krach (le "e-krach") a bien entendu fortement ralenti le développement des start-up qui avait atteint des rythmes effreinés début 2000 mais cette baisse des valorisations ne s'est pas traduit pour autant par une baisse du développement de l'Internet et ce secteur est en 2001 encore fortement créateur d'emplois.

Le chiffre d'affaire généré par l'internet dépasse maintenant l'industrie de l'automobile et de l'énergie cumulé

Selon un rapport du ministère du commerce américain rendu public en juin 1999 par le vice-président Al Gore, les trois quart de la croissance des Etats-Unis et 40% des créations d'emploi provenaient des technologies de l'information

Selon une étude de la réserve fédérale américainewww.bog.frb.fed.us c'est les 2 tiers des gains de productivité des 5 dernières années qui sont dues à Internet

Ce chiffre est de 20% pour la France (tableau de bord du MEFI www.finances.gouv.fr)

En 1999 avec 28 Milliards de $ (80% du capital risque) ce montant a été multiplié par plus de 2 par rapport à la même période de 98 ( 12 milliards - PEE San Francisco), cette année là 500 entreprises se sont introduite au Nasdaq en y levant 60 Milliards de $ contre 35 en 98

L'année 2000 a vu "l'explosion" de cette progression au premier trimestre (sur le seul premier semestre le niveau de 28 Milliards de 1999 est déjà dépassé) le montant des fonds investis ainsi que des nouveaux fonds levés ont commencé à baisser fin 2000 (néanmoins selon PriceWaterHouseCooper au second semestre 2000, 11,7 Milliards de dollars ont encore étés investis par des capitaux risqueurs dans des sociétés Internet, soit près du double de la même période 1999!)

Dans cette phase de maturité les montants investis sur chaque opération correspondent en moyenne davantage à des phases de développement et sont unitairement plus élevés:

Une autre évolution doit être notée: l'essentiel de ces fonds s'investissait dans la promotion et le marketing (parfois de façon exagérée comme l'a illustré la faillite retentissante de boo.com) beaucoup plus que dans les développements techniques (Brian Jacobs de St Paul Venture Capital). Cette tendance pourrait s'inverser avec le développement d'entreprises plus technologiques liées au développement des infrastructures à haut débit et des logiciels plus techniques (intranets, Internet nomade, technologies optiques, CRM, KM, cryptage, reconnaissance vocale, places de marché, ASP,...)

En Europe (statistiques EVCA) les fonds de capital risque investis dans les NTIC sont passés de 2,9 Milliards d'euros en 1998 à 8,4 en 1999

Même évolution en France légèrement décalée dans le temps puisque les investissements du capital risque dans les start-up sont passés d'après Chausson Finance de 675MF en 1998 à 2,27Milliards en 1999 dont 79% dans les NTIC et 12% dans les biotechnologies et sur les seuls 9 premiers mois de 2000 ce n'est pas moins de 5,7 Milliards de F qui ont été investis dans des start-up pour conforter le développement des leaders du B to C (Kelkoo (200 MF), Aquarelle, RueDuCommerce,CanalWeb,...) et financer l'émergence des 3 secteurs aujourd'hui les plus porteurs (indicateur Leonardo-Digital Business www.digitalbusiness.fr ):

· les market places avec ProXchange (230MF) ou Marketo (48MF), Direct Markets

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· le Haut Débit, notamment dans les technologies optiques Algety (30MF) High Wave Optical Technology (300MF)

· et l'Internet mobile avec de nombreuses petites opérations symptomatiques d'un marché en phase de démarrage et qui cherche encore sa voie avec Ubiki (50MF), Webraska (70 MF), VoxMobili avec WooZwoo (5 MF), Mobipocket (9 MF), Aladdino, Mobiclick, K-Mobile, Pagesmobiles, Arkadia Netsystems, Wokup, Cybernomade, FrontSales.com, Internet Télécom, In Fusio, Musiwap.com (6MF), FinGo, Scoot.com, Phonevalley.com (5MF) Freever...

Même si le premier trimestre 2000 restera sans doute comme un pic difficilement égalable, on peut penser que sur moyenne période le montant des fonds injecté dans les start-up restera sur une trajectoire fortement ascendante

En matière d'emploi une étude réalisée par le Bipe à la demande de notre Ministère chiffre à 145.000 emplois par an les créations dues au développement des NTIC: ces emplois seraient localisés tant dans les services que dans l'industrie

1.1.2 Pour l'innovation dont les plus radicales proviennent quasiment toujours d'entreprises nouvelles

Les innovations majeures ne viennent que rarement des structures établies (que l'on nomme communément par un terme popularisé par JM. Billaut les "Empereurs") car celles-ci sont souvent prisonnières de structures lourdes, de personnel mal préparé à une mutation radicale, d'un réseau de distribution qui paralyse les changements commerciaux rapides

Levi's a même du faire machine arrière en supprimant son site de vente en ligne fin 1999 pour ne pas s'aliéner ses distributeurs

Au début de cette révolution, elles sont plutôt prospères ce qui les amène à regarder d'un oeil condescendant les premières aventures, souvent imparfaites de leurs nouveaux concurrents ("seuls les bébés mouillés aiment le changement" rappelle la sagesse populaire...)

Bien souvent elles ne développent une activité Internet que de façon marginale

La prestigieuse Encyclopaedia universalis fondée en 1768 a manqué sombrer : la nouvelle direction a du revoir de fond en comble son business model: le coût de l'encyclopédie est passé de 9.400Fpour l'édition papier à 1.980F(CD-Rom + Internet) en 1998 et 360F en 1999 (la version électronique représentant néanmoins 64% du chiffre d'affaire). Son homologue française Encyclopedia Universalis est vendue sous cette forme à 1.497F

Le prochain pas, celui d'un accès gratuit sur le Web a été franchi début 2000 www.britannica.com avec l'ambition de devenir un site à fort trafic rémunéré pour une large proportion par la publicité

L'affaire est de nouveau bénéficiaire mais le nombre de courtiers est passé de 200 à 30. Par contre l'encyclopédie est maintenant réactualisée en profondeur tous les ans, contre un léger lifting tous les 5 ans précédemment

Ken Olsen, un précurseur dans le manque de vision, président de l'alors puissant Digital equipment déclarait au début des années 1970 "je n'arrive pas à trouver une seule raison pour laquelle quelqu'un voudrait avoir son propre ordinateur.."

La plupart des présidents des grands groupes (IBM, Hewlett-Packard, Ericsson, Compaq...) ont eux-mêmes récemment avoué que leur entreprise n'avait pas pris la mesure à temps de l'importance de cette évolution ou avaient reculé devant l'ampleur des remises en cause nécessaires

"ces dernières années nous n'avons pas tout fait pour devenir un leader dans ce domaine et nous avons eu tort" Lewis Platt Président de Hewlett-Packard

"vous n'imaginez pas la créativité qui est déployée pour résister au changement!" Nobuyuki Idei Pdg de Sony

Thomas Middelhoff nouveau président de Bertelsmann déclarait à l'été 1999 "l'Internet n'est pas une nouvelle activité comme je le pensais,...il va transformer radicalement notre manière de travailler, les règles du jeu changent, il nous faut une nouvelle culture" et en septembre 2000 Richard Mohn, le patriarche-fondateur "avec l'Internet Bertelsmann se trouve dans une situation comparable à celle qui existait à la fin de la guerre. Il faut tout rebatir"

Le "100 days work-out blitz": Jack Welch patron de General Electric, (290 000 salariés) se vantait jusqu'il y a 4 ans de ne même pas savoir se servir d'un micro-ordinateur, sa prise de conscience s'est faite...sous l'influence de sa femme "Avoir une seconde femme 17 ans plus jeune que soi oblige à rester dans le jeu" déclarait-il à "fortune" . Après être passé de la première capitalisation mondiale à la troisième, la prise de conscience tardive (1999) mais fulgurante de ce patron énergique entraine une réaction tout aussi brutale: les 500 principaux dirigeants du groupe qu'il convoque se voient donner un délai de 100 jours pour redéfinir leur stratégie chacun dans son domaine. Une équipe d'un millier de "e-business leaders" sont mis en place. Chacun des cadres dirigeants (lui compris) se voit désigner un tuteur de moins de 30 ans. Les groupes "destroyyourbusiness.com" ont pour objectif d'obliger chacun à imaginer comment une start-up ou un concurrent pourrait les évincer du marché grâce à une capacité de mieux servir le client, et dans la foulée de lancer de nouvelles initiatives

Un an après, 3 niveaux de management étaient supprimés dans la circulation de l'information et GE avait retrouvé la première capitalisation mondiale (530 milliards de dollars), "mais jamais cette révolution n'aurait pu avoir lieu si vite si le terrain n'avait été préparé par une démarche qualité (Six Sigma) ayant orienté toute l'énergie de l'entreprise vers la satisfaction du client"

Merrill Lynch n'a proposé qu'en juillet 1999 un service en ligne à ses 5 millions de client en divisant par 10 ses tarifs de courtage à 29,95$ au lieu de plusieurs centaines de dollars (selon le montant de la transaction) précédemment (et elle a du pour cela acquérir la start-up DE. Shaw pour 25 M$): son cours a aussitôt baissé car les analystes ont considéré que cette stratégie n'était pas crédible sans remise en cause profonde de la structure qui continue de s'appuyer sur ses 15.000 courtiers!

Le Chicago Board of Trade qui effectue encore 95% de ses transactions sur le parquet n'a décidé qu'à l'été 1999 de basculer sur un marché électronique et parce qu'il était sous la menace de William Porter, fondateur d'e-trade, qui projette de lancer un marché des options sur action avec des coûts de transaction beaucoup plus bas

Le 9 nov 1999 Richard Grasso président du NYSE (New York Stock Exchange) sous la pression de ses gros clients qui ont commencé à dévier leurs opérations vers les marchés électroniques (ECN) annonce une évolution semblable malgré les menaces que fait peser cette orientation sur l'avenir de ses opérateurs comme les teneurs de marché

Les ECN avec des entreprises comme DATEK, Instinet, Archipelago, Bloomberg Tradebook,Brass Utilities, Redibook, MarketXT, Strike T, NexTrade, soutenus par les grandes banques d'investissement, pourraient même selon certains remplacer totalement les anciennes bourses: ils sont beaucoup moins couteux, travaillent simultanement sur toutes les places financières, sont opérationnels parfois jusqu'à 23h sur 24. Ils ont déjà capté 22% des transactions du Nasdaq et 6% du Nyse. Ils viennent de décider d'interconnecter leurs systèmes informatiques pour mieux informer leurs clients

Nous écrivions en 1999 "Les ECN sont actuellement sur un rythme de doublement trimestriel (Le Monde 16 sept 99) et pourraient ainsi rendre sans objet les négociations entre les "grandes" bourses européennes (qui ne seraient peut-être pas nouées aussi rapidement en l'absence de la menace qu'ils représentent)" le lancement d'une OPA hostile du Suédois OM Gruppen, créateur de l'ECN Jiway, sur la Bourse de Londres, qui a brisé l'alliance iX avec Francfort, est une cinglante confirmation de ce pronostic et une illustration de l'avance prise par les pays Nordiques dans ces domaines

D'autres Grands Groupes, notamment dans notre pays, n'ont toujours pas compris:

Philippe Lemoine coprésident du directoire des Galeries Lafayette déclarait au Monde "des entreprises ne s'y sont lancées que pour ne pas arriver à la réunion des analystes financiers sans un projet Web quelconque sous le bras. Il y a des tas de gens qui y sont allés sans conviction et qui ont pris le risque de perdre de l'argent et de ne pas savoir pourquoi ils le perdaient. Du coup le retour de bâton est violent".

Malgré des résultats financiers remarquables ces groupes, dans le secteur bancaire par exemple ("qui restent en France dans une stratégie défensive" (Cambridge Technology), se trouvent avec des valorisation moitié moindre que celle de concurrents dont les investisseurs ont le sentiment qu'ils ont véritablement pris conscience des enjeux

C'est un euphémisme de dire que ni les grandes banques, ni les grandes bourses, ni les constructeurs automobile, ni les grandes maisons de disque, ni les leaders de la distribution pharmaceutique n'ont été les visionnaires de leur domaine

"dip toe in the water strategy doesn't work" dit l'adage

L'an 2000 nous paraît avoir été celui de la prise de conscience de nos grandes entreprises:

Elles ont dépassé le stade du site institutionnel pour s'investir dans des projets majeurs touchant le coeur même de leur activité comme cela est ressorti clairement du congrès Net2001 www.mynet2001.net (reseau virtuel des entreprises du secteur automobile www.mynet2001.com/concours/publiste/63.html, réorganisation du processus d'achat autour du e-procurement chez Aventis www.mynet2001.com/concours/publiste/8.html, service client chez Snecma www.mynet2001.com/concours/publiste/51.html , création d'une base de donnée pour la maintenance des avions (SITA) www.mynet2001.com/concours/publiste/31.html , outil d'analyse stratégique pour les comités de direction du groupe Renault www
Mettre discours de Net2001 en ligne

De plus en plus de grands groupes, prenant la mesure du danger, après une première phase de condescendance pour ces jeunes étudiants, commencent à créer des fonds de "corporate venture", sur le modèle des entreprises américaines (Intel dispose d'un portefeuille de 300 sociétés) pour être présents au capital de ces nouveaux venus et disposer ainsi d'un poste d'observation des évolutions en cours sans les étouffer prématurément dans leurs lourdes structures en les rachetant (Cisco considère que 30% de ses innovations proviennent de ses acquisitions, souvent préparées par des prises de participation)

Vivenditure (Vivendi associé à d'autres industriels européens et américains), Auriga (Rhône-Poulenc, Danone, AXA), Innovacom Denis Champenoiset Technocom (France Télécom), Dassault développement Benoit Haber (Pdt)Luc Lechelle (500MF gérés), Thomson CSF Venture Jean-Michel Barbier, Flavius investissement (LVMH), Club de développement (Pinault Printemps Redoute),Europ@web (groupe Arnault), @viso Daniel Scolan (Vivendi, et le groupe japonais Softbank de Masayochi Son), Air Liquide Ventures, eBertelsmann (Bertelsmann doté de 1 Milliard de dollars),de même pour EDF, le CEA, Alcatel, Chrysalead incubateur de Danone, Bull Internet Incubator,...

D'autres comme Thomson, Hewlet Packard ou IBM, encouragent les "spin-off" et Toyota a créé une société totalement en marge des structures (VVC :Virtual Venture Company) avec une quarantaine de jeunes cadres (moyenne d'age 36 ans) pour créer éventuellement une nouvelle marque plus "jeune" échappant ainsi aux réseaux traditionnels et capable de mieux tirer parti des nouvelles possibilités offertes par l'internet

"nous encourageons également la filialisation de certaines découvertes, les start-up étant plus à même de lancer rapidement des produits commerciaux" Paul Horn, patron de la R&D d'IBM : au début des années 1990 une étude interne avait montré que moins de 5% des travaux de recherche débouchaient sur le marché

Même la CIA qui vient de créer le Fonds In-Q-it (en référence au major Boothroyd alias "Q"), doté de 28M$, adopte cette démarche (NY Times du 29 sept 99)

Certaines fonctions ne peuvent être assurées que de façon totalement intégrées à l'entreprise (relations client, approvisionnement, intelligence économique, ingénierie simultanée, intégration des ERP, ...) mais d'autres peuvent être traitées en "périphérie" de l'entreprise (places de marché, ventes sur internet,..) : Ils confient leurs propres développements Internet bien souvent à des filiales ad hoc vivant au rythme et selon les modalités de fonctionnement de la nouvelle économie ce sont soit des "start-up internes", soit de jeunes entreprises rachetées mais qui conservent leur modes de gestion: l'effondrement des valeurs Internet a permi cette année aux entreprises traditionnelles de s'attacher des équipes expérimentées à bon compte (avec cependant le risque de retarder la nécessaire transformation en profondeur de l'entreprise elle-même)

"il est en effet extrêmement difficile de passer d'une organisation basée sur les "fonctions" à une autre basée sur les missions, à un mode de management où il faut donner du sens et pas seulement des directions, "il faut que le manager soit capable de fédérer au service des enjeux du client plutot que toute autre condition de statut, de pouvoir ou de hiérarchie" (Bernard Dufau Pdg IBM France),

"l'entreprise n'est plus une forteresse mais un réseau ouvert, enchevétré avec d'autres...les entreprises deviennent des structures molles à périmètre variable" Bernard Brunhes, les Echos:

Le handicap de notre culture profondément marquée par notre tradition paysanne avec un attachement très fort à la notion de territoire, de patrimoine et de frontières est dans ce domaine un fort handicap supplémentaire pour nos grands groupes

On peut effectivement constater que tous les leaders dans les secteurs nouveaux sont de jeunes entreprises "qui ne pensent qu'à ça" (les "barbares"). Elles n'ont pas d'inertie interne à vaincre, elles n'ont rien à perdre et elles bousculent allègrement les structures établies : Amazon.com, e-trade, Springstreet.com, Dell computer, Onsale, Autobytel, Yahoo! Worldcom, Qwest, Level3, Cisco, AOL, e-bay, e-loan, EMC, Siebel, ariba...

...elles sont souvent dirigées par des jeunes ou des personnes venant, sans préjugés, d'horizons très différents :

Le créateur de Worldcom, Bernie Ebbers, qui vient de réussir sa 71ème prise de contrôle, la plus grosse (et de très loin) OPE mondiale (avec 129 Milliards de dollars) a débuté comme entraîneur de basket puis dans l'hotellerie: il est dorénavant le premier opérateur mondial par sa capitalisation (290 Milliards de dollars) dépassant ATT (250 Milliards), et transporte la moitié du trafic Internet mondial

Celui de Qwest, Phil Anschutz, (créé il y a 2 ans elle atteint une capitalisation de 29 Milliards de dollars en janvier 99 et est en phase de prise de contrôle deUS West pour 35 Milliards) venait d'une entreprise de Chemin de fer

Léquipe de fondateurs de Level3, dirigée par James Crowe, vient du BTP (Groupe Peter Kiewit)...

Une expression avait vu le jour pour décrire ce phénomène :"to be Amazoned"

Elles ont l'esprit libre pour sortir des ornières "you must think and act outside the box"

On les appelle aussi les "Dot.com", car pour mieux marquer leur option totale pour l'Internet elles ont intégré le ".com" dans le nom même de leur marque : Amazon.com, springstreet.com , fromages.com,quote.com, boursier.com, Alafolie.com (industrie du mariage), Xoom.com, Moreover.com, promosdujour.com, startupfailure.com,...sans parler de la ville de Halfway dans l'Oregon qui a décidé de changer son nom pour celui de Half.com!

Certes, toutes ces entreprises ne survivront pas: comme lors des grandes révolutions industrielles des siècles passés (marine marchande, chemin de fer, électricité, automobile, micro-ordinateurs,...) d'innombrables initiatives ont permis une floraison d'innovations, d'intenses spéculations sur les nouvelles "start-up". Des faillites et des crises parfois dramatiques (1929) ont accompagné les phases de consolidation. Il n'en reste pas moins que toutes ces technologies ont façonné le paysage économique et que de nouveaux leaders sont apparus et que l'on est jamais revenu à la situation antérieure

Il semble que là comme ailleurs le "phénomène internet" se traduise par une accélération du temps, une accentuation de la hauteur de la vague, suivi, quasi mécaniquement, par une amplification du creux

La même semaine une PME de quatre ans d'âge, Excite, se vendait plus cher (6,7 milliards de dollars) qu'une grosse entreprise centenaire très convoitée, Volvo (6,3 milliards de dollars) et Yahoo!, après avoir absorbé Geocity, atteint la même valeur que BNP et Paribas réunis tandis que symboliquement AOL avec 63 milliards de dollars dépassait Disney (61 milliards malgré un chiffre d'affaires 10 fois plus élevé) et que Microsoft (261 milliards) prenait la tête du classement mondial devant General Motors ("seulement 257 milliards). En 1999 Microsoft a dépassé la barre des 600 milliards avant de redescendre en particulier lors de son procès pour abus de situation dominante

En juin 1999 Freeserve, fournisseur d'accès britannique gratuit, créé le 22 septembre 1998, vaut 9 mois après sa création presque aussi cher que le plus gros sidérurgiste européen né de la fusion de British Steel et de Hoogoven

Entre mars 2000 et mars 2001 il n'est pas exceptionnel de voir les valorisations baisser de 90% alors même que le développement d'Internet continue à un rythme soutenu

Le e-krach ne doit pas nous faire baisser la garde: il reste toujours aussi important de favoriser la création de nouvelles entreprises technologiques, et cela étant plus difficile, l'effort des pouvoirs publics ne doit pas s'affaiblir, bien au contraire

Internet est davantage une économie de normes, de standards, que de technologie

Plutôt que NTIC, Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, dont nous avons vu à quel point ces mots étaient trompeurs, il serait sans doute plus approprié de les nommer NST : Nouveaux Standards Transactionnels.

