Internet : une chance à saisir pour développer création d'entreprises et emploi
Ce phénomène a été amplifié par le fait que le prix d'une action, sur courte période, ne dépend pas de la valeur économique de l'entreprise, mais du prix auquel vous pouvez espérer la revendre ... et ce prix dépend uniquement de ce que vous pensez que les autres pensent, et comme ceux-ci font de même, la valeur d'une action dépend de ce que vous pensez que les autres acteurs pensent que vous pensez on comprend bien l'extrême instabilité que cela crée
De
surcroît Internet lui-même donnait la capacité d'effectuer
des transactions beaucoup plus rapides, de façon beaucoup moins
onéreuse et avec des outils d'aide à la décision extrêmement
sophistiqués permettant au premier venu de disposer d'écrans
analogues à ceux des "golden boys" et de penser qu'il disposait
de la même information que les professionnels
Par
ailleurs des start-up ont clairement commencé alors à construire
des "business plan" davantage destinés à séduire des
investisseurs que des clients (voir www.kasskooye.com)
Bien entendu cette vague spéculative, après l'éclatement de la "bulle", le "e-krach", a été suivie par un creux tout aussi exagéré en 2001 renforçant l'idée pour certains que l'internet n'était qu'une mode éphémère comme la spéculation sur les tulipes au XVIIème siècle
En fait l'analyse, non des cours de bourse, mais du développement des usages montre que pendant cette crise financière le développement de l'Internet, tant pour les particuliers que pour les entreprises se poursuivait sans rupture de rythme
Or ce développement, même s'il concerne au premier chef les entreprises traditionnelles qui y trouvent une source d'économies, de réactivité et de développement, passe par l'émergence de nouveaux concepts et de nouveaux outils, et, l'expérience le montre, innovation signifie le plus souvent, création d'entreprise
La création d'entreprise, source d'emplois directs, mais aussi et surtout de compétitivité pour tout le tissu économique et d'évolution pour toute la société est donc un enjeu majeur et il ne faut pas déduire du e-krach et des innombrables disparitions qui ont suivi un sentiment d'échec
Rappelons nous seulement le développement de l'industrie automobile à la fin du siècle dernier et les centaines de constructeurs dont la plupart ont aujourd'hui disparu : de même qu'aujourd'hui, devant le potentiel de possibilités d'innombrables petites entreprises ont été créées, chacune apportant des idées neuves avant de disparaître ou d'être absorbées. En déduit-on pour autant la faillite de l'industrie automobile parce que 99% des entreprises de ce secteur créées au début du siècle ont disparu?
La principale différence avec ce que nous vivons réside dans la vitesse avec laquelle cette évolution se produit aujourd'hui!
Enfin soulignons que de nombreuses innovations ont échoué parce que le marché ne s'est pas développé à la vitesse prévue (les inerties dans les comportements dans le commerce électronique, où à l'inverse les engouements que personne n'avait prévu comme pour le téléphone portable) sont souvent difficiles à anticiper. Ce n'est pas pour autant que les concepts développés sont sans intérêt: il est très vraisemblable que nombre d'entre eux figureront parmi les ingrédients du succès d'autres entreprises dans le futur et c'est la raison pour laquelle nous avons choisi de ne pas "gommer" de ce rapport ceux qui ont apporté des idées neuves, même si l'échec financier a sanctionné leur aventure
Ces créateurs ont apporté des idées neuves : ils méritent notre reconnaissance et leurs idées se doivent de ne pas être gommées de nos mémoires
Il faut bien entendu examiner les évolutions au delà des péripéties du court terme:1.1.1 Pour le développement économique, l'emploi et la balance commerciale
La création d'entreprises, notamment dans un secteur susceptible de créer des emplois qualifiés et de générer des produits ou des services ayant un marché mondial, est évidemment d'une grande importance pour le renouveau de notre tissu économique.
Or, le secteur des NTIC est aujourd'hui, et de loin, celui qui offre le plus d'opportunités nouvelles, comme le montrent les exemples de plusieurs pays de l'OCDE et notamment les USA, le Canada mais aussi les pays d'Europe du Nord,
Aux États-Unis, ce secteur est passé en tête de tous les autres, tant en ce qui concerne sa contribution au PIB (entre 10% et 15% en 2001, le double de notre pays) que sa part dans l'emploi salarié (de 8 à 12% selon le périmètre de l'analyse).