1.1.3 Une économie de Standards: les premiers arrivés prennent les places et sont ensuite indélogeables

Le coût d'un logiciel est quasiment un coût fixe et ne dépend pratiquement pas du nombre de clients: si vous multipliez par 1000 le nombre de vos clients vous divisez pratiquement par ce même chiffre votre prix de revient unitaire...

Aussi le marché est-il au départ d'un nouveau produit extrêmement instable quand plusieurs compétiteurs s'affrontent: celui qui arrive à distancer ses concurrents se retrouve très rapidement en position dominante, inexpugnable, en devenant la référence dans son secteur tandis que le marché se concentre sur lui

Les autres sont condamnés à disparaître (où à se faire absorber) ce que les américains résument par l'expression "the bigger, the Biggest"

"il faut créer tout de suite un leader mondial. Car quelqu'un qui a une avance dispose d'une fenêtre de 6 ou 9 mois seulement pour en profiter" Maurice Tchénio patron d'Apax Partner

Yahoo!, AOL et Amazon.com ont par exemple atteint un taux de notoriété spontané supérieur à 50% ce qui donne à ces entreprises une valeur boursière sans commune mesure avec leur chiffre d'affaire et leurs résultats financiers:

AOL "a valu" 100 milliards de dollars et Yahoo! a dépassé 100 Milliards de $ début 2000 avant de retomber à 10 à l'été 2001, et Amazon 17 milliards de dollars bien qu'elle fasse encore des pertes.

Cisco a déboursé 6,9 Milliards de dollars pour une petite société californienne Cerent (créée en 1997, 10M$ de chiffre d'affaire, 30M$ de perte, un seul produit...mais qui en donnant accès à la technologie DWDM (multiplexage sur les fibres optiques permettant d'en décupler le débit) apporte à Cisco la dernière brique pour lui permettre une attaque frontale contre les fournisseurs des opérateurs historiques (Lucent, Alcatel,...)

Quant à Lucent et Nortel ils ont dû respectivement débourser 25,2 et 6,7 milliards de dollars - soit 15 M$ par ingénieur - pour racheter Ascend et Bay-Networks afin de rattraper le retard qu'ils avaient pris sur les technologies internet,

Visiblement Lucent a trébuché sur cette marche et sa valorisation s'est effondrée de 280 Milliards de $. Aujourd'hui Lucent, ex-leader mondial est sur le point d'éclater en 4

A son échelle, Alcatel dont les développements techniques étaient étroitement influencés par l'opérateur historique était lui aussi pris à contre-pied par l'effondrement du marché de la commutation traditionnelle et de ce fait sévèrement sanctionné par les marchés

A cette période les analystes de Merrill Lynch, malgré son leadership mondial dans l'ADSL, allaient jusqu'à dire fin 1998: "nous estimons que le manque d'expertise et de compétences intellectuelles d'Alcatel dans ce domaine mettent en péril l'avenir du groupe": de leader mondial en 1995 il était tombé à la 7ème place en 1998, 7 fois plus petit que le leader Lucent.

Pour rattraper les années perdues il a acheté, sur la base de 6M$ par ingénieur Packet Engines (routeurs, 0,315 milliard de dollars) Xylan (2 Milliards de dollars qui apporte la maîtrise de la fusion voix-données, indispensable pour aborder le marché des clients "non-historiques") Genesys et DSC (pour 4 Milliards ) mais sa faible capitalisation lui interdisait des prises de contrôle par échange d'action et il est contraint de payer en cash

Un vigoureux recentrage sur ses points forts (ADSL, technologies optiques,...) une réorganisation, cassant les baronnies et une communication financière rigoureuse lui ont permis en 2000 de retrouver la confiance des investisseurs et, par là même, les moyens de son développement avec une capitalisation remontée à 103 Milliards d'euros (contre 35 au plus bas) qui l'autorise de nouveau à prendre le contrôle d'entreprises lui apportant les technologies qui lui manquent avec du papier comme Newbridge pour 7,1 milliards de $.

Le e-krach l'a certes affecté mais dans une moindre mesure que ses concurrents

Alcatel a maintenant une valorisation proche de Lucent alors qu'il y a un an il n'en valait que 15%! Dans l'économie de l'Internet, tout va tellement vite que rater une marche ne pardonne pas, soulignait John Chambers, patron de Cisco, lors d'un passage à Paris et aucun leadership n'est donc jamais acquis

Un argument que l'on entend souvent en effet dans notre pays paraît extrêmement pernicieux :

"toutes ces entreprises ne reposent en fait que sur une bonne idée en matière de marketing, elles ne bénéficient d'aucune protection technologique, laissons-les donc essuyer les plâtres, créer le marché et les nouveaux entrants bénéficieront de l'expérience et pourront "ramasser la mise""

Mais ne peut-on pas tenir le même raisonnement sur Coca-Cola ? Des dizaines d'entreprises se sont mises depuis une dizaine d'années à fabriquer et vendre des colas en profitant d'une "éducation du goût" déjà faite. Elles ont réussi à mettre sur le marché des produits dont on ne peut pas dire qu'ils soient notablement plus mauvais que l'original. Et pourtant peu d'entre elles approchent la capitalisation boursière du leader historique (la marque Coca-cola, malgré les déconvenues de 1999 est estimée par Interbrand, à 72,5 Milliards de $)

Les pionniers bénéficient en effet, grâce à leur situation de "référence", et au caractère innovateur des services qu'ils offrent d'une énorme publicité gratuite (sans même compter ce rapport) : il y a peu de journaux qui ne parlent chaque semaine, sinon chaque jour, d'Amazon.com et de Yahoo! avec des connotations "jeune", "dynamique", "conquérant" et "sympathique", alors qu'en contrepoint se dessine l'image de "lourdeur", de "vieux", de "manque d'imagination" des "Empereurs", l'image de Goliath contre David

Amazone et Yahoo! Ont atteint en trois ans un taux de notoriété spontanée de 50 % que les très grandes marques ont mis souvent des décennies à obtenir

Ceci est un premier atout d'une valeur considérable que notre culture a tendance à sous-estimer

Deuxième atout : avec la mondialisation tout internaute se trouve placé en position de choisir entre des centaines sinon des milliers de références. Dans ce contexte deux éléments sont déterminants

- le prix car c'est un élément qui se prête à des comparaisons faciles notamment grâce aux agents intelligents

- la notoriété de la marque, facteur de confiance qui offre un repère essentiel milieu de cette jungle

en termes de rentabilité pour le marchand le second est généralement considéré comme le plus important

Troisième atout: de plus en plus les sites marchands véritablement performants pratiquent le "softselling", c'est-à-dire qu'ils offrent aux visiteurs de très nombreux services gratuits afin de les fidéliser et de faire de leur site la référence de la profession :Analyse financière pour E-trade, critique littéraire, club de lecteurs, moteur de recherche pour Amazone.com, banque de données géographiques pour Springstreet.com, tout ce que vous devez savoir sur la voiture pour autobytel,...

Cela représente de très lourds investissements, facilement amortis quand les clients se comptent par millions et, à l'inverse, extrêmement difficiles à financer pour le nouveau venu : rappelons que les logiciels ou les sites sont quasiment des coûts fixes et que, de ce fait, leur prix de revient unitaire est inversement proportionnel au nombre de clients.

Dans la net-économie il y a une prime considérable pour le leader car il peut vendre moins cher, voir même fournir ses services gratuitement, tirer des revenus substantiels de la publicité, et accumuler les moyens financiers pour creuser la différence en termes de qualité et pour racheter ses concurrents malheureux

C'est ce qu'on appelle la loi de Davidow : "le premier qui part à la conquête d'un nouveau marché en conquiert 60%"

Ou plus radicalement "first mover takes all"

Ceci est une des explications des cours de bourse au plus fort de la période de spéculation, totalement déconnectés des chiffres d'affaires et des bénéfices de l'époque mais capitalisant les bénéfices escomptés quand l'entreprise deviendra le "Coca Cola" ou le "Microsoft" de son secteur (même si dans l'euphorie de début 2000 certains ont perdu le sens de la mesure...)

Bluemountain.com, leader des cartes de voeux gratuites en ligne, 65% du marché, a été rachetée en novembre 1999 par Excite@Home pour 780 M$ !

Attention : cela ne signifie pas qu'un leader est inexpugnable : il a peu à craindre d'un imitateur mais il a tout à redouter d'une idée neuve et les chutes peuvent être plus rapides encore que la montée.

L'économie start-up c'est un sprint en forme de Marathon!

La bataille de l'Internet gratuit en 1999, a permis à Dixons d'obtenir en quelques mois trois fois plus de clients que des leaders comme Wanadoo illustre bien ce point.

Mais cela a nécessité une idée marketing neuve : couplage du portail de commerce électronique et de la fourniture d'accès gratuit, et en se rémunérant pour partie par un reversement de la marge réalisée par l'opérateur de la boucle locale

...et la création de nouvelles start-up comme Internet Télécom qui se propose de vendre des plates-formes d'internet gratuit personnalisé, clé en main (portail, plate-forme technique, centre d'appel, ...) aux grands distributeurs (ou aux Banques!) qui choisiraient comme Darty ou la Fnac cette voie pour développer leur commerce

"le succès et l'arrogance qu'il apporte empêche de voir arriver la révolution suivante et ses futurs concurrents. La route 128 qui entoure Boston où se trouve notre siège social est le premier cimetière d'entreprises High Tech des Etats Unis" Michael Ruettgers Pdg d'EMC http://www.emc.com entreprise spécialisée dans le stockage de données, nouveau métier qui se développe avec l'Internet commercial qui nécessite de stocker de gigantesques quantités d'information (74milliards de dollars de capitalisation en 2000, soit plus que Boeing ou Motorola)

Il est donc extrêmement important pour notre pays de faciliter l'émergence de telles start-up, et de créer un environnement qui ne les oblige pas à se vendre très vite à des entreprises étrangères. Le seul domaine aujourd'hui où ce sont des start-up françaises qui dominent le marché mondial est celui des cartes à puces, avec Gemplus

Dans les jeux1(*) (Infogrames, Ubisoft, Cryo, Havas Interactive, In Fusio, Titus Interactive...) dans les industries de la Langue (Systran, Elan informatique), dans le multimédia grand public (Havas Interactive), dans les logiciels d'intelligence économique (Arisem, trivium, Qwam,..)... et plus anecdotiquement dans les fleurs (Aquarelle.com, Jenny Fleurs, Interflora ) nous avons cependant des entreprises figurant parmi les leaders mondiaux.

Bien des entreprises Françaises véritablement innovante se sont installées au moins pour partie aux US pour bénéficier d'un marché plus important, de clients et de partenaires plus avancés, d'infrastructures plus performantes et moins onéreuses et de ressources financières plus significatives

1.1.4 Quid de la stratégie du "me too" (les "suiveurs")?

La prime aux entrants est déterminante : si la stratégie du " me too " (produit imité de l'innovateur) connaît parfois des succès dans la pharmacie, même s'ils sont bien souvent relatifs, elle ne saurait ici être gagnante

Malgré les moyens considérables déployés par Barnes&Noble, le leader historique des libraires, malgré son alliance avec Bertelsmann et Hachette on voit ses difficultés à essayer, avec un succès jusqu'à présent non confirmé, de rattraper le temps perdu

Une exception cependant : cette stratégie de l'imitation de modèles qui ont réussi ailleurs peut être intéressante dans des pays encore peu ouverts à internet et qui ne sont pas encore un véritable enjeu pour les entreprises qui font la course en tête

l'objectif est alors, en s'inspirant d'un modèle marketing qui a fait ses preuves outre atlantique, de conquérir une part de marché dans le pays considéré, pour pouvoir la revendre dans un second temps à un leader (Américain ou d'europe du Nord), lui faisant ainsi gagner un temps précieux dans sa phase d'expansion.

En 1999 les entreprises américaines ont acheté 405 entreprises européennes pour 36 milliards de $ (Broadvision)

Pour être même tout à fait francs l'immense majorité des start-up que nous avons rencontrées en France ont créé leur entreprise en copiant (au mieux en adaptant) des modèles ayant déjà connu le succès aux US. D'ailleurs il est caractéristique de voir que dans les présentations faites aux investisseurs l'argument choc est bien souvent "c'est un modèle qui a fait ses preuves aux USA, mais nous sommes les premiers en France"

Ce fut en particulier le cas des fournisseurs d'accès qui n'ont véritablement gagné d'argent que lors de la vente de leur "fonds de commerce" sur une base d'un ordre de grandeur de 1000$ par client (Iway, Calvacom, Imaginet,Caramail, ...)...de 1 600$ pour Ya.com racheté l'Allemand T-Online, de 8000$ pour le rachat de Club-internet par l'Allemand Deutsche Telekom, 24.000$ pour le rachat de VoiceStream par ce même Deutsche Telekom et 30.000$ pour SelfTrade lors de son rachat par l'Allemand DAB

Mais aussi de Autoatnet.com qu'Autobytel a racheté en aout 2000 pour accélérer son implantation en France

"chaque fois que cela sera possible nous procéderons par acquisition plutot que par implantation directe. Dans l'Internet, 2 mois représentent une année de l'industrie classique et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps en créant de nouvelles structures" Bernt Weber Président de Comdirect

1.2 La création d'entreprise dans les NTIC: de fortes spécificités par rapport aux autres secteurs

Plus que dans d'autres domaines, la création d'entreprises dans les NTIC concerne les jeunes pratiquement dès la fin de leurs études comme bien des success-stories le montrent (ce qui ne veut pas dire comme nous le verrons plus loin quelle ne concerne que les jeunes)

En effet

1.2.1 Dans beaucoup de projets peu d'expérience professionnelle requise pour démarrer

Créer une entreprise dans certains créneaux des technologies de l'Internet demande très peu d'expérience professionnelle: ces métiers étant radicalement nouveaux, un jeune aujourd'hui, à la sortie du système scolaire dispose d'un bagage technique et d'idées neuves que n'a souvent pas un cadre plus âgé ;

Microsoft vient de recruter pour orienter sa stratégie et former ses directeurs afin de percevoir les besoins emergents de la société, 2 consultants : Jennifer Corriero 19 ans et Michael Furdyk 17 ans qui a créé sa première entreprise à 15 ans (MyDesktop.com et l'a revendue depuis)

Sans même prendre en compte les innombrables start-up qui n'ont pas encore fait leurs preuves, la listes des succès remportés par des entrepreneurs de moins de 25 ans (et parfois même de 20) est impressionnant: quelques exemples

Shavin Fanning n'a que 18 ans quand il fonde Napster qui, moins d'un an après sa création, remet en cause le modèle économique imposé jusque là par les 5 majors ébranlant ainsi tout un secteur économique bien établi

Marco Börries n'avait que 16 ans lorsqu'il a créé Star Division (logiciel libre qui a conquis 30% du marché allemand de la bureautique et qui vient d'être racheté par Sun)

Acses auteur de DealPilot.com, un des leader des "shopbots" qui vient d'être racheté par Bertelsmann a été créé par des étudiants allemands agés de 20 ans

Alex Hartman, était lycéen et avait 17 ans quand il a signé un contrat de 1 million de dollars pour un logiciel simplifiant les connections internet : il avait fondé son entreprise (Amicus www.amicus.com) à 15 ans (le Monde)

Les fondateurs de Mirabilis (ICQ www.mirabilis.com ) n'avaient pas terminé leurs études à l'université de Jérusalem, 18 mois plus tard ils avaient 10 millions d'utilisateurs

Orianne Garcia a 22 ans quand elle crée Caramail revendu 5 ans plus tard 500MF au suédois Spray

Mike Lynch a 23 ans lorsqu'il fonde Autonomy moteur de recherche contextuel à Cambridge, elle vaut aujourd'hui plusieurs Milliards de $

CheckPoint (antivirus) www.checkpoint.com a été créé en 1993 à Tel Aviv par trois jeunes à l'issue de leur service militaire, à trois ans elle rentre au Nasdaq et y lève 60 M$, fin 1998 sa valeur boursière était de 1,13 milliard de dollars

Fabrice Grinda fonde Aucland www.aucland.fr à 24 ans, il en a cédé la majorité à Bernard Arnault pour 120MF

Justin Frankel, 20 ans, étudiant en première année à l'Université de l'Utah a vendu sa société (Nullsoft www.nullsoft.com) pour 100 millions de dollars à AOL : il avait développé en 1996 un logiciel pour lui et ses amis afin de mieux comprimer le son (MP3).

C'est également un groupe d'étudiants qui a créé Firefly, www.firefly.com racheté depuis par Microsoft. En juillet 1999, lors de son introduction en bourse, MP3.com représente les 2/3 de la valeur boursière d'EMI group, la troisième plus grosse maison de disque

L'Allemande "de l'Est", Stephan Schambach n'a que 22 ans quand il créé Intershopwww.Intershop.com qui est devenu, à côté de SAP un des leader Allemend de la nouvelle économie en l'an 2000

Martha Lane Fox a 25 ans quand elle crée lastminute.com

Steve Jobs n'a que 21 ans quand il fonde Apple

Marc Andressen est agé de 23 ans à la naissance de Netscape

Michel Meyer a 25 ans quand il créa Multimania www.multimania.fr, un des sites français, racheté par Lycos, aujourd'hui les plus consulté (hébergement de pages personnelles et de communautés virtuelles)...et il avait déjà créé le célèbre site francophone "the virtual baguette" www.baguette.com lors de son séjour en Californie

C'est au même âge qu'Alexandre Ross fonde Lokace www.lokace.com avec Orianne Garcia 23 ans que Sébastien Forest lance Eat On Line www.eatonline.frou que Bernard Candau crée Chman, le premier site qui crée des contenus de jeu optimisés pour les hauts débits (interactivité comportementale: voir la maquette sur www.banja.com )

Henri Tebeka et Eric Constantini "récidivistes" avec la création d'Apliowww.aplio.com (téléphones IP) avaient créé leur première entreprise, Kortex international, www.primenet.com/~towens/ISDN/kortex.htm alors qu'ils étaient étudiants, dans une cave à Sarcelle

Sébastien Pissavy était également étudiant lorsqu'il créa avec ses copains l'Odyssée Interactive, aujourd'hui leader francophone des webzines de jeux

Nicolas Gaume avait 19 ans lorsqu'il créa Kalisto Entertainmentwww.kalisto.com

Buycentral, moteur de comparaison de prix créé par des étudiants à la fin de leurs études en juin 1999 employait un an plus tard 40 personnes dans 4 pays

Jérémie Berrebi Pdg de Net2One www.net2one.fr (ex-Centralcast) et président pour la France de l'association française des webmestres www.iwanet.org &w n'a que 21 ans quand il lève 10MF pour internationaliser son entreprise comme Alexandre Dreyfus Pdg de WebCity &w qui de son côté obtient 12 MF de capital risque au même mois d'août 1999 (Alexandre Dreyfus qui n'a pas même son bac crée sa première entreprise à 18 ans à Lyon, aujourd'hui à 22 ans il est à la tête de webcity.fr présent dans 8 villes françaises (réseau de sites web de proximité) et son chiffre d'affaire commence à se compter en millions)

Paul Gautier 26 ans cofondateur d'Inktomi est entré en 2000 dans la liste des hommes les plus riche du monde de "Fortune" avec 418 millions de dollars (certes loin encore de Michael Dell qui a créé Dell à 19 ans et de Jeff Bezos (35 ans) ou Steve Case qui a fondé Aol à 27 ans sans parler de Bill Gates qui a fondé Microsoft à 19 ans en compagnie de Paul Allen 22 ans

Sans compter les nombreux sites qui, sans être des entreprises recueillent déjà un trafic très significatif alors que leur créateur est encore en culotte courte: un site de "confession" www.javoue.com réalisé par Daniel 14ans cité par Le Monde et d'innombrables sites de ventes ou d'échange de jeux comme les Pokémon

Pour les domaines nécessitant une bonne connaissance d'une profession ou des réseaux de confiance qui ne peuvent être établis que par une longue vie professionnelle, n'oublions pas qu'une création d'entreprise est, contrairement à d'autres secteurs professionnels, très rarement le fait d'une personne seule: quasi systématiquement c'est l'oeuvre d'une équipe aux compétences complémentaires (la qualité et la cohérence de cette équipe sont d'ailleurs un des critère essentiel d'un investisseur)

L'exemple des très nombreuses start-up que nous avons par exemple rencontrées dans le réseau de business angel Léonardo montre que très souvent ces équipes savent associer l'oeil neuf et la maitrise technologique du jeune diplomé et la longue pratique professionnelle d'un cadre qui prend souvent la responsabilité du marketing ou de la gestion

1.2.2 On peut distinguer trois catégories de petites entreprises: les enfants les nains et les pygmées

· Les premiers, les enfants sont en forte croissance ont besoin d'être bien alimentés, ce sont eux qui retiennent en général principalement l'attention de par leurs résultats spectaculaires

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· Les seconds, les nains ont vu leur croissance interrompue par un dysfonctionnement hormonal auquel il est parfois possible de remédier : c'est souvent un problème de management quand la technique prend trop le pas sur le marketing. Ce sont souvent des proies pour les premiers

· Mais il ne faut pas pour autant négliger les troisièmes, les pygmées dont la taille pour être petite, n'en est pas moins normale à l'âge adulte :

Les entreprises pygmées, placées sur des niches correspondant à un petit créneau de marché, ou dans lesquelles il n'y a pas beaucoup d'économies d'échelle à attendre, (comme d'ailleurs c'est le cas dans beaucoup d'autres secteurs industriels: conseil, design, petits crénaux très spécialisés,...) correspondent à une partie significative et tout à fait importante du tissu industriel qui, pour être moins spectaculaire, ne doit pas être négligé :

Le Monde citant le livre de Denis Ettighoffer (e-business génération) indique qu'aux USA se créent ainsi chaque mois 15.000 nouvelles cyber-micro-entreprises

Yves Riquet, 60 ans passionné du "bas couture" assure la survie de l'usine de Montceau les Mines, menacée de fermeture, en commercialisant 22.000 paires de bas notamment au Japon grâce à un site riche en "softselling" www.sodibas.com Le Monde 24 sept 99

Les étoiles les plus brillantes ne doivent pas nous aveugler au point de nous empêcher de voir la Voie lactée

1.2.3 Pour démarrer peu de capitaux sont nécessaires

Au moins dans un tout premier stade, créer une entreprise dans ce domaine, demande très peu de capitaux et aux Etats Unis la possibilité de payer en stock options collaborateurs, conseils et fournisseurs diminue encore le besoin de "Cash" au démarrage comme le rappelle Alex Gonthier

Realviz, www.realviz.com spécialisée dans la production d'effets spéciaux a démarré en mars 1998 avec l'apport de 100 kF de chacun de ses 6 membres fondateurs, ils ont ensuite vu leurs capital abondé de 500kF par l'arrivée de 2 business Angels: Alain Tingot, l'ex-président de Siemens-Nixdorf France et Jean-Marie Hulot, l'ex-bras droit de Steve Jobs chez Next. 6 mois plus tard un groupe de capital risque franco-suédois apportait 5 MF pour...20% du capital

Frédérique Artru a créé Odisei www.odisei.com en février 1998 avec 500.000 francs, et il l'a revendu, 18 mois après, pour 80MF au groupe américain 8*8

C'est avec la même somme récoltée auprès de 5 amis qu'a démarré Marc Refabert créateur du célèbre "fromage.com www.fromages.com

pour les entreprises de services les besoins sont quasi nuls:

CDNow www.cdnow.com a démarré dans le traditionnel garage familial,

Rouge-Blanc www.rouge-blanc.com (négoce international de vin) a démarré en 1997 avec 50.000F,

Vinternet www.vinternet.fr/index.htmla été créé par Marc Perrin et Rodolphe Boivin (27 ans chacun) avec la même somme

Teach&Toy créé en 1996 par Jean-Baptiste Gayet, avec 30.000F www.teachandtoy.com (dont 2.000F pour le site, 1.500F pour le logiciel serveur sécurisé SSL, plus le coût du dépôt de marque à l'INPI www.inpi.fr)

l'Odyssée interactive www.jeuxvideo.com démarré avec les économies des étudiants-créateurs s'est autofinancé

Catherine Leroy, PieceUnique.com: mon site me coûte 39$/mois pour l'hébergement, 35$/mois pour le système de paiement et 24$/mois pour un accès permanent à internet il est vrai que ce sont des tarifs américains

Par ailleurs, même si pour les entreprises ayant pu saisir un créneau commercial à très forte croissance les besoins de financement peuvent s'avérer extrêmement important très rapidement, il ne faut pas pour autant oublier que toutes les PME n'ont pas des rythmes de croissance identique : les pygmées peuvent normalement s'autofinancer

1.2.4 Un jeune diplômé est naturellement bien en phase avec ces nouveaux marchés

80 % des internautes ont ont fait des études supérieures, ils ont encore aujourd'hui 13 ans de moins que la population moyenne, disposent néanmoins d'un revenu double de celle-ci : c'est un public qu'un jeune diplômé est particulièrement à même de "sentir"

L'internaute  consommateur  a l'esprit critique, il est allergique à toute forme de matraquage ou de manipulation : Il constitue ainsi une cible très différente de celle qui sert de référence au marketing classique (la traditionnelle et caricaturale "ménagère de 50 ans") et à la TV (considérée par beaucoup d'internautes comme "une machine destinée à l'abrutissement distractif des masses" (C. Huitema, Chief scientist des Bell Laboratories) ;

Certains pourraient objecter que l'usage d'internet se banalise et que la population des internautes se rapproche de la moyenne. Cela est indéniable pour les usages bien établis mais il nous semble qu'il n'en va pas de même pour les développements innovants comme par exemple ceux qui vont découler de l'internet à haut débit, c'est d'ailleurs ce que semble mettre en évidence les premières statistiques

Même sur le plan pathologique l'internaute se distingue par son soucis de dépassement: ses médicaments préférés sont le Viagra et la Nandrolone

L'internaute " créateur ", entrant dans la vie active, est particulièrement à même de sentir le décalage entre les aspirations des jeunes de sa génération et le système économique issu de l'histoire : il est donc bien placé pour saisir les opportunités de développer des initiatives nouvelles

Quelques exemple typique :

ICQ (I seek you) est parti de l'initiative de trois jeunes au sortir de leur service militaire qui ont ressenti le besoin d'un outil permettant à des internautes de bavarder entre eux sur le Web de façon simple et économique : ils ont revendu leur jeune entreprise 587 millions de dollars à AOL

MP3 développé par un jeune étudiant, Justin Frankel, pour stocker des partitions musicales pour ses copains

Eat On Line créé par Sébastien Forest est né, un soir après une longue journée de travail, du constat qu'il était extrêmement long et difficile de se faire livrer un repas à domicile de façon improvisée avec le chois du style de cuisine, la possibilité de consulter une carte...et pas de mauvaises surprise sur la qualité ou les coûts

Teach&Toy créé par un tout jeune papa, Jean-Baptiste Gayet qui cherchait en vain des jeux éducatifs pour sa progéniture

Les créateurs de geocities ont, pour leur part, eu l'idée d'offrir gratuitement aux internautes des outils pour créer leur home page ainsi que l'hébergement de celles-ci (3,5 millions de sites, 32 millions de pages vues, valeur boursière 5milliards de dollars

De même Yahoo! est partie du constat, en 1995, par deux jeunes universitaires, Jerry Yang et David Filo, qu'il manquait à leurs camarades un annuaire des sites, car ceux-ci se faisaient de plus en plus nombreux et il devenait difficile de s'y retrouver : ils créèrent alors le "Jerry's guide to the www"(dernières estimations boursières 35 milliards de dollars pour 200 millions de dollars de chiffre d'affaires et un effectif de 600 personnes, Yahoo! est contrôlé à 31% par le japonais Softbank)

1999 a vu une croissance brutale des vocations de créateurs d'entreprises tant dans les Ecole d'Ingénieurs que de Commerce. Un patron déclarait récemment aux Echos "avant les étudiants d'HEC nous contactaient en quête d'un stage, aujourd'hui ils viennent nous demander 20MF": espérons que cette rupture dans les comportement des étudiants de nos grandes Ecoles se maintiendra malgré la chute de la bourse et l'éloignement des espoirs de fortunes faciles et rapides

1.2.5 Les artistes aussi

Sans doute est-ce parce qu'ils sont par essence ceux qui "sentent" les décalages entre ce qui se fait et ce à quoi certains aspirent ils sont particulièrement à même de trouver les premiers les créneaux pertinents

Patrick Robin créateur d'Imaginet, Régie Online etKangaroo Village était éditeur d'art

Michel Forgues et Jean Chouraqui, experts et marchands de tableaux à Toulouse souhaitaient pouvoir présenter leurs tableaux à leurs clients.

Experts pour Sotheby's ils découvrirent à New York les possibilités d'internet et eurent l'idée de faire fabriquer des cartes format carte de visite la ViewCard, qui grâce à des épaulements et à un équilibrage parfait pouvaient être lues dans n'importe quel lecteur de CD Rom.

Catherine Leroy créateur de Pieceunique.com était photographe

1.2.6 Un domaine où la croissance de l'entreprise et la maîtrise d'un marché l'emporte sur une vision patrimoniale de contrôle et de transmission familiale

Le caractère extrêmement évolutif tant des technologies que des marchés condamne toute approche statique ou malthusienne : elle implique souvent que le chef d'entreprise sacrifie son pouvoir en acceptant des prises de contrôle majoritaires pour ne pas brider l'expansion de son affaire (ce qui la conduirait dans bien des cas à la disparition) : Le nombre de sociétés rachetées par d'autres entreprises est 8 fois plus élevé que le nombre d'introductions en bourse

"Ce qui est important ce n'est pas de faire des bénéfices, bien au contraire : ce qui est important c'est de gagner de l'argent. Si l'entreprise fait rapidement des bénéfices, c'est soit que l'idée n'était pas très intéressante, soit qu'elle a été gâchée en n'investissant pas massivement dès le départ pour devenir la référence mondiale dans le domaine"

Eric Benhamou CEO de 3Com

Ceci ne veut pas dire jeter l'argent par les fenêtre, car le principe inverse n'est pas vrai : il ne suffit pas de perdre de l'argent pour en valoir beaucoup comme certaines "dot.com que certains ont surnommé ironiquement "dot.org", noms de domaine des "non profit" organisation

Dans les NTIC, le créateur se focalisera davantage sur la création de plus-values, gage de croissance forte à terme, que sur la réalisation de bénéfices rapides :

"ses deux repères sont le burn et le stock" : le "burn est la quantité d'argent "brûlé", c à d dépensé chaque mois et le "stock" est la valeur boursière

"le plus grand risque d'échec est la panne de trésorerie au moment fatidique" Serge Cuesta Pdg de Synchronix www.synchronix.com dans l'Essonne, (créateur du logiciel Bootsweb qui assure diviser par 2 ou par 3 les temps de connexion au web),

et Pierre Haren créateur d'Ilog, de renchérir "le Pdg d'un grand groupe, membre de notre conseil avait conduit au départ le groupe à stagner dans son développement avec le principe "on ne peut dépenser plus d'argent qu'on en gagne". Nous n'avons compris que plus tard que la véritable contrainte, mais celle-là est mortelle, est de ne pas en dépenser plus que ce qu'elle en a et que la différence ce sont les fonds propres..."

1.2.7 C'est l'âge ou l'on peut se permettre de prendre des risques

Créer une entreprise comporte toujours une part de risque.

Or le jeune diplômé qui n'est pas encore "installé" dans la vie et qui en général n'a pas encore de charge de famille n'a rien à perdre dans l'aventure, et un échec à ce stade de la vie professionnelle n'est pas pénalisant dans un CV.

Il est à une époque de sa vie particulièrement favorable à courir ce risque.

1.2.8 1999: la rupture du contrat moral entre ingénieurs et Grandes Entreprises

A Harvard, 35% des élèves ont décidé de commencer leur carrière dans une start-up en l'an 2000

En France les nombreux contacts que nous entretenons avec les élèves des Grandes Ecoles montrent un mouvement analogue, né tout à la fois des opportunités nouvelles offertes par Internet et de la "rupture du contrat moral entre les grandes entreprises et leurs cadres" (Bernard Corneau VP chase Manhattan Bank):

Jusqu'à une période récente, dans notre pays, les ingénieurs,, "officiers de la guerre économique" (Bernard Esambert), avaient autant le sentiment de se battre pour leur pays en travaillant dans une grande entreprise, "champion national", que directement dans l'administration (avec d'ailleurs de nombreux passages de l'une à l'autre, le défi de la compétitivité étant "porté" par l'Etat, actionnaire des entreprises clé de l'économie. il est d'ailleurs symptomatique que les plus grandes des Grandes Ecoles soient des institutions fondées à l'origine pour former les fonctionnaires de l'Etat: X, ENA, Ulm, Mines, Ponts, Télécom, Gref,...)

En contrepartie le cadre bénéficiait d'une forte solidarité de son entreprise, notamment en matière d'emploi et de statut social (lié en partie à l'organisation très hiérarchique, quasi-militaire, voire "royale" de nos grandes entreprises où il est souvent plus important de faire plaisir au chef qu'au client. N'oublions pas que le terme de "barons", défenseur des marches du royaume, pour décrire un haut dirigeant d'un Grand Groupe n'a disparu que récemment)

Aujourd'hui, les restructurations majeures et permanentes des "World Companies" avec leurs charrettes de cadres qui, parfois, avaient sacrifié , durant des décennies,l eur vie familiale à l'entreprise ajouté au fait que le bénéficiaire ultime de leurs effort soit souvent un fonds de pension de retraités américains ou des capitaux flottants internationaux d'origine parfois floue, a considérablement fait baisser "l'affectio sociatis".

L'embauche de conseillers psychologiques pour aider les cadres à vider leur bureau, toucher leur chèque et rejoindre leur voiture sur le parking (Apple) n'adoucit que peu le traumatisme

En particulier les jeunes qui ont vu leurs parents brisés au moment ou eux-mêmes terminaient leurs études, ont profondément changé leur vision du monde professionnel et la participation à la création d'entreprise devient un objectif pour beaucoup d'entre eux plus séduisant que la Grande Entreprise (au moins ils savent pour qui ils travaillent)

Candice Carpenter, créatrice d'iVillage (dont la valorisation a atteint 2 Milliards de dollars), déclarait au Monde "ils ont vu leurs parents donner toute leur vie à une même entreprise, ne jamais être à la maison et se faire virer à 55 ans et ils se disent "et tout ça pour quoi?".alors leur attitude à eux c'est "MA vie c'est moi qui la gère, ... je garde ma loyauté pour moi"

La plupart des Ecoles ont accompagné ce mouvement à travers la "reconnaissance" du métier d'entrepreneur, les formations données et les facilités mises en place notamment, nous le verrons plus loin les incubateurs

La "reconnaissance" du créateur, tant par les média que par les plus hautes autorités de l'Etat, dont nous avions souligné l'importance, a sans doute aussi joué un rôle

1999 sur ce plan a montré clairement une rupture dans les comportement

1.2.9 N'oublions pas cependant une autre source de création : l'essaimage à partir des grandes entreprises

En effet beaucoup de créations d'entreprises se réalisent de cette façon : les grandes entreprises européennes semblent cependant beaucoup plus réticentes que celle d'outre-Atlantique à laisser filer leurs technologies même si elles ne sont pas les mieux placés pour les développer.

Une exception peut-être Thomson et qui est à l'origine de très nombreux essaimages encouragés et aidés,

Plus récemment France Télécom qui recentre le CNET vers ses besoins d'opérateur de télécom, a été amené à se dégager des recherches concernant par exemple les composants: dans ce cadre il favorise (grâce en particulier aux financements d'Innovacom) le départ des équipes correspondantes notamment via la création d'entreprises. 82 sociétés ont été créées et 164 étaient en cours de constitution fin 2000 avec de remarquables succès comme High Wave Optical et Algety dans les technologies optiques NetCentrex pour la téléphonie IP, Highdeal pour les outils de transactions électroniques ou Wokup! Pour les technologies Wap

Notons également Hewlet Packard qui très habilement l'utilise comme argument de recrutement pour ses jeunes ingénieurs: elle leur laisse entrevoir la possibilité au bout de quelques années de créer leur propre entreprise avec le soutien de HP.

Un problème fiscal à noter en passant : ces créateurs n'ont souvent pas droit au régime fiscal des quasi Stock Option que sont les Bons de Créateurs d'Entreprises car les services fiscaux n'assimilent pas toujours essaimage et création

1.2.10 Des évolutions boursières spectaculaires en hausse comme en baisse ("Start-up" et "Start-Down"), mais néanmoins une importance contamment croissante dans notre économie

Certes le marché bousier des entreprises NTIC est extrêmement spéculatif, notamment parce que la possibilité offerte au public de procéder d'un clic à des achats et des ventes en bourse, quasiment sans frais, peut conduire certains à des comportements boursiers ne prenant que peu en compte les fondamentaux économiques....

Ceux que l'on appelle les «day traders» qui liquident toutes leurs positions chaque soir avant la clôture de marché, vendent et achètent de 30 à 70 fois par jour (contre une fois par mois pour l'investisseur «normal»), tant et si bien qu'ils représentent 25 % des volumes échangés sur le Nasdaq

...et certes ce marché est très volatil (par exemple dans l'après midi du lundi 10 avril 2000 l'ampleur des fluctuations sur le capital de Cisco était équivalent à la capitalisation totale... d'Alcatel!), il n'en reste pas moins qu'il est désormais aux Etats Unis à la fois majeur par sa taille et par sa vitesse de croissance sur longue période

"la capitalisation des valeurs Internet représente aux USA plus de la moitié de la capitalisation globale" Pierre Faure 25/10/99 et elles ont même représenté 70% du Nasdaq contre 5,4% pour les biotechnologies (début 2000)

Il a connu une croissance en valeur du capital spectaculaire sur longue période.

Sur la période 1994-1999 sur les 4125 entreprises dont la capitalisation dépassait 20 Milliards de Dollars, dans le classement établi par le BCG selon le critère de création de valeur, les 20 premières relevaient du secteur "Internet". La première européenne est Nokia (8ème, après 7 américain). Plus de 60% des 100 premiers relèvent du secteur NTIC. L'Oréal un des mieux classé est 62ème et Siemens 97ème

"Un marché qui se développe avec une telle dynamique ne peut pas espérer connaître une croissance à la fois très forte et sans à coups brutaux et de futures secousses sont sans doute à prévoir" écrivions nous l'an dernier

Un exemple typique : l'action VerticalNet est passée d'e 280$ à 30$... mais elle n'en valait que 8 un an plus tot lors de son introduction en bourse, freeserve de 921 à 284 pour une valeur de 190 un an plus tot,

Bien entendu on a pu également assister à un certain nombre de faillites, et ils y en aura sans doute beaucoup d'autres, mais qui peut penser que toutes les aventures risquées se terminent toujours bien? Dans une course de formule 1 il n'y a aussi que peu de places sur le podium et si la pôle position est un avantage indéniable nul n'est à l'abri d'une casse mécanique et d'excellents pilotes sous estimant la raideur des virages par temps de brouillard finissent la course dans les graviers

D'ailleurs un certain nombre de vedettes de l'industrie classique ont connu (à la baisse) des évolutions semblable en perdant plus de la moitié de leur valeur en quelques mois à la suite d'erreurs de gestion (Unilever, Procter&Gamble, Bridgestone, Mitsubishi, Snow Brand, Kingsfisher, British Airways, Lockheed, Usinor, Home Depot, Lucent,...), ont été au bord de la faillite (Philip Holzmann, Sogo, Chiyoda Mutual Life: les faillites japonnaises ont représenté 100 Milliards de $ sur la seule première moitié de 2000...) ou ont du prendre des décisions drastiques (C&A a ainsi fermé ses 110 magasins en Grande Bretagne et Marks & Spencer tous ceux implantés sur le continent).

En 10 ans la moitié des 300 plus grandes entreprises américaines ont disparu...: le propre d'Internet paraît surtout résider dans l'accélération des phénomènes, facilitant un accès rapide à l'Olympe mais rapprochant la roche Tarpéienne du Parthénon

A noter la naissance dans ce domaine de start-up utilisant le filon des dépots de bilan : Bid for Asset www.bid4asset.com et Start-up Failure www.startupfailure.com et en France Orange Pulp François Le Guillou "Le premier service internet pour les sociétés en liquidation"

1.2.11 Les paradoxes d'une économie de standards: quelle est la valeur d'une start-up?

1.2.11.1 Même dans la "nouvelle économie" la valeur" d'une entreprise reste son espérance de gains actualisée

Un investisseur de moyen terme ne place son argent dans une entreprise qu'avec un espoir de rentabiliser ses fonds
· Soit par un bénéfice d'exploitation (qui doit être quasi immédiat pour une entreprise de service, mais qui peut être plus lointain comme nous le verrons ci-après pour une entreprise qui vise à devenir dans son domaine le standard du marché)

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· Soit par une plue-value lors de la revente, et c'est en particulier le cas d'entreprises développant des technologies pour lesquelles elles n'ont pas la base de clientèle : l'acquisition de celle-ci serait beaucoup trop longue et onéreuse et la création de valeur se fait par la réunion de l'entreprise qui possède la base de clients et de celle qui a développé la technologie (en général par rachat de la start-up). Ce second cas de figure est de loin le plus fréquent (80%)

Une statistique de Broadvision montre que ce n'est pas moins de 6008 entreprise qui ont été rachetées en 1999 dans ce secteur pour un montant de 1200 Milliards de $: il y aura beaucoup de joueurs pour peu de gagnants, c'est ce que certains nomment la "hit economy", mais est-ce "perdre" que de vendre son entreprise en contribuant ainsi au développement du leader pour bien souvent en créer une autre avec le produit de la vente?