Là-bas comme en Europe, la croissance de la production et de l'emploi dans ces secteurs a tiré la croissance globale
L'emploi y croissait 5 fois plus vite que dans l'économie en général de 1995 à 2001 (3% contre 0,6%):
L'effondrement des valeurs boursières des start-up , s'il a entrainé la disparition de nombreuses entreprises en phase de décollage qui n'ont pas trouvé les ressources en capital pour atteindre l'équilibre d'exploitation, a surtout élagué de façon Darwinienne les multiples entreprises qui s'étaient lancées sur les mêmes créneaux, ne laissant survivre que les plus fortes
Ce Krach (le "e-krach") a bien entendu fortement ralenti le développement des start-up qui avait atteint des rythmes effreinés début 2000 mais cette baisse des valorisations ne s'est pas traduit pour autant par une baisse du développement de l'Internet et ce secteur est en 2001 encore fortement créateur d'emplois.
Le chiffre d'affaire généré par l'internet dépasse maintenant l'industrie de l'automobile et de l'énergie cumulé
Selon un rapport du ministère du commerce américain rendu public en juin 1999 par le vice-président Al Gore, les trois quart de la croissance des Etats-Unis et 40% des créations d'emploi provenaient des technologies de l'information
Selon une étude de la réserve fédérale américainewww.bog.frb.fed.us c'est les 2 tiers des gains de productivité des 5 dernières années qui sont dues à Internet
Ce chiffre est de 20% pour la France (tableau de bord du MEFI www.finances.gouv.fr)
En 1999 avec 28 Milliards de $ (80% du capital risque) ce montant a été multiplié par plus de 2 par rapport à la même période de 98 ( 12 milliards - PEE San Francisco), cette année là 500 entreprises se sont introduite au Nasdaq en y levant 60 Milliards de $ contre 35 en 98
L'année 2000 a vu "l'explosion" de cette progression au premier trimestre (sur le seul premier semestre le niveau de 28 Milliards de 1999 est déjà dépassé) le montant des fonds investis ainsi que des nouveaux fonds levés ont commencé à baisser fin 2000 (néanmoins selon PriceWaterHouseCooper au second semestre 2000, 11,7 Milliards de dollars ont encore étés investis par des capitaux risqueurs dans des sociétés Internet, soit près du double de la même période 1999!)
Dans cette phase de maturité les montants investis sur chaque opération correspondent en moyenne davantage à des phases de développement et sont unitairement plus élevés:
Une autre évolution doit être notée: l'essentiel de ces fonds s'investissait dans la promotion et le marketing (parfois de façon exagérée comme l'a illustré la faillite retentissante de boo.com) beaucoup plus que dans les développements techniques (Brian Jacobs de St Paul Venture Capital). Cette tendance pourrait s'inverser avec le développement d'entreprises plus technologiques liées au développement des infrastructures à haut débit et des logiciels plus techniques (intranets, Internet nomade, technologies optiques, CRM, KM, cryptage, reconnaissance vocale, places de marché, ASP,...)
En Europe (statistiques EVCA) les fonds de capital risque investis dans les NTIC sont passés de 2,9 Milliards d'euros en 1998 à 8,4 en 1999
Même évolution en France légèrement décalée dans le temps puisque les investissements du capital risque dans les start-up sont passés d'après Chausson Finance de 675MF en 1998 à 2,27Milliards en 1999 dont 79% dans les NTIC et 12% dans les biotechnologies et sur les seuls 9 premiers mois de 2000 ce n'est pas moins de 5,7 Milliards de F qui ont été investis dans des start-up pour conforter le développement des leaders du B to C (Kelkoo (200 MF), Aquarelle, RueDuCommerce,CanalWeb,...) et financer l'émergence des 3 secteurs aujourd'hui les plus porteurs (indicateur Leonardo-Digital Business www.digitalbusiness.fr ):
· le Haut Débit, notamment dans les technologies optiques Algety (30MF) High Wave Optical Technology (300MF)
· et l'Internet mobile avec de nombreuses petites opérations symptomatiques d'un marché en phase de démarrage et qui cherche encore sa voie avec Ubiki (50MF), Webraska (70 MF), VoxMobili avec WooZwoo (5 MF), Mobipocket (9 MF), Aladdino, Mobiclick, K-Mobile, Pagesmobiles, Arkadia Netsystems, Wokup, Cybernomade, FrontSales.com, Internet Télécom, In Fusio, Musiwap.com (6MF), FinGo, Scoot.com, Phonevalley.com (5MF) Freever...