De nombreuses entreprises créées autour des technologies optiques n'ont dès le départ comme business model que de se faire racheter par Cisco : rappelons que cette entreprise considère que près du tiers de ses technologies proviennet de rachat, le plus symptomatique d'entre eux étant peut-être le rachat de Cerent pour 6,9 Milliards de dollars ( 10M$ de chiffre d'affaire, 30M$ de perte, un seul produit...mais qui en donnant accès à la technologie DWDM (multiplexage sur les fibres optiques permettant d'en décupler le débit)

La valeur économique d'une entreprise est alors égale à son bénéfice actualisé

· on additionne les rentrées d'argent (Bn pour l'année n), en général faibles les premières années, en les affectant d'un coefficient d'abattement d'autant plus grand que la date en est lointaine. Ce coefficient prend en compte tant l'a rentabilité exigée (I) que le risque inhérent à ce type d'investissement (R)

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· on soustrait de la même façon les dépenses (Dn), en général importantes dès les premières années

Le bénéfice actualisé est alors la somme pour les années suivantes de [(Bn-Dn) divisé par (I+R)n], tout le problème étant évidemment dans justesse de la prévision des dépenses (un programme de développement peut "dérapper"), et de recette, qui ne dépend pas que du projet (développement d'un marché, conjoncture, nouveaux concurrents,....)

Ce calcul, relevant de l'économie tout ce qu'il y a de plus traditionnelle, montre qu'une entreprise qui "perd" de l'argent peut avoir une "valeur économique" très élevée: si l'industrie lourde amortissait ses investissements dans l'année elle serait également fortement déficitaire en phase de développement

1.2.11.2 L'apparent paradoxe: la valeur économique d'une start-up est un multiple de ses pertes!

1.2.11.2.1 Pour une entreprise visant à devenir le standard du marché
Ce paradoxe n'est qu'apparent car, comme nous l'avons vu nous nous trouvons dans une économie de standards où les investissements de départ sont importants (développements techniques et marketing) alors que les coûts de "production" sont extrêmement faibles: il importe donc de prendre le plus rapidement possible 30 à 40 % du marché mondial pour devenir "la référence du secteur".(une entreprise comme Oracle qui a maintenant 40.000 personnes a connu un taux de croissance de 100% par an depuis 10 ans)

Dès la barre fatidique franchie, la rentabilité augmente considérablement (puique les coûts de "production" sont faibles (quasi nuls pour les start-up ne fabricant pas de produits physique et ne vendant pas des prestations de conseil) et les rentrées financières sont proportionnelles au nombre de clients) : c'est déjà le cas de microsoft, d'Intel, de Yahoo, de Cisco, de Nokia, d'Aol ou d'e-bay

Par ailleurs les développeurs d'application, soucieux de leurs propres débouchés, capitalisent sur le produit "phare" en délaissant ceux qui représentent une part de marché trop faible, entrainant un phénomène "boule de neige" en faveur du produit qui a su devenir le "standard de fait". On passe ainsi sans grand effort de 30 à 80 % du marché.

La rentabilité devient alors considérable et permet, grâce à cette rente de situation, "d'achever" les concurrents (en les rachetant et en finançant l'amélioration du produit leader afin qu'après la bataille il devienne effectivement le meilleur).

La bataille Microsoft-Apple est sans doute la plus emblématique de cette logique mais elle est loin d'être un cas isolé.

C'est bien cette démarche qui a assuré en France le succès du Minitel : distribution gratuite du terminal entrainant un très fort déficit les premières années, (qui a fait tant hurler en son temps la Cour des Compte), suivi d'une longue période de traite des vache à lait (qui se poursuit discrètement aujourd'hui encore)

...et qui a conduit à son échec à l'international, car il ne suffit pas que sa technologie ne soit pas la plus performante, encore aurait-il fallu se donner les moyens financiers pour l'imposer comme un standard au niveau mondial

Il convient donc de lancer le produit sur le marché, même sans attendre qu'il soit parfaitement au point et doté de toutes les fonctionnalités dont le créateur voudrait bien le doter.

Plusieurs capitaux risqueurs américains nous ont dit leurs difficultés avec des créateurs français à leur faire mettre leurs produits sur le marché à un stade suffisamment précoce pour ne pas se laisser doubler.

Ils considèrent que

· De toute façon il restera toujours des bogues et que les clients sont mieux placés pour détecter ceux qui sont vraiment gênants

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· on peut toujours développer de nouvelles fonctionnalités : il est préférable de se concentrer sur celles qui sont demandées par les clients plutôt que par celles qui intéressent le créateur.

Il importe alors que l'entreprise soit à l'écoute de ses clients et soit extrêmement réactive pour corriger les défauts signalés ou développer les fonctionnalités demandées.

Dans les deux ou trois premières années le chiffre d'affaire est quasi-nul puisque pour imposer ses produits encore imparfaits il est peu courant de facturer les premiers clients en phase de béta-test

Ce lancement mondial doit être très rapide et il exige des capitaux importants, bien supérieurs à ceux que nécessite la mise au point technique (en moyenne le marketing représente 63 % du budget pour ce type d'entreprise contre 13 % pour la R & D, le coût d'acquisition d'un nouveau client est estimé selon les marchés à une somme comprise entre 40 et 450$ (45$ pour CDNow, 80$ pour Amazon, 100$ pour Barnes&Noble, 450$ pour Datek)

Autobytel continue à investir plus de la moitié de son chiffre d'affaires dans la promotion de son service.

Or le marketing, bien qu'il représente en fait l'investissement majeur, ne peut être comptablement considéré que comme une dépense de fonctionnement, et les frais de développement sont bien souvent eux aussi comptabilisés en frais de fonctionnement.

Comme nous avons vu que le chiffre d'affaire était négligeable le montant du déficit représente en fait celui de l'investissement.

Or cet argent provient, non pas des économies des créateurs (souvent bien faibles) mais de l'argent mis sur le projet par des capitaux risqueurs.

Quand on sait que c'est dans cette profession que l'on trouve les meilleurs spécialistes du sujet on peut conclure que l'ampleur de cet investissement, et donc de ce déficit, est directement liée à la qualité du projet tel qu'il est estimé par les personnes les plus compétentes pour en juger

1.2.11.2.2 pour une entreprise développant des technologies nouvelles et visant à se faire racheter
Dans ce cas l'investissement (qui se traduit comme dans la cas précédent comptablement par des pertes d'exploitation) concerne les investissement en R&D: l'investisseur y placera son argent dans la mesure où il estime que la technologie développée pourra se vendre (en général avec la start-up qui l'a conçue) en rentabilisant cet investissement

mutatis mutandis, le raisonnement est le même que dans le premier cas

1.2.11.2.3 la relation entre "pertes" et valorisation dans une entreprise de croissance
comme nous l'avons vu dans les 2 types d'entreprises de croissance on a les relations suivantes

"Valeur espérée de l'entreprise" = "Investissement consenti" multiplié par "taux de rentabilité exigé" (qui est très important dans le capital risque) ....

Et comme "Investissement consenti" = "pertes d'exploitation"

On retrouve "Valeur espérée de l'entreprise" ="pertes d'exploitation" multiplié par "taux de rentabilité exigé"

Beaucoup ne comprenant pas la différence fondamentale entre

· des capitaux préalablement levés et investis, conformément à la stratégie prévue par l'entreprise et qui apparaissent comptablement comme des pertes,

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· et des pertes d'exploitations constatées ex-post et qui ruinent une entreprise (la sidérurgie des années 80) et qui nécessitent, sous peine de dépôt de bilan de "boucher le trou".

Et ils s'étonnent que tel grand constructeur automobile soit valorisé 4 fois ses bénéfices et telle start-up 50 fois ses pertes! (ils ont peut-être raison sur la surévaluation de telle ou telle entreprise, mais l'argument donné "comment une entreprise "perdant" de l'argent peut-elle avoir de la valeur", est inepte

Si on part du principe que les capitaux-risqueurs qui sont des "pro" du secteur ont un jugement de qualité et qu'ils s'imposent une forte rentabilité de leurs investissements, il est logique que la valeur de l'entreprise soit un multiple de ces capitaux investis et donc, vu de façon purement comptable, un multiple des pertes

1.2.11.3 les dérives du système, la vague de mars 2000 et le creux de 2001 : le e-krach

Le shéma analysé ci-dessus ne fonctionne, bien entendu, que tant les investisseurs se limitent aux personnes compétentes, capables d'évaluer, au moins statistiquement une valeur actualisée d'une entreprise, ce qui n'a visiblement plus été le cas quand l'intensité de l'éclat du pactole a attiré de nombreux investisseurs fortunés mais moins expérimentés à partir de 1999...

Particuliers investissant sur la base de rumeurs mélées d'extrapolations, ou financiers qui s'appuient sur des ratios sans rien comprendre au buisiness model lui même, ont été les acteurs d'un phénomènes d'un emballement, nécessairement suivis d'un réajustements drastique, ce qui ne démontre rien d'autre que la nécessité d'un vrai professionalisme du côté des investisseurs

Il est pittoresque de lire sous la plume d'un expert (sans même être certain que cette remarque ait été formulée au second degré) "l'avenir est aujourd'hui beaucoup moins lisible que l'an dernier"!!. Rappelons qu'un an auparavant nous étions à la veille du krach...

Comme nous le verrons plus loin,

· pour être un Business Angel il ne suffit pas d'avoir de l'argent

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· et un vrai Venture Capitalist doit être un industriel avant d'être un financier:

Il faut surtout avoir une solide expérience professionnelle dans le secteur, connaître le marché, avoir un carnet d'adresse pour pouvoir compléter une équipe de manager, trouver des clients et apporter une crédibilité vis à vis des apporteurs de capitaux du tour de table

L'histoire du taux du clic

Devant des nouvelles entreprises, visant de nouveaux marchés avec de nouvelles technologies, de nouveaux véhicules financiers, de nouveaux rythmes dans les prises de décision, de nouveaux processus d'investissement et des plues-values se chiffrant en milliards de $ en quelques mois, bien des investisseurs ont perdu leurs repères.

Ne voulant néanmoins pas rater leur chance dans cet Eldorado, et pour se faire une idée malgré tout de la valeur d'une entreprise, renonçant à comprendre son modèle économique, ils ont essayé de la réduire à quelques ratios pour conforter intellectuellement la rationalité de leurs décisions

Ont alors fleuri quelques concepts de "chiffres significatifs" pour permettre des comparaisons entre entreprises: les plus courrant d'entre eux ont été "le nombre de clic" ou celui des "visiteurs"

Quand l'investisseur voulait estimer de façon "rationnelle" la valeur d'une start-up, il regardait la capitalisation boursière d'une entreprise appartenant au même secteur ayant réussi son entrée au Nasdaq, il la divisait par le "nombre de clic" revendiqué ce qui lui permettait de calculer le "taux du clic", et par une règle de 3 il en déterminait la valeur de la start-up....!!

Ce système, largement répandu au niveau des financiers, a évidemment très rapidement conduit à des comportements pervers:

Le véritable "client" du créateur d'entreprise n'était plus alors l'utilisateur de ses services mais l'investisseur naïf, et les fonds levés n'étaient plus utilisés à développer l'entreprise (soit pour la rendre rentable, soit pour développer une technologie vendable) mais pour "gonfler" l'indicateur servant à justifier sa valorisation. C'est ainsi que l'on a vu fleurir des campagnes de publicité télévisées d'une ampleur sans précédent, et d'une utilité économique peu évidente pour l'entreprise

Bien entendu le comportement panurgique de ces investisseurs, focalisés uniquement sur les ratios et sur les espérances de jackpot à la bourse ont entrainé une fuite en avant qui a connu son apogée en mars 2000 : ce phénomène a été remarquablement décrit par le site http://www.kasskooye.net/qui vous fournissait en quelques minutes une caricature de business plan capable de séduire les investisseur comme les hameçons même dépourvus d'appat lancé à des truites d'élevage affamées

Une remarquable analyse au second degré des Echos, début 2000 mettait le doigt sur l'absurdité de cette approche:

pour la mise en bourse d'une filiale de Vivendi, les investisseurs avouaient ne plus à quel saint se vouer car celle-ci pouvait ressortir de 2 secteurs différents ... or la valeur du "taux de clic" différait selon l'analogie retenue d'un facteur de 1 à 10 : quelle était alors la "véritable" valeur de l'entreprise?!

Ce phénomène est de plus amplifié, comme souvent à la bourse, par des spécialistes du "jeu du mistigri" qui jouent sur leur capacité à trouver un investisseur crédule à qui revendre leur investissement avant dégonflement de la baudruche

Ces chasseurs de pigeon surfent de vague en vague suivant les modes générées par les "prophétie de gourou" (comme disent aujourd'hui les mauvaises langues, "un gourou, c'est un maitre reconnu dans l'art de se gourer")

Ce type d'investisseur, recherchant uniquement la plue-value à court terme ne raisonne absolument plus en fonction de la "valeur économique " de l'entreprise, mais du prix qu'il estime pouvoir revendre ses actions (parfois dans la journée même), or ce prix, purement spéculatif, dépend de la position des autres spéculateurs: la décision d'achat ou de vente dépend alors "de ce que je pense que tu pense que je pense...": elle crée donc des phénomènes panurgiques que cette "dynamique des foules" rend extrêmement amples et instables.

Les vagues spéculatives se jettant successivement sur les business models vedettes du moment (B to C, Portails, B to Be, achats groupés, ventes aux enchères, Market Places, technologies optiques, téléphonie de 3ème génération,...) ont culminé en se superposant dans le gigantesque Tsunami de mars 2000: Le second semestre 1999 et le premier trimestre 2000 ont vu un vent de folie s'emparer des bourses avec des valorisation multipliées couramment par 10 sur moins d'un an.

Pour rester dans l'allégorie automobile pour le spéculateur s'agit de foncer le plus rapidement possible dans le brouillard vers un mur dont on connaît l'existence mais pas la position : le gagnant est celui qui s'éjecte le plus tard possible.... Avant le choc

Il ne faudrait pas pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain et considérer comme sans importance les technologies ainsi portées au pinacle pour être le lendemain vouées aux gémonies. Il faut simplement prendre conscience qu'une entreprise exploitant une excellente idée n'est pas forcément une excellente entreprise et qu'il y a rarement place pour plusieurs gagnants

Par ailleurs s'il y a eu des créateurs d'entreprises qui ont sciemment abusé de la naveté des investisseurs, ce n'est pas la majorité : la plupart de ceux qui ont échoué, et les financiers qui les ont accompagné ont droit à notre reconnaissance car ils ont fait emerger de nouvelles idées, ont forgé de nouvelles compétences et ont permi l'éclosion d'une génération d'entrepreneurs dont tout laisse penser qu'ils seront capables de se lancer dans de nouvelles aventures, armés de leur première expérience. Il s'agit donc là d'une vraie richesse créée pour la société (aurait on été si vite sans ce "grain de folie"?)

En outre les technologies de l'Internet elles-même ont une part de responsabilité dans la brutalité de ces évolutions: elles permettent en effet

· aussi bien une diffusion large et immédiates et à l'échelle mondiale de l'information que la propagation des rumeurs (et peu importe in fine leur véracité, ce qui importe c'est la réaction probable du marché)

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· une accélération des prises de décision qui interdisent aux opérateurs financiers de prendre le recul de la réflexion ou de la simple vérification des information, donnant ici aux rumeurs et aux médias qui les véhiculent un rôle crucial (en aout.2000, la société Emulex a perdu 18 milliards de $ en 18 minutes (62% de son capital) à la suite d'un canular d'un étudiant de 23 ans (qui a été arrêté jeudi 31 août): un faux communiqué de presse, publié d'abord par Internet Wire puis repris par les autres principaux organes de diffusion d'informations financières, a déclenché un vent de panique sur le titre d'Emulex, dont l'action au Nasdaq est passée de 113 à 43 dollars en dix-huit minutes)

· une capacité à réaliser des opérations boursières de façon à la fois beaucoup plus rapide et infiniment moins onéreuse

Ce qui a conduit à accroitre l'ampleur des variations boursières et à en accélérer les rythmes (les 10 plus fortes augmentations journalières du Nasdaq ont eu lieu dans les 6 derniers mois ... qui représentent sa plus forte baisse historique!!!)

Pour autant si les "pigeons plumés" peuvent avoir naturellement tendance à passer d'un excès d'attrait à un excès de méfiance vis à vis de ce type d'investissement la plupart des professionnels de ce marché ont commencé par se réjouir de ce coup de tabac qui a dans un premier temps permis d'assainir la cote (Ils ont d'ailleurs fait remarquer qu'une entreprise qui a perdu les 90 de sa valeur en 1 an, mais qui l'avait multipliée par 20 dans les 2 année précédente (Europstat, Fi System, Framfab, Icon Medialab, Pixelpark, Business Object, Com1,...) réalise encore sur la distance une belle plus-value pour ses actionnaires (Valtech a perdu 60% dans la tourmente du printemps 2000, ce qui réduit à 1.600% sa croissance sur un an, sans parler de Cisco qui après Krach de 2001 réalise encore une plue-value de 60.000% depuis son introduction en Bourse en 1990)

Néanmoins, comme on pouvait s'y attendre il est rare qu'une situation équilibrée succède à des excès extrêmes vers le haut (perte de confiance des investisseurs, assèchement de fonds ruinés par la spéculation, fuite de ceux qui se sont brulé les ailes et se sont rendu comptes que l'on ne pouvait réussir sur longue période sans compétence, ... le tout entrainant une spéculation à la baisse de ceux que l'on appelle les nouveaux VC "Vulture Capital" (Capital Vautour), succédant au Venture Capital (Capital Risque).

"à la hausse comme à la baisse, les excès des bourses s'inscrivent dans la démesure de la rupture technologique en cours" Fabrice Moullé-Berteaux, JP Morgan, les Echos

On peut seulement regretter que quelques projets interessants"qui ont vu leurs réacteurs coupés pendant la phase de décollage" se soient injustement écrasés: (certains apporteurs de capitaux, pris de panique n'ont pas tenu leurs engagements d'apport de capitaux. Dans certains cas la situation est d'autant plus choquante que ce sont ces mêmes apporteurs de capitaux qui avaient mis comme condition à leur intervention un développement internationnal immédiat et un plan de communication beaucoup plus ambitieux que proposé par la start-up...)

Gageons que leurs animateurs sauront rebondir même si les rêve d'une richesse immense et soudaine se sont durablement estompés

2001 est donc en matière de création de start-up l'année de creux de la vague :Si cela n'empêche nullement les grandes entreprises de se transformer profondément à partir des concepts et des technologies développées ces dernières années il n'est guère possible aujourd'hui d'appréhender les conséquences du e-krach sur le rythme d'émergence de nouveaux entrepreneurs et de nouvelles idées

2 Typologie des entreprises dont on peut considérer la création comme directement liée au développement de l'Internet

D'après une nomenclature esquissée par Jacques Dondoux lorsqu'il était Secrétaire d'État au commerce extérieur

2.1.1 Les "Chercheurs d'or" : Entreprises exploitant l'internet pour développer leurs activités

VPC (Wallmart, les trois Suisses, Wattel...), publicité (doubleclic), éditeurs (Cylibris, 00h00, les Echos,...), intermédiaires financiers (e-trade, Datek, Fimatex, Zebank...), fédérateurs de communautés (relais & châteaux,...), ventes aux enchères (Onsale, Degrifftour,...), bourses et places de marché virtuels (business-angel.com,...), nouveaux intermédiaires comme les fédérateurs de communautés (type autobytel, springstreet.com ou vitrail de France), petites annonces (monster,..), galeries marchandes, vendeurs de fichiers, centre d'appel, «pousseurs d'informations» push (Qwam,...),...

2.1.2 Les "fabricants de pelles et de pioches" : Entreprises créant les outils permettant l'exploitation des potentialités de l'Internet

Jusqu'à l'an dernier, certains s'interrogeaient pour savoir si comme lors de la ruée vers l'or du siècle dernier, ce ne seraient pas les seuls à faire véritablement des bénéfices

Sont concernés les logiciels de création de boutiques (intershop,...), de paiement électronique (Shop@ccess,...), d'intelligence économique (arisem,...), de cryptage (Beauzamy, Matra,...), les agents intelligents, les moteurs de recherche (voilà, altavista,...), les jeux (infogrames,...), les CD ROM, les catalogues intelligents, les outils de formation (placeware), la téléphonie IP (applio,...),les portails (nomade) le " click&talk ", la recherche de données , le  data mining " (Umap,...), le" groupware ", la visualisation 3D, l'EDI, les formulaires électroniques (Systemia,...), la messagerie (eudora,...), le traitement d'image (corel,...), la traduction automatique (Systran,...), la cartographie, les cartes à puce (gemplus,...), les modems (olitec,...), les routeurs (cisco,...), ...

Mais n'oublions pas que pelles et pioches ont des marchés beaucoup plus importants dans le BTP et le jardinage que dans la recherche de l'or!!

2.1.3 Les "Maréchaux-Ferrants" : Entreprises de service Internet

Fournisseurs d'accès, SSII, hébergeurs, tiers de confiance (Afaq, verisign,..), faiseurs de Web, sécurité, animateurs de communautés virtuelles (multimania,...)..