En matière d'emploi une étude réalisée par le Bipe à la demande de notre Ministère chiffre à 145.000 emplois par an les créations dues au développement des NTIC: ces emplois seraient localisés tant dans les services que dans l'industrie
Les innovations majeures ne viennent que rarement des structures établies (que l'on nomme communément par un terme popularisé par JM. Billaut les "Empereurs") car celles-ci sont souvent prisonnières de structures lourdes, de personnel mal préparé à une mutation radicale, d'un réseau de distribution qui paralyse les changements commerciaux rapides1.1.2 Pour l'innovation dont les plus radicales proviennent quasiment toujours d'entreprises nouvelles
Levi's a même du faire machine arrière en supprimant son site de vente en ligne fin 1999 pour ne pas s'aliéner ses distributeurs
Au début de cette révolution, elles sont plutôt prospères ce qui les amène à regarder d'un oeil condescendant les premières aventures, souvent imparfaites de leurs nouveaux concurrents ("seuls les bébés mouillés aiment le changement" rappelle la sagesse populaire...)
Bien souvent elles ne développent une activité Internet que de façon marginale
La prestigieuse Encyclopaedia universalis fondée en 1768 a manqué sombrer : la nouvelle direction a du revoir de fond en comble son business model: le coût de l'encyclopédie est passé de 9.400Fpour l'édition papier à 1.980F(CD-Rom + Internet) en 1998 et 360F en 1999 (la version électronique représentant néanmoins 64% du chiffre d'affaire). Son homologue française Encyclopedia Universalis est vendue sous cette forme à 1.497F
Le prochain pas, celui d'un accès gratuit sur le Web a été franchi début 2000 www.britannica.com avec l'ambition de devenir un site à fort trafic rémunéré pour une large proportion par la publicité
L'affaire est de nouveau bénéficiaire mais le nombre de courtiers est passé de 200 à 30. Par contre l'encyclopédie est maintenant réactualisée en profondeur tous les ans, contre un léger lifting tous les 5 ans précédemment
Ken Olsen, un précurseur dans le manque de vision, président de l'alors puissant Digital equipment déclarait au début des années 1970 "je n'arrive pas à trouver une seule raison pour laquelle quelqu'un voudrait avoir son propre ordinateur.."
La plupart des présidents des grands groupes (IBM, Hewlett-Packard, Ericsson, Compaq...) ont eux-mêmes récemment avoué que leur entreprise n'avait pas pris la mesure à temps de l'importance de cette évolution ou avaient reculé devant l'ampleur des remises en cause nécessaires
"ces dernières années nous n'avons pas tout fait pour devenir un leader dans ce domaine et nous avons eu tort" Lewis Platt Président de Hewlett-Packard
"vous n'imaginez pas la créativité qui est déployée pour résister au changement!" Nobuyuki Idei Pdg de Sony
Thomas Middelhoff nouveau président de Bertelsmann déclarait à l'été 1999 "l'Internet n'est pas une nouvelle activité comme je le pensais,...il va transformer radicalement notre manière de travailler, les règles du jeu changent, il nous faut une nouvelle culture" et en septembre 2000 Richard Mohn, le patriarche-fondateur "avec l'Internet Bertelsmann se trouve dans une situation comparable à celle qui existait à la fin de la guerre. Il faut tout rebatir"
Le "100 days work-out blitz": Jack Welch patron de General Electric, (290 000 salariés) se vantait jusqu'il y a 4 ans de ne même pas savoir se servir d'un micro-ordinateur, sa prise de conscience s'est faite...sous l'influence de sa femme "Avoir une seconde femme 17 ans plus jeune que soi oblige à rester dans le jeu" déclarait-il à "fortune" . Après être passé de la première capitalisation mondiale à la troisième, la prise de conscience tardive (1999) mais fulgurante de ce patron énergique entraine une réaction tout aussi brutale: les 500 principaux dirigeants du groupe qu'il convoque se voient donner un délai de 100 jours pour redéfinir leur stratégie chacun dans son domaine. Une équipe d'un millier de "e-business leaders" sont mis en place. Chacun des cadres dirigeants (lui compris) se voit désigner un tuteur de moins de 30 ans. Les groupes "destroyyourbusiness.com" ont pour objectif d'obliger chacun à imaginer comment une start-up ou un concurrent pourrait les évincer du marché grâce à une capacité de mieux servir le client, et dans la foulée de lancer de nouvelles initiatives
Un an après, 3 niveaux de management étaient supprimés dans la circulation de l'information et GE avait retrouvé la première capitalisation mondiale (530 milliards de dollars), "mais jamais cette révolution n'aurait pu avoir lieu si vite si le terrain n'avait été préparé par une démarche qualité (Six Sigma) ayant orienté toute l'énergie de l'entreprise vers la satisfaction du client"
Merrill Lynch n'a proposé qu'en juillet 1999 un service en ligne à ses 5 millions de client en divisant par 10 ses tarifs de courtage à 29,95$ au lieu de plusieurs centaines de dollars (selon le montant de la transaction) précédemment (et elle a du pour cela acquérir la start-up DE. Shaw pour 25 M$): son cours a aussitôt baissé car les analystes ont considéré que cette stratégie n'était pas crédible sans remise en cause profonde de la structure qui continue de s'appuyer sur ses 15.000 courtiers!
Le Chicago Board of Trade qui effectue encore 95% de ses transactions sur le parquet n'a décidé qu'à l'été 1999 de basculer sur un marché électronique et parce qu'il était sous la menace de William Porter, fondateur d'e-trade, qui projette de lancer un marché des options sur action avec des coûts de transaction beaucoup plus bas
Le 9 nov 1999 Richard Grasso président du NYSE (New York Stock Exchange) sous la pression de ses gros clients qui ont commencé à dévier leurs opérations vers les marchés électroniques (ECN) annonce une évolution semblable malgré les menaces que fait peser cette orientation sur l'avenir de ses opérateurs comme les teneurs de marché
Les ECN avec des entreprises comme DATEK, Instinet, Archipelago, Bloomberg Tradebook,Brass Utilities, Redibook, MarketXT, Strike T, NexTrade, soutenus par les grandes banques d'investissement, pourraient même selon certains remplacer totalement les anciennes bourses: ils sont beaucoup moins couteux, travaillent simultanement sur toutes les places financières, sont opérationnels parfois jusqu'à 23h sur 24. Ils ont déjà capté 22% des transactions du Nasdaq et 6% du Nyse. Ils viennent de décider d'interconnecter leurs systèmes informatiques pour mieux informer leurs clients
Nous écrivions en 1999 "Les ECN sont actuellement sur un rythme de doublement trimestriel (Le Monde 16 sept 99) et pourraient ainsi rendre sans objet les négociations entre les "grandes" bourses européennes (qui ne seraient peut-être pas nouées aussi rapidement en l'absence de la menace qu'ils représentent)" le lancement d'une OPA hostile du Suédois OM Gruppen, créateur de l'ECN Jiway, sur la Bourse de Londres, qui a brisé l'alliance iX avec Francfort, est une cinglante confirmation de ce pronostic et une illustration de l'avance prise par les pays Nordiques dans ces domaines
D'autres Grands Groupes, notamment dans notre pays, n'ont toujours pas compris:
Philippe Lemoine coprésident du directoire des Galeries Lafayette déclarait au Monde "des entreprises ne s'y sont lancées que pour ne pas arriver à la réunion des analystes financiers sans un projet Web quelconque sous le bras. Il y a des tas de gens qui y sont allés sans conviction et qui ont pris le risque de perdre de l'argent et de ne pas savoir pourquoi ils le perdaient. Du coup le retour de bâton est violent".