2.1.4 "Shérifs, Saloon et banquiers" : Entreprises n'utilisant pas nécessairement Internet mais créées à partir des nouveaux besoins qu'il génère

Logistique, Business Angels (Leonardo Partners, Apollo Invest...), revues spécialisées (Netsurf), formation, cabinets de conseil, distributeurs, avocats (notamment en propriété intellectuelle et négociations de rachat), organisateurs de salons....

Mais aussi les despérados et les "croque-morts" : Bid for Asset www.bid4asset.com et www.startupfailure.com

3 Les difficultés à surmonter pour accroitre le nombre de création d'entreprises

3.1.1 Aujourd'hui paradoxalement les mieux formés sont les moins créateurs

Le rapport réalisé par Robert Chabbal, Jacques Béranger et Fabrice Dambrine, récemment remis au ministre www.cgm.org/chabbal/entrepreneur/entrepreneur.pdf, a mis en évidence trois points qui nous interpellent fortement:

1 - aujourd'hui, , les diplômés des grandes écoles d'ingénieurs créent deux fois moins d'entreprise que la moyenne des Français

Ceci n'est pas le cas pour leurs homologues anglo-saxons

Depuis l'année 2000 on peut cependant observer une rupture dans les comportements:

le mythe de la sécurité de l'emploi dans les grands groupes ayant vécu, la création d'entreprise a un attrait nouveau.

Les opportunités présentées par les NTIC, (auxquelles ils sont particulièrement bien préparés), joints aux séjours à l'étranger qui leur permettent de prendre des idées qui ne sont pas encore développées en France leur fournissent l'occasion du passage à l'acte, ce que de plus en plus les Grandes Ecoles encouragent et facilitent

2 - l'expérience de ces pays montre que, si des qualités de caractère sont indispensables pour réussir une création d'entreprise, le métier d'entrepreneur est un métier qui s'enseigne

3 - devenir entrepreneur est aujourd'hui un projet professionnel qui a un sens

3.1.2 Le contexte culturel est très important : le rôle des médias

D'après Jacques Marseille professeur à Paris I seulement 1,8% des Français sont impliqués dans le démarrage d'entreprises nouvelles contre 8,5% aux USA

Les médias jouent un rôle clé pour la sensibilisation des jeunes à la création d'entreprises et la valorisation de l'entrepreneur

Les années 1999 et 2000 ont connu de très positives évolution dans ces domaines avec de nombreuses émissions sur les success stories de la nouvelle économie: ces initiatives ont sans aucun doute joué un rôle très positif dans le très fort développement des créations d'entreprises Internet en 2000.

Espérons que l'élan ainsi créé ne retombera pas avec le retour d'un temps moins facile

3.1.3 Il dépend également de la reconnaissance sociale du créateur qui est aujourd'hui tenté de s'expatrier

"j'ai été invitée à parler à la Maison-Blanche " souligne Tara Lemmey, créatrice de Narrowline (place de marché électronique pour la publicité sur Internet) :

Aux États-Unis les créateurs d'entreprise sont considérés comme des héros. Les sociétés européennes ne leur donnent pas une place suffisamment prestigieuse de leur imaginaire collectif

L'expression même de "porteur de projet" est considéré par Michel Garcin comme la négation même de celle d'entrepreneur,

"ce qui est important pour le créateur c'est le contexte culturel. Ce qui est épuisant pour le créateur , c'est davantage de vaincre le septicisme ambiant que les procédures administratives comptables ou juridique" Eric Boissac, HEC, créateur d'entreprise dans une lettre aux Echos

"ici ce ne sont pas les banquiers ou les hommes politiques qui sont des stars, mais les Pdg. C'est leur réussite qui donne aux autres l'envie d'essayer à leur tour" Eric Archambault fondateur aux US de Datamind www.datamindcorp.com et désormais Business Angel interviewé par M.D. Boulet

L'idée de la création d'entreprise vient d'abord d'exemples vécus par des personnes relativement proches du créateur. Pour beaucoup de créateurs dans les NTIC, les stages ou les séjours effectués en fin de scolarité aux Etats Unis et notamment dans la Silicon Valley ont été décisifs

C'est le cas de Michel Meyer créateur de Multimania www.multimania.fr Fabrice Grinda fondateur d'Aucland www.aucland.com ou de Grégory Salinger cofondateur de ChateauOnline http://www.chateau-online.frpar exemple

Il en va de même pour les business angel: un des principaux réseaux, l'association Léonardo a été créée au départ par des anciens de Stanford

Cette reconnaissance de l'utilité sociale du créateur doit évidemment trouver sa traduction sur le plan de la fiscalité appliquée à la jeune entreprise (et aux personnes qui prennent le risque de la financer) ainsi que sur le plan des contraintes administratives qui pèsent sur elle

Certains considèrent que les insuffisances de notre système fiscal et financier dans ce domaine étaient une des raisons majeures qui ont conduit des dizaines de milliers de Français à s'expatrier en Californie et plus encore en Angleterre: si chacun d'eux créait seulement 5 emplois.....

En effet nos compatriotes quand ils s'expatrient réussissent plutôt bien : l'association 2010 que nous avons précédemment citée et qui regroupe des français ayant créé leur entreprise en Californie avec succès en sont le vivant témoignage

Didier Moretti, jeune polytechnicien, a créé en 1997 d'Annuncio www.annuncio.com qui automatise les campagnes marketing par internet et il vient de lever 7 millions de dollars pour financer son développement

Laurent Massa a créé Xoom.com https://www.2alpha.com/store un "infomédiaire"  qui regroupe déjà 7 millions de personnes dans sa communauté et est évalué en bourse à 1,5 Milliard de dollars

Alain Rossman polytechnicien également qui est à l'origine du protocole Wap: Phone.com valeur en 2000, 17 Milliards de $

Eric Benhamou, Gadzart, patron de 3Com et père du fameux Palm Pilot est une des star de la Silicon Valley: son entreprise a valu jusqu'à 100 milliards de $

Pierre Omidyar créateur de e-bay fait aussi parti de ceux qui ont apporté au commerce électronique un concept nouveau majeur: valeur début 2000: 24 Milliards de $

Bernard Liautaud , créateur de Business Object valeur 1,2 Milliards de $

Jean-louis Gassé créateur de Be inc dont le B OS est un challenger de microsoft

Alain Ayache inventeur des loteries gratuites Luckysurf.com est classé parmi les 20 sites les plus visités du monde

Eric Brewer et Paul Gautier ont créé Inktomi, le moteur utilisé par AOL, Yahoo!, Microsoft et 40% des portails faisant appel à un moteur et leur entreprise vaut 15 milliards de $

Grégoire Sentilhes est de DG de screaming Media

La capitalisation cumulée de ces seules 9 start-up a dépasse les 150 Milliards de dollars en l'an 2000!

Il en est de même de ceux qui ont choisi la Grande Bretagne et qui se sont regroupés dans l'association "la France Libre ...d'Entreprendre" www.francelibre.org)

3.1.4 Outre-Atlantique il est valorisant d'avoir créé une entreprise, même si l'aventure s'est terminée par un échec et ce n'est malheureusement pas encore le cas chez nous

" Aux USA, les échecs antérieurs sont considérés comme des expériences enrichissantes et non comme des stigmates honteux " (Aspen mars 98)

une des légendes du capitalisme américain, Frank Mars avant de créer un colosse de l'agroalimentaire a fait 3 fois faillite...

La peur de l'échec est très certainement un obstacle important à la création d'entreprise, ou plus exactement, la peur des conditions qui sont faites par la suite à un entrepreneur ayant essuyé un premier échec.

"en France celui qui échoue est condamné; celui qui réussit est jalousé" Pierre Haren, co-fondateur d'Ilog www.ilog.fr

3.2 Dispositif d'appui : incubateurs et kiosques d'informations

3.2.1 Le créateur d'entreprise a besoin d'économiser son temps

Il doit se consacrer à son projet et surtout à ses clients et se focaliser sur son coeur de métier sans se disperser.

Pour cela il lui sera utile de pouvoir trouver avant même d'avoir créé juridiquement sa société une structure d'accueil (incubateur) lui apportant

· un support logistique (bureaux convenablement connectés à Internet, salles de réunion, moyens généraux, ...)

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· des personnes capables de fournir les informations précises et complètes dont a besoin jeune créateur et facilitant l'accomplissement des formalités administratives dont tout le monde s'accorde à trouver qu'elles restent encore notablement trop lourdes.

Beaucoup de jeunes créateurs estiment, peut-être injustement, que chaque administration ou organisme social s'attache davantage à défendre son pré carré qu'à faciliter la vie du créateur

La mise en place de " kiosques " d'informations, regroupant tout à la fois les vade-mecum du créateur, répertoriant les différentes aides (financières, méthodologiques,...), donnant les points d'entrée sur les réseaux d'accès au capital risque (business angels...) et fournissant les éléments de référence (" foire aux questions "...) est un axe de réflexion sur lequel il convient que les ministères se penchent, avec les DRIRE, l'ANVAR et l'agence pour la création d'entreprise (APCE).

3.2.2 Il a surtout besoin d'être connecté à des réseaux : les incubateurs publics et privés

4 types de réseaux sont essentiels pour le créateur, l'incubateur doit être à l'eur ntersection
· réseaux de conseils, voire de formation, dans des domaines qu'il ne maîtrise pas encore (gestion, problèmes juridiques: statut de la société, protection de la propriété industrielle, contrats de partenariat,...)

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· réseaux scientifiques et technologiques : pour pouvoir répondre aux difficultés rencontrées au cours du développement du projet (ce ne sont pas tant en fait les "résultats de la recherche" qui sont valorisables, que les compétences développées par la recherche).

Les Ateliers numériques de Valencienne, un incubateur associé à un pôle de compétence ciblé sur l'image numérique et permettant un accès à du matériel très performant a été créé par les acteurs locaux (CCI, Collectivités locales,...)

Par ailleurs l'expérience, notamment celle de l'école des mines d'Alès, montre qu'un créateur est davantage un entrepreneur qu'un inventeur : bien souvent, au contact des laboratoires il est amené à trouver une idée plus porteuse que celle avec laquelle il est arrivé et à changer radicalement son projet.

· réseaux financiers (Business Angel, capital risque, capital de proximité, banque,...) pour le montage financier du projet

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· réseaux industriels car la jeune entreprise ne pourra en général se développer qu'en restant centrée sur son métier et aura sans doute besoin de partenaires ou de sous-traitants, de fournisseurs et de premiers clients : une implantation dans une technopole semble, de ce fait présenter beaucoup d'atouts.

De nombreuses initiatives ont été prises par les étéblissements d'enseignement, notamment les Ecoles d'Ingénieur pour créer des incubateurs publics

Le Ministère de la recherche a apporté une aide au démarrage aux incubateurs publics qu'il a labellisé

Mais contrairement aux autres domaines "high tech", dans les NTIC, la dimension technologique, construction de prototypes et moyens d'essai (qui nécessite souvent l'appui de laboratoires publics) n'est pas toujours la plus importante, les problèmes essentiels étant souvent juridiques, marketing et mise en réseau.

Aussi, sur le modèle Américain (plus de 800 incubateurs), se sont développés des incubateurs privés apportant ces services en échange d'une part du capital et ceux-ci se sont davantage développé dans des vieux quartiers commerciaux en reconversion que près des Campus comme le bas de Manhattan, Clerkenwell à Londre, zone d'entrepots près du marché aux viandes

En France c'est le quartier du sentier qui s'est imposé :il bénéficie en outre d'une infrastructure de télécommunication exceptionnelle dans notre pays installée là pour les besoins de la Bourse (avec Cegetel, Colt et Siris) et du plus gros noeud d'interconnection Français avec Telehouse d'où l'on peut diectement tirer un cable

Republic Alley www.republicalley.com (Laurent Edel), Tocamak www.tocamak.com, (Jean-Luc Rivoire), Gorillapark www.gorillapark.comJerome Mol , start-up avenue www.startupavenue.com, Kangaroo Village www.kangaroovillage.com (Philippe Hayat), I-Roe de Philippe Fillinger www.i-roe.com , Xylux www.xyluxpartners.com d'Antoine Barde (créé sous l'impulsion de cadres de BNP-Paribas, Premiers Pas de Patrick Le Granché à Cherbourg, Chrysalead ° de Danone, Bull Internet Incubator, Antfactory, Venture Park, Result, Nascendo,...

3.3 Le financement de la création d'entreprises et du développement des jeunes entreprises: manque d'argent ou manque de projets?

Qui n'a entendu ces affirmations aussi péremptoires qu'apparemment contradictoires?:

"En France nous n'arrivons pas à trouver de l'argent pour financer nos projets nous devons partir aux Amériques", "les banques refusent de prendre des risques",

... mais aussi : "ce n'est pas l'argent qui manque ce sont les bons projets" ...

3.3.1 Paradoxalement les deux sont vrais

La contradiction vient du fait que la notion de "bon" projet recouvre tout à la fois une notion de qualité, mais aussi, et c'est de là que vient l'ambiguïté, une notion de maturité

En fait, le financement d'une entreprise de sa naissance à sa mort, en passant par la croissance, les mariages ou les cures d'amaigrissement correspond à des métiers extrêmement différents que l'on a trop tendance à regrouper sous un terme générique, générateur d'incompréhensions, et de malentendus : "les banquiers".

3.3.2 Soyons clairs : le banquier stricto sensu, celui qui prête l'argent des autres, ne peut et ne doit prendre de risques que très limités

· quand son client le rembourse il gagne 2 % sur le prêt

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· quand son client est défaillant il perd 100 %

Cet aspect asymétrique fait que son métier est d'assurer la liquidité, non de financer des risques : il vend (et il crée), il achète "de l'argent", pas des risques.

Le voudrait-il d'ailleurs qu'il ne le ferait sans doute pas avec bonheur car son personnel n'a pas été formé pour cela et en serait bien incapable.

Il n'en reste pas moins que dans la limite des contraintes de son métier il doit être capable de fournir à la jeune entreprise de façon simple et rapide les moyens techniques de "faire tourner sa boutique" (en particulier pour la trésorerie).

Les créateurs que nous avons rencontrés ont insisté en particulier sur un point : l'autorisation "VAD" (vente à distance) qui permet à un commerçant d'encaisser les paiements par carte de crédit pour les ventes en ligne et qui n'est aujourd'hui accordée qu'au compte-gouttes alors même qu'elle laisse tout le risque au commerçant....

Devant les réticences des banques des solutions palliatives se mettent en place pour la vente en devises: "we need banking...",

C'est le cas de la start-up beweb Securipay www.securipay.com (la compensation se fait sur la banque Natwest), américaine de Ibill www.ibill.com et CCBill www.ccbill.com ou anglaise Datacash www.datacash.com ,

Mais évidemment elles se payent parfois cher:

chez Securipay par exemple les commissions commencent à 15% des ventes en l'absence de contrat VAD (87 monnaies, pas de commission de change

3.3.3 Les investisseurs : Ceux dont le métier est le commerce du "risque"

Ils ne peuvent gagner leur vie que si les succès permettent de financer les inévitables échecs et de rémunérer convenablement le capital engagé par les actionnaires : on peut accepter de perdre 100 (en fait seulement 50 dans bien des cas grâce à l'intervention de la SOFARIS qui apporte une garantie à hauteur de 50% des capitaux engagés) quand l'entreprise disparaît quand on sait que l'on gagnera 100 ... ou 10 000 quand elle réussira son aventure

Ce métier est celui des investisseurs et pour y réussir, les qualités requises exigent bien davantage une expérience professionnelle industrielle que purement financière comme le montre bien la pratique américaine.

Les fonds dirigés par de purs financiers comme Soros (Georges Soros) et Tiger Fund (Julian Robertson) ont d'ailleurs eux-même du jeter le gant après avoir perdu des sommes colossales en tentant une approche de la nouvelle économie selon leurs critères traditionnels "je suis un dinosaure" a admis Stanley Druckenmiller en quittant la direction de Soros Fund à 47 ans

3.3.4 Mais cette profession elle-même se subdivise en de nombreux métiers

Chacun de ces métiers étant spécifique à un type d'entreprise ou à une phase de sa croissance, il possède sa propre définition du "bon" projet (càd celui qui correspond à ses critères de sélection).

Or un seul chaînon fût-il défaillant, toute la chaîne le devient car la jeune entreprise se trouve bloquée à un stade de son développement, ce qui explique beaucoup de cas de "nanisme" (et de rachat de ceux-ci) dans notre pays.

Essayons d'en dresser un rapide paysage en se limitant au champ de la création et à celui des jeunes entreprises et de mettre en évidence les maillons faibles .

3.3.4.1 Le capital risque : le plancher du million de dollars

Ces fonds s'investissent aujourd'hui pour l'essentiel dans les NTIC (et dans une moindre mesure dans les biotechnologies)

Alimentés dans une large proportion par les fonds de pension, ils sont aujourd'hui pour une grande part d'origine américaine :

Les fonds de pension des Etats-Unis y consacrent aujourd'hui entre 2 et 3% de leurs investissements, ce qui représente des sommes considérables (journal de L'atelier-Bnp-Paribas avril-mai 1997 www.atelier.fr)

Les FCPI (fonds communs de placement innovation) et les contrats DSK assurance vie dont 5% sont investis dans des sociétés non cotées ou inscrites au second marché), qui bénéficient d'avantages fiscaux, lui ont lui apporté de nouveaux capitaux (estimés à moyen terme à 13 milliards de francs, dont 3 milliards vers le nouveau marché)

D'autres dispositions prises en 1998, relatives aux conditions de réinvestissement de produits de contrats d'assurance vie dans les sociétés de capital investissement ou actions de sociétés cotées au second marché, pourraient selon certaines estimations générer quelque 5 milliards de francs de ressources nouvelles.

L'année 1998 a également vu la mise en place de dispositifs permettant l'amélioration des fonds disponibles pour le capital risque : La dotation d'un fonds de 600 millions de francs gérés par la Caisse des Dépôts et Consignations et destinés à abonder les fonds privés de capital risque pour accompagner et renforcer le démarrage de ceux ci en est une des manifestations les plus visibles. 300 millions en provenance de la banque européenne d'investissement sont venus compléter en 1998 un dispositif qui pourrait au total générer entre 4 et 6 milliards de fonds propres pour les PME innovantes ou de haute technologie.

On a pu également noter un impressionnant développement depuis 1998 des capitaux levés par les sociétés de capital-risque largement investis dans les entreprises «Internet», avec 17 milliards de francs en 1998, soit 4 fois plus qu'en 1997 (source Afic Walter Butler&w). 1999 année ou ces fonds ont été investis les montants sont en léger recul: en 2000 c'est 28 équipes comptant 800 personnes qui travaillent actuellement en France pour détecter et accompagner les projets

notons en particulier, outre les fonds de Corporate Venture,  Sofinnova Jean-Bernard Schmidt Sofinnova Partners Olivier Protard et SofinnovaVentures Alain Azan (avec son 12ème fonds de 200M$) www.sofinnova.fr , Jet Venture Eric Payre (100MF levés), AXA Innovation (135MF investis en 99), Auriga www.auriga-venture.com ,(410 MFlevés) Galileo Partners Joël Flichy(dg) Christophe Viet139MF investis en 99 www.galileo.fr, Europ@web Chahram Bechara (3,3 milliards de Francs levés) www.europatweb.com, Innovacom www.innovacom.fr Denis Champenois (dg)202MF investi en 99, Spef du groupe Banques Populaires (132MF investi en 99), Net Discovery de la Financière de Rotschild Christian Deblaye et Didier Benchimol (100M$ investi en 99), Intuitu Capital www.intuitu-capital.com, Apollo Invest Hervé Giaaoui , Laurent Assher et Xavier Schallebaum (100MFlevés), Seeft Venture Régis Saleur, Ventech www.ventech.fr, Viventure www.vivenditure.com Besnoit Grossman 119MF investi en 99, Siparex www.siparex.com Dominique Nouvelet Paul Tholly (3 milliards de F d'actif), ainsi que la Caisse des Dépots www.cdcinnov.com, Partech Jean-Marc Patouillaud (dg) 300M$ levés, France Finance et Technologie ° Bernard Vergnes, Financière de Brienne, Kairos, Part'Com Pierre de Fouquet (dg),Antoine Garrigues Newport, FD 5, Trinova, Turenne Capital Partenaires, Mars Capital, Frnetwork (Financière Rembrandt), Crescendo Venture, T Venture, Pythagoras, Guillemot Venture, Net Partners, ADD Partners, NetsCapital, Prescott SA, Innova France

Sans compter les innombrables fonds américains agissant en France (ils investissent 10% de leurs fonds en europe) comme Apax Partner www.apax.com), Maurice Tchénio, Edgard Misrahi (N°2 en terme de montant investi en France avec 236MF, Atlas Venture www.atlasventure.com ,Joël Besse et Jean-Yves Quentel(2,4 milliards de francs levés), &Andersen Consulting (1 Milliard de $ levés), Carlyle Group de Jacques Garaïalde x (730M$ levés),

Ou européens comme l'anglais 3i www.3i.com Clément Cordier Frédéric de Broglie et Thomas Gubler (N°1 en terme de montant investi en France avec 274MF), JellyWorks ou NewMedia Spark, l'Allemand PopNet, le Néerlandais ABN Amro Venture Dominique Agrech (131 MF investis en 99)

au niveau européen voir l'EVCA (european venture capital association) www.evca.com

Cette dynamique s'est encore accélérée en 1999 et au début de l'année 2000 (Innovacom4 a encore levé 1,4 milliards de Francs en sept 2000, soit 5 fois plus qu'Innovacom3): au total le volume du capital risque aura été multiplié par plus de 10 en 4 ans

L'émergence de fonds de pension dans notre pays conforterait sans aucun doute cette industrie qui a vocation à jouer un rôle majeur dans la construction de l'économie de demain : celle qui paiera nos retraites (on peut en effet douter, contrairement à une idée parfois répandue dans la sphère sociale, que les intérêts sur la dette contractée pour financer le déficit de l'Etat (les SICAV monétaires)soient, à long terme, une ressource sûre : les travaux récents du Commissariat au Plan permettent d'en donner une idée).

Quand on regarde le panorama industriel d'aujourd'hui il faut se souvenir que Etats Unis comptaient plus de 500 fonds de capital-risque en 1997 qui investissaient 14,2 milliards de dollars dans des entreprises en phase de démarrage, contre une quinzaine de fonds en France qui investissaient ensemble moins de un milliard de francs en véritable capital-risque dans les jeunes entreprises (colloque d'Aspen) ils affichaient une rentabilité de 30 à 40% contre 17% en France

En 1999 les investissements des 700 firmes de capital risque américain, essentiellement orienté dans des projets liés de près ou de loin à Internetest monté à 47 Milliards de dollars avec un rendement moyen de 100% (qui sera vraissemblablement plus modéré en 2000 (la NVCA prévoyait à l'automne 20% en moyenne mais couvrant des résultats qui devraient être extrêmement contrastés)

Le premier trimestre 2000 a vu la création de 18 nouveaux fonds de capitalisation supérieure au milliard de dollar presque exclusivement réservé aux start-up (Les Echos)

De plus, selon la commission européenne, les industries européennes des technologies de l'information n'avaient reçu que 17% des investissements du capital risque contre 55% aux USA

D'après une étude de MGT sur l'année 1997 l'écart entre France et Etats unis sur ce domaine état de 1 à 40

il est bien entendu encore trop tôt pour évaluer l'impact des mesures prises en 1998 dont certaines ne prennent effet qu'en 1999

"Il faudrait 20 à 30 Sofinova en France" déclarait récemment J. B. Schmidt lors du lancement du fond Sofinova capital 3

Les mécanismes d'engagement de ce type de société, qui ont des fonds très importants à investir, nécessitent une étude de dossier "sérieuse" et, de ce fait, onéreuse, 200 KF en moyenne. Comme seulement un dossier sur 10 est financé cela veut dire que le coût d'entrée dans une entreprise est majoré de ces frais d'étude soit 2 MF. On comprend bien dans ces conditions que de telles sociétés ne peuvent pas se "pencher" sur des projets ne nécessitant pas au minimum 5 MF (en fait aujourd'hui la barre est même plutot remontée à 10 MF).

Ce sont principalement les investisseurs du Venture capital, qui disent ne pas manquer de ressources financières, et qui se plaignent, à juste titre, de ne pas recevoir de "bons dossiers" (sous-entendu "qui sont à une phase de maturation justifiant d'y investir 5 à 10 millions de Francs).

On peut effectivement constater avec eux que, pour ces "bons dossiers" là, ce sont les porteurs de projets qui sont en position de force et qui mettent même de plus en plus souvent les investisseurs en concurrence.

Mais un projet ne nécessite que rarement 5 MF d'entrée de jeu lors de la création ou des premiers développements:

Le chaînon défaillant jusqu'à présent paraît être celui qui permet d'aller d'une "bonne idée" (c'est-à-dire un marché, un produit, un homme) à un projet suffisamment étayé (prototype, validation de marché, équipe de direction) pour passer à la phase de réel développement nécessitant 5 MF.

Quelle solution ?

3.3.4.2 Les marchés des capitaux : un élément déterminant pour le capital-risque

Il s'agit pour ce qui concerne notre sujet du second marché, et surtout du Nouveau Marché (Fédéré maintenant dans Euro-NM) et l' EASDAQ, sans oublier le Nasdaq américain, qui a servi de modèles aux marchés européens mais qui, ayant démarré quinze ans plus tôt dispose d'une puissance qui le rend attrayant pour des projets ambitieux : cette concurrence est un aiguillon pour la réactivité et la compétitivité du Nouveau Marché.

Les coûts d'introduction sont encore bien supérieurs aux frais d'étude de dossier du capital risque

Alphamédia, assembleur de micro-ordinateurs d'entrée de gamme pour la grande distribution a du débourser 2,1 MF pour l'introduction et 1,14MF chaque année de frais divers (communication financière, commissaires aux comptes, rémunération du teneur de marché,...)

Par ailleurs pour assurer un minimum de liquidité aux titres, le capital doit être à ce stade encore substantiellement plus important.

Pour la création d'entreprise, l'élément majeur apporté par le Nouveau Marché a été la possibilité de sortie qu'il offre au capital risque.

Ceci n'est qu'apparemment paradoxal : un investisseur ne peut accepter de "rentrer" que s'il sait qu'il pourra "sortir" dans des conditions convenables.

Aucun investisseur n'acceptera de gaîté de coeur d'être "collé" et l'absence jusqu'à une période récente du Nouveau Marché est sans doute une des explications des performances décevantes du capital risque en France dans la dernière décennie.

Sa croissance est donc un atout à conforter, étant entendu que la participation aux levées de capitaux que permet l'Euro-NM, restait encore trop modeste et la liquidité encore toute relative : pour caricaturer, la France mettait alors un franc dans ce marché lorsque l'Allemagne mettait un mark... et les Etats-Unis 160 $ (en "stock" la capitalisation du Nouveau Marché est de 5 GF, du Neue Markt de 5 GDM et du NASDAQ de 2000G$, mais avec des entreprises de tailles pour le moment différentes car ce marché comporte en fait plusieurs segments).

Les restructuration en cours entre les places européennes qui font la part belle aux marché des entreprises de croissance devraient progressivement remédier à ce handicap, même si à court terme "l'e-krach" a conduit à différer de nombreuses introductions

Une entreprise comme Genesys (système de téléconférences) a réussi à lever 156 MF, ce qui aurait été difficilement possible quelques années plus tôt

et Alain Berthet le jeune Pdg d'Alphamédia précédemment citée souligne les "à cotés" près positifs de son introduction (notoriété qui permet de conforter la marque, crédibilité vis à vis des grandes surfaces des fournisseurs et des banques qui lui facilite l'obtention de crédits avantageux,...)

3.3.4.3 Le capital de proximité : une capacité de démultiplication

Il y a de plus en plus de sociétés de capitaux de proximité, souvent encouragées par les pouvoirs publics locaux, et bénéficiant de l'appui technique et financier de la caisse des dépôts.

Une quarantaine d'instituts régionaux de participation actionnaires de 2.000 entreprises, ont bénéficié de 400MFd'apport en capitaux de la Caisse dans le cadre du programma PME piloté par Albert Ollivier

Ces opérateurs investissent plus de 400MF par an, dont 10% pour la création d'entreprises, et ont une capitalisation cumulée de3,5 Milliards de Francs

Une adaptation de la législation sera sans doute nécessaire pour faciliter l'appel public à l'épargne par les structures de capital de proximité, dans la mesure où les réseaux internet ouvrent en l'espèce des possibilités nouvelles (qui sont d'ailleurs, aux Etats Unis, la raison de l'engouement brutal d'investisseurs individuels sur des valeurs très jeunes et en croissance, mais à fort risque).

La difficulté que ces fonds rencontrent est celle de l'expertise, notamment pour les dossiers NTIC : ils peuvent participer utilement à un tour de table à condition que les dossiers soient "labellisés" de façon crédible (cf. plus loin). Ils offrent de ce fait un bras de levier extrêmement précieux pour démultiplier l'action des Business Angels

Nord création par exemple, créée en 1991 compte parmi ses actionnaires les syndicats tant patronaux que de salariés et la Caisse des Dépôts. Elle a accompagné 66 créations d'entreprises pour un engagement moyen de 225 kF

3.3.4.4 La "love money" : essentiel pour le démarrage

C'est l'argent qu'apporte la famille et les amis, plus par affection que comme placement financier. Le seul critère de "filtrage" est la confiance dans le sérieux du créateur

Par extension des structures, comme celles qui sont réunies dans la Fédération des associations "Love Money pour l'Emploi" http://www.love-money.org  ou comme le réseau Entreprendre pour créer des employeurs www.reseau-entreprendre.orget qui fonctionnent avec des frais de gestion réduits grâce à des bénévoles peuvent être classés dans cette catégorie.

Les dispositions en matière d'encouragement au capital risque de proximité comprennent notamment l'aménagement et l'extension du dispositif de déduction fiscale pour les personnes qui investissent dans les PME nouvelles, mais aussi l'extension du champ d'application de la réduction d'impôt au titre du don aux oeuvres pour les dons versés aux associations aidant à la création d'entreprises.

C'est bien souvent un élément essentiel pour les touts premiers développements, souvent même en amont de la création d'entreprises proprement dite.(les bourses attribuées aux "incubants" dans les incubateurs relèvent de cette logique)

Mais la plupart du temps, en dehors de cas exceptionnels le montant de leur intervention dépasse difficilement 300 à 500.000 F.

"en décembre 1995 j'ai envoyé sans succès une demande à 6 capitaux-risqueurs, je me suis donc rabattu sur des financements en provenance d'amis ou de relations" Gilles Guesquière co-fondateur de Nomade www.nomade.fr

un cas tout à fait exceptionnel : Integra dont les quatre fondateurs (Philippe Guglielmetti, Pierre Gérard, Georgie Kishtoo et William Rizzo) ont réussi à récupérer 3 MF auprès de 70 amis et amis d'amis, ce qui leur a permis le premier développement et l'accès au capital risque (8MF puis 46MF de capitaux levés)

Notre " gap " se situe donc entre 500 KF et 5 MF et, dans des phénomènes de croissance, il est bien difficile de sauter une des étapes même quand celles-ci, comme c'est le cas des NTIC, peuvent se succéder à un rythme très rapide.

3.3.4.5 Les "fonds d'amorçage" (Seed Money) : une bonne solution pour les entreprises technologiques

Conscient de cette carence, l'Etat commence à créer de tels fonds (BIO - amorçage, Emertec lancé par le CEA avec de nombreux partenaires scientifiques et financiers, dans le domaine de l'énergie, de la micro électronique et des matériaux avancés, ...) sur le modèle de I-source ° créée par l'Inria (présidé par Eric Harlé) doté de 100MFdont le succès est tout à fait encourageant (tickets unitaires de 1 à 3 MF pour passer du prototype au business plan)

Le lancement récent d'un appel à propositions doté de 100 millions de francs pour la création de tels fonds, devrait permettre de combler au moins partiellement partiellement cette lacune

Leur gestion devrait être confiée à des organismes privés.

On peut penser que ces fonds seront bien adaptés pour des projets issus de la recherche

80 entreprises ont été créées par des chercheurs du CEA depuis 10 ans(Pixtech dans les écrans plats, Incam dans les composants micro électroniques avec l'aide du fonds de capital risque épicéa, récemment cédé à au groupe d'investissement lyonnais Siparex, Soitec dans le traitement des tranches de silicium,...)

et une trentaine par ceux de l'inria (dont Ilog est le fleuron et plus récemment Realviz www.realviz.com  spécialisé dans l'introduction d'objets virtuels dans des séquences de film en gagnant un facteur 40 par rapport aux techniques employées dans Jurassic Park)

On peut craindre cependant qu'ils soient moins à même de savoir investir dans les innovations "d'usage" issues d'une analyse des besoins du marché comme E-trade, e-bay ou Autobytel, alors que ceux-ci représentent une part très importante des succès de grande ampleur outre-atlantique.

3.3.4.6 Les aides publiques (Drire, Anvar, Crédits d'impot,...): problèmes d'adaptation et de vitesse

Bien adaptées au financement de prototypes technologiques, les aides publiques (ANVAR, DRIRE, aides des collectivités locales,...), permettent d'apporter une contribution substantielle au plan de financement (cette aide est extrêmement précieuse dans un domaine qui explose aujourd'hui: celui des technologies optiques

L'Anvar a décidé d'étendre son champ d'intervention à l'innovation en terme de modèles économique et d'y consacrer à terme 10 à 15% de son budget mais ses aides ne peuvent cependant répondre complètement à la question pour deux raisons :

· elles ne peuvent financer que certaines dépenses (notamment elles se limitent à celles que l'on est capable de prévoir au départ) et seulement à hauteur de 30 à 50 % (ce qui est raisonnable pour des capitaux publics). Mais laisse entier le besoin de financement principal qui doit, de surplus, être en mesure de faire face aux aléas ;

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· ce sont des procédures qui ont des difficultés à s'adapter à des innovations d'usage pour lesquelles les notions de "R&D", "prototype", "ingénieur de recherche"... sont en décalage ;

Les procédures d'aide peuvent même être contre-productives lorsque leur perfectionnisme est excessivement chronophage.

De nombreux créateurs insistent sur le fait que certains gestionnaires de procédures privilégient le "bon dossier" par rapport au "bon projet". Or la vitesse est, dans les secteurs des NTIC le facteur essentiel de la réussite

Ce n'est plus le gros ou le "très bon" qui mange le petit ou le "pas encore tout à fait au point", mais le rapide qui mange le lent :

Louis Gerstner président d'IBM déclarait aux Echos "on en est presque arrivé au point où être le premier vaut mieux que d'être intelligent"

cette critique est revenue très fréquemment dans nos interviews qui ont rappelé le célèbre propos d'Andy Grove:

"in a few years, companies will be classified in two categories : the Quick and the Dead".

Le Crédit impôt recherche (dorénavant remboursé les 3 premières années immédiatement) et qui donne lieu à un contrôle a posteriori ne présente pas ce défaut, mais lui aussi est peu adapté aux innovations d'usage

3.3.4.7 Les Business Angels et les stock options : les éléments clé du dispositif

3.3.4.7.1 Les Business Angels : de l'argent, mais surtout une expertise et un réseau
La carence essentielle qu'il convient de pallier aujourd'hui est donc entre la "love money" et le "capital risque".

C'est le stade des premiers développements qui nécessitent un financement entre 500.000 F et 5 MF et qui constitue un métier très particulier nécessitant une capacité de décision rapide, sans analyse lourde de dossiers, préalable à l'engagement :

C'est ce que les Anglo-Saxons appellent les "Business Angels" terme que nous adopterons en attendant qu'un équivalent français fasse l'unanimité.(le terme "d'Investisseur Providentiel" a été récemment proposé)

Ces investisseurs sont quasiment toujours des industriels (et non des financiers), qui bien souvent ont créé eux-même une entreprise, voire sont des multirécidivistes, (Serial entrepreneurs),

Citons par exemple Marc Fourrier, Thierry Leyne (Consor France), Alain Roubach (Léon de Bruxelle), Jean Guetta (Saari), Gilles Pelisson (Disney), Charles Petruccelli (American Express), André Levy-Lang (Paribas), Jean-François Lepetit (BNP), Pierre Sissmann (Disney) Marc Vasseur (Genset) Arnold Raichler (Partner Jouet), Frank Thénot (Filipacchi), Bernard Vergnes (Microsoft)

Ils ont de l'argent, du temps, de l'expérience, une connaissance du marché, un bon carnet d'adresse et une crédibilité sur la place.

Ce peut être aussi parfois des consultants

comme Claude Rameau (ex-doyen de l'Insead), Michel de Guilhermier ou Jean-Baptiste Daguerre

C'est de plus en plus des créateurs de start-up Internet qui ont revendu leur entreprise

comme Denis Payre (Business Object) Patrice Magnard (Alapage vendu 200MF) Patrick le Granché (Vif et Assurdata) Gilles Ghesquière (Nomade) Loïc Lemeur (Rapidsite) ou qui sont devenus riches après une introduction en bourse comme Serge Cuesta (Boostworks), Didier Benchimol (Imediation), Dominique Louis (Assystem), Fabrice Grinda (Aucland) Patrick Robin (Imaginet) Yacov Gorsd (Cibox), Marc Lassus (Gemplus), Huber Zimmermann (Chorus Systèmes), Denis Lafond (FI System), Louis-Christophe Laurent (GL Trade)

Ils ont une volonté d'entreprendre chevillée au corps et leur volonté de "faire fortune" n'est souvent pas leur motivation principale (ils auraient en général les moyens de prendre de longue, heureuse et paisible retraite dorée).

Certains expriment l'idée que l'entreprise qu'ils avaient créée au départ leur avait apporté des joies analogues à celle ressenties avec leurs propre progéniture mais qu'à travers leur métier de business Angels ils retrouvent les plaisirs des grands-parents : la joie des parents sans les soucis de tous les jours

"j'apporte de l'argent et de l'expérience, c'est à dire tout ce qui manque généralement au créateur" déclare Patrick Le Granché à Cherbourg, 43 ans qui a revendu la première société qu'il avait créée à McAfee pour une dizaine de millions et qui a déjà en un an et demi aidé 5 créateurs (virtools dans les logiciels de jeu, Jet spécialisé dans les outils de formation,...).

Sa motivation déclarée "le plaisir de revivre les palpitations du chef d'entreprise, sans les inconvénients de la gestion et du stress au quotidien"

"même dans les technologies porteuse ce n'est pas une activité sans risque, et sur les 5 entreprises financées, une a déjà disparu. On sait bien qu'il va y avoir des échecs, et si on ne l'assume pas, mieux vaut placer son argent en obligations"

on estime que sur 10 start-up convenablement sélectionnées,

· 3 disparaissent,

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· 3 vivotent

· 3 atteignent une rentabilité convenable

· et une rapporte le jackpot

Le business angel doit ainsi être capable
v de détecter de bons projets

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

v de juger :

· du sérieux du "Business Model" (à ce stade du développement il n'y a pas encore de "Business Plan")

· de la qualité du marché potentiel

· de la capacité du créateur (ou le plus souvent de l'équipe des créateurs) à porter le projet

"je reçois un business plan par mois en moyenne, mais je n'ai investi que dans 3 start-up" souligne Yann Corno BA de 33 ans "bien sûr le projet compte beaucoup mais nous intervenons tellement en amont qu'on se fie avant tout à la confiance que l'on peut avoir dans les fondateurs de la start-up"
v de prendre sa décision "au feeling" et de se décider "dans l'heure", ou à tout le moins très rapidement (de l'ordre du mois) bien souvent en amont de la création juridique de la société.
Thibault de Monclin cofondateur avec Frédéric Iselin et David Pepy de Surgery on line raconte "nous avons rencontré Dominique Louis à 10h du matin et une heure plus tard il a accepté d'investir 4 MF dans notre société qui a l'époque n'avait que 50 abonnés, ce qui la valorisait 12 MF"

"cela conduit à travailler à l'intuition, parce qu'à ce stade la PME ne peut être modélisée" fait remarquer Dominique Louis Pdg d'Assystem et business Angel ayant consacré à titre personnel 45 MF à son fonds d'investissement

v de s'impliquer fortement dans le démarrage de l'entreprise dont il détient une part substantielle du capital, d'être le "parrain" du créateur pour le faire profiter de son expérience et de ses relations.
"à l'étape d'amorçage, ce métier consomme beaucoup plus de temps que de capitaux" souligne Philippe Claude d'Atlas Venture
v d'aider le créateur à développer ses talents sans se substituer à lui.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

v de renforcer l'équipe de direction si nécessaire (notamment pour ce qui concerne les NTIC dans le domaine du Marketing),... voire de la changer.

v de constituer le premier tour de table, son intervention étant déterminante comme nous l'avons fait plus haut vis-à-vis d'investisseurs qui ne disposent pas de son expertise

"c'est grâce à François Poirier que Marcopoly www.marcopoly.fr , l'une des premières enseignes de vente sur internet de produits électroménagers a réussi son augmentation de capital pour le porter à 5 MF (avant d'être racheté par France Télécom)

"pour nous les mamelles du capital d'amorçage sont le capital de proximité et les "business angels"" Bernard Maître, alors patron de CDC-innovation

Il peut investir à titre principal dans 4 à 5 entreprises bien qu'il n'y ait évidemment pas de règles générales dans ce domaine

Mais il peut aussi, à titre secondaire, investir avec d'autres Business Angels dans le cadre de Clubs qui permettent de mutualiser un peu les risques: une enquête conduite auprès de 29 d'entre eux, citée par les Echos (oct 98), indique qu'ils ont en moyenne des intérêts dans 7 entreprises.