Malgré des résultats financiers remarquables ces groupes, dans le secteur bancaire par exemple ("qui restent en France dans une stratégie défensive" (Cambridge Technology), se trouvent avec des valorisation moitié moindre que celle de concurrents dont les investisseurs ont le sentiment qu'ils ont véritablement pris conscience des enjeux
C'est un euphémisme de dire que ni les grandes banques, ni les grandes bourses, ni les constructeurs automobile, ni les grandes maisons de disque, ni les leaders de la distribution pharmaceutique n'ont été les visionnaires de leur domaine
"dip toe in the water strategy doesn't work" dit l'adage
L'an 2000 nous paraît avoir été celui de la prise de conscience de nos grandes entreprises:
Elles
ont dépassé le stade du site institutionnel pour s'investir
dans des projets majeurs touchant le coeur même de leur activité
comme cela est ressorti clairement du congrès Net2001 www.mynet2001.net
(reseau virtuel des entreprises du secteur automobile www.mynet2001.com/concours/publiste/63.html,
réorganisation du processus d'achat autour du e-procurement chez
Aventis www.mynet2001.com/concours/publiste/8.html,
service client chez Snecma www.mynet2001.com/concours/publiste/51.html
, création d'une base de donnée pour la maintenance des avions
(SITA) www.mynet2001.com/concours/publiste/31.html
, outil d'analyse stratégique pour les comités de direction
du groupe Renault www
Mettre
discours de Net2001 en ligne
De plus en plus de grands groupes, prenant la mesure du danger, après une première phase de condescendance pour ces jeunes étudiants, commencent à créer des fonds de "corporate venture", sur le modèle des entreprises américaines (Intel dispose d'un portefeuille de 300 sociétés) pour être présents au capital de ces nouveaux venus et disposer ainsi d'un poste d'observation des évolutions en cours sans les étouffer prématurément dans leurs lourdes structures en les rachetant (Cisco considère que 30% de ses innovations proviennent de ses acquisitions, souvent préparées par des prises de participation)
Vivenditure (Vivendi associé à d'autres industriels européens et américains), Auriga (Rhône-Poulenc, Danone, AXA), Innovacom Denis Champenoiset Technocom (France Télécom), Dassault développement Benoit Haber (Pdt)Luc Lechelle (500MF gérés), Thomson CSF Venture Jean-Michel Barbier, Flavius investissement (LVMH), Club de développement (Pinault Printemps Redoute),Europ@web (groupe Arnault), @viso Daniel Scolan (Vivendi, et le groupe japonais Softbank de Masayochi Son), Air Liquide Ventures, eBertelsmann (Bertelsmann doté de 1 Milliard de dollars),de même pour EDF, le CEA, Alcatel, Chrysalead incubateur de Danone, Bull Internet Incubator,...
D'autres comme Thomson, Hewlet Packard ou IBM, encouragent les "spin-off" et Toyota a créé une société totalement en marge des structures (VVC :Virtual Venture Company) avec une quarantaine de jeunes cadres (moyenne d'age 36 ans) pour créer éventuellement une nouvelle marque plus "jeune" échappant ainsi aux réseaux traditionnels et capable de mieux tirer parti des nouvelles possibilités offertes par l'internet
"nous encourageons également la filialisation de certaines découvertes, les start-up étant plus à même de lancer rapidement des produits commerciaux" Paul Horn, patron de la R&D d'IBM : au début des années 1990 une étude interne avait montré que moins de 5% des travaux de recherche débouchaient sur le marché
Même la CIA qui vient de créer le Fonds In-Q-it (en référence au major Boothroyd alias "Q"), doté de 28M$, adopte cette démarche (NY Times du 29 sept 99)
Certaines fonctions ne peuvent être assurées que de façon totalement intégrées à l'entreprise (relations client, approvisionnement, intelligence économique, ingénierie simultanée, intégration des ERP, ...) mais d'autres peuvent être traitées en "périphérie" de l'entreprise (places de marché, ventes sur internet,..) : Ils confient leurs propres développements Internet bien souvent à des filiales ad hoc vivant au rythme et selon les modalités de fonctionnement de la nouvelle économie ce sont soit des "start-up internes", soit de jeunes entreprises rachetées mais qui conservent leur modes de gestion: l'effondrement des valeurs Internet a permi cette année aux entreprises traditionnelles de s'attacher des équipes expérimentées à bon compte (avec cependant le risque de retarder la nécessaire transformation en profondeur de l'entreprise elle-même)
"il est en effet extrêmement difficile de passer d'une organisation basée sur les "fonctions" à une autre basée sur les missions, à un mode de management où il faut donner du sens et pas seulement des directions, "il faut que le manager soit capable de fédérer au service des enjeux du client plutot que toute autre condition de statut, de pouvoir ou de hiérarchie" (Bernard Dufau Pdg IBM France),
"l'entreprise n'est plus une forteresse mais un réseau ouvert, enchevétré avec d'autres...les entreprises deviennent des structures molles à périmètre variable" Bernard Brunhes, les Echos:
Le handicap de notre culture profondément marquée par notre tradition paysanne avec un attachement très fort à la notion de territoire, de patrimoine et de frontières est dans ce domaine un fort handicap supplémentaire pour nos grands groupes
On peut effectivement constater que tous les leaders dans les secteurs nouveaux sont de jeunes entreprises "qui ne pensent qu'à ça" (les "barbares"). Elles n'ont pas d'inertie interne à vaincre, elles n'ont rien à perdre et elles bousculent allègrement les structures établies : Amazon.com, e-trade, Springstreet.com, Dell computer, Onsale, Autobytel, Yahoo! Worldcom, Qwest, Level3, Cisco, AOL, e-bay, e-loan, EMC, Siebel, ariba...