Le plus célèbre d'entre eux est le club "band of Angels", constitué d'une centaine de membres dont la capacité d'investissement cumulé dépasse le milliard de dollars

Ce club se réunit une fois par mois à Palo Alto et étudie chaque fois 3 ou 4 projets: chacun des participants décide à la fin de la réunion d'investir ou non

Un autre club, garage.com www.garage.com, animé par Guy Kawasaki (un des cadres "historique" d'Apple) pour drainer les nouveaux talents, a ouvert un site web ou les candidats proposent leur projet

v Enfin son rôle est crucial en cas de succès pour bâtir le tour de table de l'étape suivante ou le capital mobilisé est 10 fois plus important: c'est là que sa crédibilité personnelle peut apporter un "plus" décisif .
"les gestionnaires de fonds reconnaissent au BA un rôle de sélectionneur averti qui sait mettre une équipe gagnante en piste" Christophe Chausson /les Echos

L'importance de la population des Business Angels est très variable selon la définition donnée à cette activité. Selon certains, il y aurait aujourd'hui un millier de personnes en France susceptibles d'investir plus de 100.000 euros dans des jeunes entreprises en création avec le profil défini ci-dessus.

D'autres estiment cette évaluation beaucoup trop malthusienne, compte tenu du potentiel important créé par le marché, et par une image de marque désormais valorisée et en voie d'être reconnue (l'opinion publique se rend compte en effet qu'ils créent de l'emploi qualifié dans des métiers d'avenir),

Mais il ne faut pas confondre "business angel" et particuliers fortunés: pour ceux-ci il est préférable d'intervenir à travers des fonds mutualisés gérés par des professionnels. Le e-krach a malheureusement montré que, passé les phases de spéculation ou tous les investissements sont gagnants, les investisseurs qui interviennent dans un marché qu'ils ne maitrisent pas sont les premiers à perdre leur mise

La création du nouveau marché et le dynamisme que celui-ci a donné au capital risque a été en outre un facteur d'accélération considérable.

Les Business Angels seraient semble-t-il, avec la même définition 250.000 aux Etats-Unis avec une capacité d'investissement de plus de plus de 20 milliards de dollars en 1999,(50 milliards de dollars même, si l'on en croit les chiffres donnés par la firme d'analyste Venture One) "contre seulement 1 Milliard de Francs soit 140 fois moins en France" d'après Yve Delacour de Leonardo

Ce développement peut s'expliquer en partie par les succes stories qu'ont connu ce pays, et par les rachats de petites sociétés prometteuses par des grands groupes qui ont permis aux anciens créateurs de démultiplier leurs capacités d'entreprendre en investissant sur de jeunes entrepreneurs.

Progressivement les réseaux s'organisent : ils permettent les échanges d'expérience, mais aussi une fonction "place de marché" qui aident le créateur à rencontrer le Business Angel le plus pertinent

Ce "matching" n'est évidemment pas simple car il faut trouver un partenaire qui connaît le marché que vous visez, mais aussi avec lequel vous pouvez développer des relations humaines de confiance très fortes, ingrédient indispensable dans ce type d'aventure souvent mouvementée, nécessitant des décisions rapides, risquées, et pas toujours agréables.

Deux catégories d'interlocuteurs sont particulièrement précieux pour les porteurs de projets:

v Les conseillers spécialisés ou "leveurs de fonds" qui aideront le créateur à finaliser son projet et à le mettre en relation, business plan en main, avec l'investisseur (ou le tour de table) le plus pertinent

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· L'Association Leonardo www.leonardo.asso.fr créé par Yves Delacour en 1989 avec des anciens de Stanford regroupe aujourd'hui plus de 500 membres(350 en 1998) dont le tiers sont des business angel. Au cours de forums et de petits déjeuner mensuels plus de 300 sociétés ont été présentées à des investisseurs et des antennes régionales sont en cours de mise en place.

· Leonardo Finance, www.leonardofinance.frcrée en 1995, société anonyme qui réunit une centaine d'actionnaires-experts, aide à monter, analyse, valide et labellise les dossiers de création d'entreprise qui lui sont soumis

· Chausson finance, animé par Christophe Chausson, www.chaussonfinance.comet www.clubbusinessangels.coma réussi à ce jour à lever 600 MF pour 40 start-up (comme Stamptronic fabricant de modem sans fil, Surgery On Line éditeur de portail médical, Virtools concepteur de logiciels de réalisation de jeux, Intégra, AlloCiné, Clust, CanalWeb,...)

v Les réseaux de business angels proprement dit comme le club I Back (International Business Angel Club) qui réunit 20 business angels des deux côtés de l'atlantique ou VCR (Venture Capital Report), réseau mondial animé par Walid Halabi www.vcr1578.com. En France signalons

· le réseau business-angels.com www.business-angels.com animé par Professionnal Network de Jean-Christophe Chabrerie et François Claverie

· Leonardo Partners, club de business angel réunit 10 associés ainsi qu'une structure Leonardo Angels (qui regroupe des membres de l'Association Leonardo) qui ont apporté chacun 1MF pour créer un fond d'amorçage permettant une certaine mutualisation des risques

· Apollo Invest &&w regroupe de son côté 50 Business angels

· L'Electronic Business Group www.ebg.net club d'affaire constitué de grands groupe s'essaye à ce type de démarche sous la présidence de Bernard Maître à partir de l'automne 1999 (inscriptions apuig@ebg.net)

v Les"clubs de rencontre" qui visent à faciliter les contacts entre les différents partenaires de la création d'entreprise, notamment porteurs de projets et Business Angels. En France signalons

· First Tuesday http://www.firsttuesday.comgrand rendez-vous mensuel de la communauté des start up et des investisseurs britanniques étend dorénavant ses rendez-vous mensuels à une cinquantaine de villes européennes après Londres, Stockholm, Madrid, Paris (plus de 1500 participants au printemps 2000 à Paris) et Oslo. Il vient d'être racheté par la société israëlienne Yazam

· Go Bit Win club http://www.gobitwin.com plus sélectif dans ses invitations afin de conserver un style plus "intime" propice aux rencontres

· capital IT Emmanuel Libaudière: depuis 1999 une manifestation d'ampleur est organisée en France sur une base semestrielle: www.capital-it.com: elle a réuni 320 participants dont 120 investisseurs et 40 dirigeants d'entreprise dès sa première édition, même si Les premières expériences de réunions de présentation de projets de création à des investisseurs n'atteignent pas encore la taille de certaines de celles organisées aux Etats-Unis il est remarquable de constater que leur professionnalisme s'accroît rapidement

· New (Net Economy Workshop) lancé par l'Atelier Bnp-Paribas organise tous les 2 mois une tournée européenne (Londres, Paris, Genève, Berlin) pour une sélection de start-up

· IE-Club.com présidé par Maurice Khawam d'Apax, placé auprès de la CCI de Paris

· Leonardo-Finances organise régulièrement des rencontres au cours de petits déjeuners d'affaire

· Quelques régions prennent également des initiatives comme Rhone-Alpes avec Capital Link à Grenoble www.lyon-infocite.org et Léonardo développe ses antennes en province avec la formule des "petits déjeuners" (Lille, Toulouse-Bordeau,...)

voir également : www.defi-startup.com , , www.ipen.com , , www.financement-pme.com , , www.europe-acquisitions.com, www.ac.com , www.proxicap.com, , www.apce.com , , www.capital-initiative.com, , www.capital-investissement.com , , www.updesk.net, , croissanceplus.com , , www.network-conseil.com , , www.people-international.com

au niveau européen voir l'EVCA (european venture capital association) www.evca.com

certaines Chambres de Commerce, dans le cadre de conventions, ont noué des partenariats avec ces réseaux et sont susceptibles, outre leur rôle de conseil, d'en faciliter l'accès (Joël Saingré CCIP jsaingre@ccip.fr )

L'un des BA nous a déclaré: "aujourd'hui nous osons nous montrer et nous ne sommes plus considérés comme d'affreux capitalistes, mais comme ayant une activité vertueuse, créatrice d'emplois et d'innovations".

3.3.4.7.2 Financer et fidéliser des cadres expérimentés, payer avocats, conseil et fournisseurs sans sortir de cash: les stock-options
Une jeune entreprise à fort potentiel, qui vise à occuper dans des délais très courts la place de leader sur son créneau, a besoin de cadres expérimentés, notamment pour les fonctions marketing et elle ne peut à l'évidence s'aligner sur les salaires pratiqués par les entreprises déjà établies.

La solution qui a fait ses preuves dans les pays anglo-saxons pour tourner cette difficulté est celle des stock options: le cadre ainsi recruté est amené à accepter de voir son salaire divisé par 2 ou 3 mais en contrepartie il reçoit des actions qui, en cas de succès, lui permettent d'espérer faire fortune.

"c'est comme cela que nous avons réussi à faire venir le directeur financier d'Adobe chez nous, son salaire était inférieur de 40% à ce qu'il gagnait auparavant, mais le jour de la vente de l'entreprise chacun a gagné bien davantage avec les stock options que le montant des salaires cumulés depuis le début de l'aventure: 12.000$ investis en stock options au départ de l'entreprises ont rapporté 1,5 Million de dollars le jour du rachat" raconte Eric Hautemont, un des 5 fondateurs de Raydream

de même Jim Barksdale, Pdg de Netscape, a quitté ATT et la côte est des Etats unis pour venir gagner 10 fois moins à Moutain View, Greg Maffei directeur financier de Microsoft est parti diriger Worldwide Fiber, Georges Shaheen à quitté la direction générale d'Andersen Consulting pour Webvan

Les Stock-options permettent en Californie non seulement de réunir l'équipe de départ mais aussi de payer les honoraires des avocats (c'est de cette manière que le cabinet Wilson, Sonsini, Goodrich et Rosati, qui a accompagné les premiers pas de Intel, Oracle ou Apple, est devenu si puissant, au point même de fonder son propre fonds de capital-risque).

De même la PME peut ainsi sans bourse délier s'attacher les services de consultants renommés, payer ses fournisseurs,...ou son propriétaire immobilier

"les stock-options sont un excellent moyen de lancer une entreprise sans le moindre capital" Alex Gonthier fondateur en Californie d'une start-up en train de développer une nouvelle technique pour payer de petits achats sur le Net sans utiliser de carte de crédit (interviewé par Michel Ktitareff)

Par ailleurs les plans de stock options sont un moyen extrêmement efficace de fidéliser les ingénieurs les plus doués qui sont aujourd'hui sollicités de partout

Eric Moreau, Pdg d'Apogée communication (100MF de CA, +50% par an) à Orsay, disait aux Echos à quel point un tel plan lui manquait car son turn over de 7 à 8% était extrêmement déstabilisant pour la conduite de son développement

Cisco assure que c'est grâce à une politique de Stock Options particulièrement importante qu'il a réussi à limiter le turn over à 5% : 1$ investi il y a 4 ans en vaut 870 aujourd'hui, tant et si bien que la plupart des secrétaires sont millionnaires en dollars (Bill Finkelstein séminaire Aftel NY nov 98)

Quant à Eric Monteil, Pdg d'Augeo (30 MF de CA, doublement annuel, spécialiste du knowledge management), il a décidé en partie pour cette raison de transférer sa R&D en Californie

Enfin dernière vertu et non des moindres des stock options: ce sont elles qui permettent l'émergence de Business Angels. En effet lors de la réalisation du plan de stock options (introduction en bourse ou rachat), les principaux acteurs du succès de l'entreprise se trouvent avoir tout à la fois les moyens financiers et l'expérience industrielle indispensables au succès dans ce métier

Ce système paraît particulièrement vertueux : l'expérience de cette année a montré que "en cas de succès" n'est pas une clause de style et les managers des entreprises ne tirent bénéfice de ces dispositions que s'il y a eu une vraie création de valeur (dont ils récupèrent une partie). En cas de succès tout le monde y gagne, au premier rang desquels les artisans de ce succès, en cas de déboire, ceux qui ont pris le risque de la start-up en supportent personnellement les conséquences: parmi les exemples cités ci-dessus par exemple Georges Shaheen qui avait abandonné un salaire de 5M$ chez Andersen Consulting a tout perdu avec la déconfiture de Webvan

et il est regrettable qu'à la suite de détournements par des grands groupes pour contourner les règles fiscales (en en faisant des salaires déguisés) il ait été globalement abandonné dans notre pays.

Les "bons de créateurs d'entreprises", apportent une première réponse mais certains leur reprochent leur manque de lisibilité notamment à l'international

3.4 Manque de projet ou manque d'entrepreneur? la solution de l'atelier de l'innovation

Nos concitoyens sont réputés inventifs et tout laisse penser que cette réputation n'est pas usurpée, mais pour autant tous les inventeurs n'ont pas les compétences requises d'un entrepreneur ou n'ont tout simplement pas envie de l'être.

L'idée serait alors de clairement dissocier les deux fonctions

notons que c'est la clef du succès de Yahoo! : les deux inventeurs Jerry Yang et David Filo sont aujourd'hui immensément riches mais ce ne sont pas eux qui ont créé et développé l'entreprise : ils ont préféré s'en remettre à deux vieux routier de la finance et du marketing Timothy Koogle (un des anciens dirigeants de Motorola) et Jeff Malett et ils se contentent du titre de "chefs yahoo!".

Mais ceci implique un troisième intervenant celui qui

v détecte les projets ayant un véritable potentiel de développement,

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

v qui procède aux investissements préliminaires indispensables (protection juridique, étude de marché, création de la structure juridique, élaboration d'un business plan)

v recrute l' "entrepreneur" chargé de créer l'entreprise et la conduire pendant la phase du démarrage

v réunit le tour de table en faisant appel aux sociétés de capital risque

Cette approche très originale et a priori extrêmement séduisante est celle adoptée par l'atelier de l'innovation http://www.atelier-innovation.com créé en août 1998, et animé par Jean-Yves Charron (9, place de la madeleine 75.008 Paris atelier.innovation@mnet.fr)

Le capital initial se répartit pour moitié pour l'inventeur qui apporte son innovation, pour moitié à l'atelier qui engage tous les frais nécessaires pour que le projet soit susceptible d'intéresser des investisseurs.

Bien entendu une mécanique aussi lourde ne peut trouver sa rentabilité que dans des projets à fort potentiel (objectif: capitalisation de l'entreprise supérieure à 500 MF au bout de 5 ans).

4 Une piètre connaissance de la création d'entreprises en France

Pour pouvoir mesurer l'ampleur du problème, évaluer l'efficacité des différentes mesures prises, bénéficier de l'expérience des pays avec lesquels nous sommes en compétition il conviendrait de disposer des moyens d'évaluer :
· le nombre de création d'entreprises NTIC en France ainsi que l'évolution de 1995 à 2001

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· la dynamique des différentes régions françaises

· la part des NTIC dans l'ensemble des vraies créations d'entreprises

· et de procéder à des comparaisons avec les USA et les principaux pays européens (Allemagne, Grande Bretagne, Suède)

Des études comparatives devraient en outre analyser les décalages quantitatifs et qualitatifs avec ces pays:
· taux de croissance des entreprises nouvellement créées,

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· création d'emplois,

· mortalité " infantile ",

· les conséquences du e-krach

· financement de la croissance : prise de participation de BA, de capital risque (perte du contrôle ? changement de manager?) vente de l'entreprise à des grands groupes (français?, européens?, autre?),

· taux de «récidive» ("serial entrepreneurs"..).

Il serait également intéressant de mieux connaître les profils des créateurs : est-ce plutôt un informaticien, un ingénieur, un spécialiste du marketing, un artiste ou plus généralement quelqu'un relevant du secteur culturel? Est-ce quelqu'un de fortement diplomé ou un autodidacte? Dispose-t-il au départ d'un pécule personnel substantiel?

Est-ce un homme seul? Est-ce une équipe? de compétence et d'age identique? Ou au contraire de profils très complémentaires?

À quel âge participe-t-on à une création d'entreprise? est-il vrai que les créateurs sont de plus en plus jeunes dans le secteur des NTIC ? (il conviendrait en particulier pour cela d'examiner l'évolution en 1999 et 2001, années qui semblent marquer une rupture dans le comportement des jeunes dipplomés)

Jusqu'à récemment il n'existait pratiquement aucun élément permettant d'apporter des réponses mêmes approximatives à ces questions en dehors d'une récente étude de l'Agence pour la Création d'entreprise www.apce.com sur les systèmes d'aide dans les principaux pays Ocde

En 2000 l'Apce a procédé à une première enquête° couvrant la période 1995-2000, fort instructive sur ce sujet, reste néanmoins à étudier l'évolution du profil des créateurs sur les années ou s'est produit le véritable décollage en France : 1999-2000 et surtout de la poursuivre chaque année

5 Autres problèmes méritant d'être signalés

5.1.1 Alléger les formalités : le cri du coeur!

C'est une revendication véhémente que nous avons régulièrement entendu: tous conviennent que la situation s'est considérablement améliorée depuis 15 ans mais il n'en reste pas moins qu'il semble subsister une marge de progrès significative

Catherine Leroy a choisi Hollywood pour créer son entreprise de vente d'e vêtements de grand luxe de deuxième main www.pieceunique.com "pour devenir marchand, i ci, il vous faut faire 2 démarches administratives. Temps? 30 minutes chacune. Coût? Une centaine de dollars, essence comprise"

5.1.2 Un problème important et urgent : le danger d'adopter une réglementation à l'américaine en matière de brevets sur les logiciels

Un projet de directive européenne ° propose de remettre en cause la non brevetabilité des logiciels, garantie aujourd'hui par la directive européenne du logiciel de 1991.

Sans contester le principe général des brevets qui permet

· de rentabiliser l'effort de recherche des entreprises en leur offrant une situation d'exclusivité pour l'exploitation commerciale de leur invention pendant une période de vingt ans

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· de contribuer à l'accroissement collectif des connaissance par la publication de l'invention qui peut être sans délai utilisée à des fins non commerciales et librement dans les pays où le brevet n'a pas été déposé)

Il faut veiller à ce qu'une extension "mécanique" du champ du brevet, défendue par les professionnels de la propriété industrielle, ne conduisent pas justement à l'inverse des buts poursuivis par la société à travers cette réglementation

5.1.2.1 le risque de pousser au secret quand le brevet devrait entrainer la connaissance publique des inventions

En effet la notion "d'invention" (nouveau, non évident, utile) dans ce domaine est particulièrement floue (plus de 100.000 brevets ont été déposés aux USA) couvrant des process aussi évident que celui du "one clic" : "quand quelqu'un a déjà passé une commande chez vous, il est inutile de lui redemander son adresse la seconde fois", Brevet déposé par Amazone°

Tant et si bien qu'il est aujourd'hui quasiment impossible d'écrire un programme sans "violer" involontairement un de ces brevets: la meilleure protection est alors le secret des codes source (protégé par une loi qui interdit la décompilation des logiciels), ce qui est préjudiciable à la sécurité des programmes (les bugs et les "entrées secrètes qui permettent d'espionner votre ordinateur" sont beaucoup plus vite détectés et corrigés dans un logiciel dont les codes sources sont publics) et conduit au résultat strictement inverse du premier des objectifs visés par le brevet (le progrès des connaissances publiques)

5.1.2.2 une durée de 20 ans inadaptée à l'innovation logicielle

De plus, dans le domaines des logiciels où les cycles d'innovation sont plutot de 3 ans que de 20, la durée actuelle des brevets paraît totalement inadaptée

5.1.2.3 paradoxalement, un outil au main des gros éditeurs pour s'approprier les innovations des petits

La pratique actuelle des brevets sur les logiciels aux Etats-Unis et au Japon conduit de fait à un détournement de la procédure pour paradoxalement verrouiller l'innovation en "minant" le terrain vis-à-vis des nouveaux entrants par le dépôt de nombreux brevets qui ne se justifient pas par le caractère original ou majeur d'une invention. Voir www.freepatents.org

Le nombre considérable des brevets sans réelle valeur qui sont déposés auprès des organismes de protection de la propriété intellectuelle conduit à noyer le système de classification et de recherche d'antériorité jusqu'à le rendre pratiquement inopérant.

Ce type de brevets est alors utilisé comme un instrument de blocage de l'émergence de nouveaux concurrents par certains éditeurs de logiciels dont l'assise financière leur permet d'effectuer de nombreux dépôts et d'engager des poursuites contre les start-ups innovantes qui menacent leurs positions commerciales (rappelons que Microsoft emploie plus d'avocats qu Yahoo! n'a de personnel):

Même s'ils ont peu de chance de gagner leur procès devant un tribunal...2 ans plus tard, le pouvoir de nuisance que leur confère cette réglementation (frais de justice, temps et énergie perdus par la jeune entreprise, fuite des investisseurs,...) est extrêmement dissuasif et les met en position d'imposer à celles-ci des contrats léonins pour s'approprier les véritables inventions!.

De ce fait, le projet européen dans son état actuel constitue une menace pour le développement des start-up européennes qui seraient à la merci des multinationales d'outre atlantique

5.1.2.4 une arme contre les logiciels libres

D'autre part il peut être une arme particulièrement dangereuse contre logiciels libres qui se sont révélés être un moyen puissant de rétablir une libre concurrence et d'encourager le strict respect de normes communes sur un marché où l'on déplore les stratégies anti-concurrentielles de certains grands éditeurs: en effet les codes source de ces logiciel étant par définition publics il est très facile d'y trouver des "violations" de brevet alors que cela serait impossible si les mêmes programmes s'abritaient derrière le secret des codes et l'interdiction de décompilation

Un leader du marché affirme d'ailleurs dans une note stratégique interne que l'usage des brevets doit être envisagé pour combattre l'essor des logiciels libres.

5.1.2.5 Une opportunité pour l'Europe: créer une réglementation sui generis performante

La protection de la propriété intellectuelle étant néanmoins dans ce secteur comme dans d'autre, un problème important, il convient, au delà du "droit d'auteur", du "droit des marques" et de la réglementation sur le "parasitisme commercial" de définir une réglementation "sui generis", comme cela a été fait avec succès par l'Europe dans le domaine des banques de données

De nombreuses voix s'élèvent aux Etats Unis contre les absurdités auxquelles conduit le système actuel et si l'Europe prenait l'initiative de concevoir des règles qui tirent parti des expériences heureuses ou malheureuse des autres pays, il n'est que celles-ci s'imposent comme standard mondial

5.1.3 Aujourd'hui les règles des marchés publics éliminent les entreprises qui n'ont pas de références suffisantes et donc les créateurs

Si nous voulons faciliter l'émergence de nouvelles entreprises, qui peuvent apporter des idées neuves il faut aussi que l'administration apprenne à prendre des (bons) risques, ce que la réglementation des marchés publics d'aujourd'hui n'encourage guère

6 Des mesures pour favoriser la création d'entreprises

Depuis 1999 le contexte psychologique (reconnaissance du créateur, détérioration de l'image du cadre dans l'administration et les grands groupes), fiscal (BCE Bonds de Créateurs d'Entreprise) et administratif (Création des SAS, Sociétés par Actions Simplifiée) s'est grandement amélioré au profit de la création d'entreprise

Le sondage IFOP de début 2000 a montré que 61% des jeunes de la ranche 18-24 ans étaient tentés par la création d'entreprise

Par ailleurs les créateurs interviewés par l'Apce considèrent le plus souvent qu'il s'agit d'une "aventure en équipe" et non d'une épopés solitaire. Ils sont de plus en plus nombreux à envisager de revendre leur société, une fois mise sur les rails, pour en créer d'autres ou pour devenir Business Angel

La création d'entreprise est maintenant perçue par tous comme un ingrédient incontournable de l'innovation, de la croissance économique, de la création de richesse et d'emploi: une marge de progrès est encore possible:

6.1.1 Faire évoluer l'enseignement notamment dans les écoles d'ingénieur

Il convient que les Ecoles fassent évoluer leurs enseignements pour favoriser la création d'entreprise, et plus généralement la création d'activité, parmi leurs anciens élèves

Cette recommandation s'adresse tout particulièrement aux écoles d'ingénieurs pour la création d'entreprises à dominante technologique: les Ecoles dépendant du ministère de l'économie des finances et de l'industrie se doivent d'être particulièrement exemplaires dans ce domaine.

Une telle formation entrepreneuriale devra comprendre:

· une formation à la création d'activité(incluant notamment le marketing et la finance adaptée aux PME), enseignée dans le cadre du tronc commun de toutes les écoles (sans transformer bien entendu celles-ci en écoles de gestion, la maîtrise des technologies et des méthodologies devant rester un objectif majeur de la formation d'ingénieur).

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· une formation à la création d'entreprise proprement dite, visant les élèves les plus motivés, dans le cadre d'options ou de parcours adaptés individuellement qui, dans un premier temps tout du moins, seront seulement délivrées dans certaines écoles.

· Il serait bon de disposer d'écoles pilotes ayant déjà engagé des actions dans ce domaine et dont l'expérience pourrait être utile aux autres écoles ; elles devraient de ce fait bénéficier d'un appui particulier.

· Il conviendra d'infléchir dans le sens de la formation entrepreneuriale un certain nombre d'outils de formation utilisés par les écoles d'ingénieurs (projets d'ingénieurs, stages, tuteurs entrepreneurs) ; les activités extrascolaires ne devront pas être oubliées dans cette réflexion (junior entreprise, organisation d'évènements par les élèves,... ).

· Le concours des associations d'anciens élèves sera activement recherché, notamment pour les témoignages et le tutorat.

· Les éléments intervenant dans les processus d'innovation et la gestion des ressources technologiques devront être enseignés (et notamment la protection de la propriété intellectuelle et ses limites);

· à cet égard, des expérimentations pourraient être utilement conduites visant à conjuguer technologie et activités de nature sensiblement différente notamment artistiques et culturelles

· Des collaborations devront être instaurées entre les écoles d'ingénieur et les écoles de gestion ayant développé des compétences dans ce domaine

Ces collaborations ne devront pas se limiter à l'aspect scolaire afin de favoriser la création d'équipes mixtes technologie-gestion, basée autant sur les affinités personnelles que sur les complémentarités professionnelles (compétitions sportives, organisation d'évènements culturels,...).
· Pour les écoles qui auront fait le choix d'axer leur projet pédagogique sur la formation à l'entrepreneuriat, les membres de l 'équipe dirigeante, et notamment le directeur de l'école, devront être choisis en fonction notamment de leur forte motivation pour la formation entrepreneuriale

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· Le nombre d'enseignants aptes à s'impliquer dans la formation entrepreneuriale devra être notablement augmenté par une politique volontariste de recrutement et de formation. En particulier, il faudra faire appel moins à des professeurs permanents qu'à des professionnels extérieurs travaillant pour des jeunes entreprises ou ayant vécu l'expérience de la création d'entreprise.

· Dans les écoles d'ingénieurs à formation axée sur l'entrepreneuriat, les critères de recrutement des élèves devraient tenir compte de cette finalité, notamment pour le recrutement sur dossier, en cours de scolarité, où la prise en compte des motivations et des capacités humaines est plus facile qu'au niveau des concours.

· Les incubateurs d'entreprises (voir chapitre suivant) devront être développés et une rémunération de type bourse pourrait être attribuée pendant un an (le cas échéant renouvelable une fois) au jeune créateur . Un travail devra être entrepris pour définir des critères d'évaluation plus pertinents des incubateurs ;

Une réflexion devra être conduite pour examiner le type de services le plus utile au créateur (juridique, marketing, technologique, ...) en s'appuyant notamment sur l'examen des réalisations dans d'autres pays.
· En outre, les grandes écoles devraient constituer des centres de ressources pour les créateurs d'entreprises et un travail d'approfondissement devra être conduit sur ce thème.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· Enfin des collaborations étroites devront être instaurées, ou lorsqu'elles préexistent, être développées entre les écoles d'ingénieurs qui peuvent avoir intérêt à mutualiser leurs moyens dans un certain nombre de domaines (échanges d'expérience en vue de dégager les meilleures pratiques, formation des professeurs, outils d'évaluation, possibilité de passage de certains élèves d'une école à l'autre pour optimiser les cursus);

6.1.2 Favoriser les créations par des chercheurs

Les entreprises créées par des chercheurs ou post-docs connaissent un taux de succès plus grand que la moyenne comme l'a bien montré les études conduites par Philippe Mustar du centre de sociologie de l'innovation.

La seule chose que l'on puisse déplorer en l'espèce, reste leur très petit nombre : on peut espérer que la loi sur l'innovation pourra permettre une évolution de cet état de fait, en particulier dans le domaine des NTIC

Cette loi vise en effet à favoriser les collaborations entre les personnels de recherche et les entreprises . Il prévoit notamment que les chercheurs et enseignants-chercheurs pourront être autorisés à créer une entreprise sans rompre définitivement les liens avec leur organisme d'origine.

La région de Cambridge compte à présent près de mille PME de technologie qui ont ensemble créé 35.000 emplois directs

6.1.3 Créer un contexte culturel favorable à la création d'entreprise

La fête de l'Internet est un bon exemple de ce type d'initiative, de même que le concours des Electrophées, &&w ou l'appel à projet «les exportateurs sur la toile» &&w,

Des initiatives fort intéressantes ont également été prises au niveau régional (certains ont toutefois souligné le danger de trop multiplier les concours qui dans certains cas peuvent détourner le créateur de l'essentiel, qui n'est pas de gagner des prix).

Dans la symbolique de la reconnaissance sociale française ne pourrait-on imaginer que des créateurs d'entreprise puissent être reçus dans l'ordre de la Légion d'honneur par le président de la République à l'instar de ceux qui ont ramené une médaille aux jeux olympiques ou une coupe de football?: les visites des plus hauts responsables de la république auprès de start-up a eu en 2000 un indéniable impact sur ce plan

Le fait que les 10 lauréats du concours Défi Start-up (sur 400 projets et 20 création effectives prévues) aient été solennellement reçus en mai dernier par le Chef de l'Etat est un premier pas dans cette voie

Les initiatives notamment des associations "croissance+" www.croissanceplus.com, créé par Pierre Haren cofondateur d'Ilog et Denis Payre cofondateur de Business Object et animé par Bruno Vanryb (BVRP Software), Defi start-up www.defi-startup.com lancé par Antoine Decitre et Jean-Luc Rivoire et "Objectif 2010" (animée par Philippe Pouletty, fondateur de Sangsat, et d'autres Français qui ont créé leurs entreprises en Californie comme Eric Benhamou, patron de 3Com, Bernard Liautaud Pdg de Business Object, ou Maryvonne Hiance Présidente de Drug-Abuse), méritent à ce titre de continuer à être fortement soutenues.

De même il conviendrait comme le propose Denis Ettighoffer avec son site www.ebusinessgeneration.com, première pépinière virtuelle, de favoriser l'émergence de cyber-micro-entreprise, terreau indispensable pour développer la culture entrepreneuriale

6.1.4 Ne plus pénaliser l'échec

Outre les questions d'ordre sociologiques et culturelles sur lesquelles il faut conduire des actions, auprès de tous les acteurs et notamment des media et des responsables politiques, mais qui ne pourront porter leurs fruits qu'à moyen terme, il est proposé d'ouvrir d'ores et déjà aux créateurs la possibilité de bénéficier d'une indemnisation de chômage en cas d'échec comme le propose Synergie, collectif informel regroupant 19 associations intervenant dans la création d'entreprise

6.1.5 Mettre en place des incubateurs bien branchés sur les réseaux gestion, finance, technologie et industrie

Nous avons vu plus haut combien il était important d'encourager la création d' "incubateurs" ou le développement de ceux qui commencent à se mettre en place
v bien connectés certes à des centres de ressources technologiques mais également, et c'est aussi déterminant pour le succès, à des établissements d'enseignement assurant une formation à la création d'entreprises et dont les professeurs sont susceptibles d'accompagner les créateurs notamment dans le domaine de la gestion et du droit.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

v et implantés dans une technopole à proximité de pépinières d'entreprises, bien reliée au tissu industriel et financier.

v Les business angels pourraient être utilement sollicités pour procéder à la sélection des candidats en fonction de la qualité du projet de l'existence d'un marché mais surtout de la capacité entrepreneuriale du créateur (car celui-ci comme nous l'avons vu plus haut devra savoir éventuellement saisir d'autres opportunités si elles s'avèrent plus porteuses que son projet initial).

v Ces incubateurs doivent également pouvoir servir de centres de ressources pour les autres créateurs locaux.

v Leur nombre et leur taille doivent être pensés en fonction du potentiel existant afin d'éviter le double handicap pour les créateurs que serait un malthusianisme excessif, mais aussi un trop plein de structures sous-critiques.

v Ces incubateurs pourront sans doute fonctionner eux-mêmes en réseau ce qui permettra de mutualiser les compétences et de réduire ainsi la taille critique ce qui favorisera une meilleure irrigation du tissu économique local et une présence auprès d'un plus grand nombre d'écoles d'ingénieurs (avec l'impact que nous avons vu plus haut sur l'orientation de l'enseignement)

v Une mission devrait être diligentée pour définir les règles de bonne pratique pour les incubateurs

Le lancement d'un appel à propositions dans le cadre d'un fonds d'amorçage doté de 200 millions de francs devrait notamment permettre le financement d'incubateurs et la création de fonds d'amorçage privés.

Un certain nombre d'initiatives ont été lancées ces dernières années avec des succès divers il conviendrait, au moment ou celles-ci sont destinées à prendre de l'ampleur, d'affiner l'analyse déjà conduite dans le rapport précité www.cgm.org/chabbal/entrepreneur/entrepreneur.pdf, afin de préciser les conditions optimales pour le succès de telles structures.

D'ores et déjà il semble nécessaire, pour permettre l'éclosion d'un nombre significatif de ces nouvelles entreprises, de mobiliser une forme basique de "Seed capital" : des bourses pour les "incubants" analogues dans leur montant à celles offertes aux " doctorants " attribuées pendant un an (et le cas échéant renouvelable une fois) et de donner de façon analogue à ces incubants un minimum de couverture sociale

Ceci se pratique d'ores et déjà dans un certain nombre de régions (comme par exemple à l'école des mines d'Alès) à partir de financements d'origine multiple (locaux, régionaux et européens) mais au prix d'une précarité préjudiciable à l'efficacité et d'une dépense d'énergie considérable qui pourrait être employée plus utilement

Il semble qu'en Israël un tel dispositif a été mis en place et s'avère tout à la fois peu onéreux et très efficace &w&b rapport de mission GP&&b

Les bourses de recherche affectées à des laboratoires dont l'expérience montre qu'elles débouchent sur la formation de chômeurs de haut niveau (notamment dans les biotechnologies)pourraient sans doute utilement être redéployées pour financer ce dispositif

6.1.6 Favoriser l'émergence d'un tissu dense de petites sociétés de services

Ces entreprises, très nombreuses dans tous les pays où Internet s'est développé, même si elles ont vocation individuellement à rester petites, représentent un grand nombre d'emplois

Les investissements nécessaires sont limités : pour favoriser leur développement, outre ce qui a été dit en terme de formation, l'action la plus utile au niveau des pouvoirs publics est sans aucun doute de favoriser l'émergence de la demande et d'alléger encore les formalités concernant les micro entreprises

6.1.7 Pour les entreprises à fort potentiel de développement favoriser le développement des Business Angels

Il reste sans doute à faire en sorte que sur le plan fiscal ce type d'investissement soit traité de façon au moins aussi favorable que les placements immobiliers ou les objets d'art.

Des progrès ont été faits dans le cadre de la loi de finances pour 1999 pour les business angels : la possibilité est maintenant offerte aux entrepreneurs ayant cédé tout ou partie de leur participation dans une entreprise et réinvestissant leur gain dans une entreprise nouvelle, de reporter l'imposition de ce gain à la date de cession de ce nouvel investissement.

Cet effort doit cependant être activement poursuivi dans l'optique de substituer une forme active et créative de travail sur du capital à la rente capitalistique traditionnelle en assurant en aval un contexte fiscal "compétitif" par rapport à nos pays concurrents

Cette remarque vaut notamment vis à vis des pays anglo-saxons :

l'association "la France Libre...d'Entreprendre" www.francelibre.org animée par un jeune créateur d'entreprise français Olivier Cadic (à 20 ans il créé Info Elec avec 20.000F) affirme qu'outre les 40.000 Français partis pour la Californie, 100.000 sont partis de l'autre coté du tunnel sous la manche, privant notre pays d'une capacité de création d'emplois qui nous fait cruellement défaut

Comme disait plaisamment l'un d'entre eux "nous sommes passés de l'économie de la saucisse à celle du boudin: "avant quand on serrait la vis cela augmentait la pression, maintenant, avec l'internationnalisation de l'économie, ça sort par les bouts".

A cette fin, les investissements de particuliers de type capital risque seraient certainement fortement accrus par une déductibilité de l'ISF des montants affectés à ce type d'activité (comme c'est aujourd'hui le cas pour les oeuvres d'art dont l'utilité sociale n'est peut-être pas aussi grande) :

On aurait ainsi une orientation automatique du produit de cet impôt vers des activités à croissance rapide, induisant des comportements des individus le plus éloignés possible de la rente, ce qui va dans le sens d'une meilleure efficacité collective.

On limiterait simultanément les motivations d'évasion fiscale de hauts potentiels, certains des business Angels français les plus en vue s'étant d'ores et déjà installés à Londres et à Bruxelles

Par ailleurs le niveau de déductibilité des impôts sur le revenu qui existe aujourd'hui pour l'investissement dans une entreprise non cotée de 150 KF pour un couple, devrait être aligné dans leur montant plafond sur ce qui se pratique dans l'immobilier (où l'ordre de grandeur est de 1 MF pour un couple).

Même chose pour les FCPI (réduction d'impôts de 25% dans la limite de 150.000 F pour un couple)

6.1.8 Eviter que l'évolution sur la réglementation sur les brevets ne donne des armes aux grosses structures pour verrouiller l'innovation

Considérant , à la lumière de la pratique américaine et nipponne en matière de brevets sur les logiciels les effets pervers
· détournements de procédure visant à bloquer les jeunes entreprises innovantes voir www.freepatents.org et à s'accaparer leurs inovations majeures

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· pratique qui conduit à renforcer le secret là ou l'objectif du brevet est d'encourager le progrès technique général

· une durée de 20 ans totalement inadaptée au domaine du logiciel

Considérant que des petites sociétés éditrices de logiciels connaissent un succès mondial grâce à la diffusion sous forme de logiciels libres de produits innovants comme la base de données MySQL, le logiciel de sécurisation SSH, le serveur Web Roxen, le serveur de courrier électronique Sendmail, la distribution Linux SuSE, etc. qui, tous, ont contribué à faire progresser les technologies de l'Internet et à briser un certain nombre de monopoles,

Il est proposé, qu'avant d'adopter tout texte réglementaire sur les brevets logiciels en Europe, que l'on procède à une étude fine de ses risques d'effets pervers afin

v de protéger le légitime intérêt des entreprises qui innovent

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

v tout en évitant que le cadre juridique proposé puisse être utilisé comme une simple arme dans les mains d'industriels disposant de nombreux avocats pour paralyser la concurrence, l'innovation ou l'émergence des logiciels libres.

Il conviendra sans doute de mettre en place au niveau européen une réglementation sui generis permettant de répondre à ces deux objectifs

6.1.9 Se donner les moyens d'observer la dynamique de la création d'entreprise pour agir de façon plus pertinente

Nous avons vu l'importance pour tous les acteurs publics d'une connaissance fine de la création d'entreprise dans les NTIC :

L'Agence pour la Création d'Entreprises ( www.apce.com )paraît la structure adaptée pour conduire une telle étude dans la suite de la première enquête 2000 ( www.apce.com/dossiers/startup.html)

Il convient maintenant de mettre en place les indicateurs pertinents, de développer les contacts adéquats avec ses homologues étrangers, notamment européens et surtout d'assurer un suivi dans le temps de ces analyses

Par ailleurs, sur le plan qualitatif, il serait souhaitable de mobiliser des équipes d'élèves ingénieurs ayant déjà pour projet professionnel la création d'entreprises pour interviewer de jeunes créateurs

Ils pourraient analyser les blocages que ceux-ci ont rencontrés, ou à l'inverse des concours dont ceux-ci ont pu bénéficier, afin de pouvoir formuler des propositions pour améliorer l'environnement offert aux jeunes entreprises en France. L'école des mines d'Alès, qui s'est largement impliquée dans ce processus pourrait jouer un rôle de pilote pour cette opération

6.1.10 Ouvrir l'accès des marchés publics aux créateurs

Le développement des téléprocédures et la réflexion sur les marchés publics qui devrait être conduite à cette occasion, devraient prendre en compte la nécessité de donner leur chance aux PME de création récente en leur permettant de proposer des solutions innovantes.

6.2 Rétablir les Stock Options pour permettre aux Pme à fort potentiel de croissance de recruter les cadres de haut niveau dont elles ont besoin

Notamment dans le domaine du marketing international et de l'informatique le problème est de trouver des cadres qui acceptent de travailler dans des PME, structurellement fragiles, et ne pouvant pas offrir le salaire des grands groupes: l'expérience l'a bien montré, il ne s'agit pas de salaires détournés (si l'entreprise échoue les stock options perdent toute valeur), mais d'une véritable association du bénéficiaire au sort de l'entreprise qu'il aura contribué à façonner

Il est également de pouvoir composer de solides conseils d'administration où des hommes d'expérience pourraient apporter leurs compétences pour suivre les premiers pas de la start-up :

Le système actuel est jugé opaque, inégalitaire, complexe et peu compétitif par rapport aux pays voisins (qui ont pour la plupart réformé leur fiscalité en terme de stock options: Suisse (avril 97), Italie (janv 98), Espagne (janv 99), Belgique (Avril 99))

Il ne permet en particulier pas de distribution à des dirigeants non salariés et à des administrateurs de sociétés innovantes dont l'expérience rend cruciale une participation active à la vie de l'entreprise

Ce problème déjà mis en exergue l'an dernier dans le groupe animé par JB. Séjourné pourrait trouver une solution grâce au développement dans notre pays du mécanisme des "stock options", une fois levées les difficultés qui sont apparues à leur encontre lors de la présentation de la loi sur l'innovation à la suite d'abus dans les grands groupes.


1 ce marché est loin d'être négligeable, puisque le montant des achats de logiciels de loisirs (120 milliards de francs) a d'ores et déjà dépassé celui de l'industrie du cinéma