...elles sont souvent dirigées par des jeunes ou des personnes venant, sans préjugés, d'horizons très différents :
Le créateur de Worldcom, Bernie Ebbers, qui vient de réussir sa 71ème prise de contrôle, la plus grosse (et de très loin) OPE mondiale (avec 129 Milliards de dollars) a débuté comme entraîneur de basket puis dans l'hotellerie: il est dorénavant le premier opérateur mondial par sa capitalisation (290 Milliards de dollars) dépassant ATT (250 Milliards), et transporte la moitié du trafic Internet mondial
Celui de Qwest, Phil Anschutz, (créé il y a 2 ans elle atteint une capitalisation de 29 Milliards de dollars en janvier 99 et est en phase de prise de contrôle deUS West pour 35 Milliards) venait d'une entreprise de Chemin de fer
Léquipe de fondateurs de Level3, dirigée par James Crowe, vient du BTP (Groupe Peter Kiewit)...
Une expression avait vu le jour pour décrire ce phénomène :"to be Amazoned"
Elles ont l'esprit libre pour sortir des ornières "you must think and act outside the box"
On les appelle aussi les "Dot.com", car pour mieux marquer leur option totale pour l'Internet elles ont intégré le ".com" dans le nom même de leur marque : Amazon.com, springstreet.com , fromages.com,quote.com, boursier.com, Alafolie.com (industrie du mariage), Xoom.com, Moreover.com, promosdujour.com, startupfailure.com,...sans parler de la ville de Halfway dans l'Oregon qui a décidé de changer son nom pour celui de Half.com!
Certes, toutes ces entreprises ne survivront pas: comme lors des grandes révolutions industrielles des siècles passés (marine marchande, chemin de fer, électricité, automobile, micro-ordinateurs,...) d'innombrables initiatives ont permis une floraison d'innovations, d'intenses spéculations sur les nouvelles "start-up". Des faillites et des crises parfois dramatiques (1929) ont accompagné les phases de consolidation. Il n'en reste pas moins que toutes ces technologies ont façonné le paysage économique et que de nouveaux leaders sont apparus et que l'on est jamais revenu à la situation antérieure
Il semble que là comme ailleurs le "phénomène internet" se traduise par une accélération du temps, une accentuation de la hauteur de la vague, suivi, quasi mécaniquement, par une amplification du creux
La même semaine une PME de quatre ans d'âge, Excite, se vendait plus cher (6,7 milliards de dollars) qu'une grosse entreprise centenaire très convoitée, Volvo (6,3 milliards de dollars) et Yahoo!, après avoir absorbé Geocity, atteint la même valeur que BNP et Paribas réunis tandis que symboliquement AOL avec 63 milliards de dollars dépassait Disney (61 milliards malgré un chiffre d'affaires 10 fois plus élevé) et que Microsoft (261 milliards) prenait la tête du classement mondial devant General Motors ("seulement 257 milliards). En 1999 Microsoft a dépassé la barre des 600 milliards avant de redescendre en particulier lors de son procès pour abus de situation dominante
En juin 1999 Freeserve, fournisseur d'accès britannique gratuit, créé le 22 septembre 1998, vaut 9 mois après sa création presque aussi cher que le plus gros sidérurgiste européen né de la fusion de British Steel et de Hoogoven
Entre mars 2000 et mars 2001 il n'est pas exceptionnel de voir les valorisations baisser de 90% alors même que le développement d'Internet continue à un rythme soutenu
Le e-krach ne doit pas nous faire baisser la garde: il reste toujours aussi important de favoriser la création de nouvelles entreprises technologiques, et cela étant plus difficile, l'effort des pouvoirs publics ne doit pas s'affaiblir, bien au contraire
Internet est davantage une économie de normes, de standards, que de technologie
Plutôt que NTIC, Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, dont nous avons vu à quel point ces mots étaient trompeurs, il serait sans doute plus approprié de les nommer NST : Nouveaux Standards Transactionnels.
Le coût d'un logiciel est quasiment un coût fixe et ne dépend pratiquement pas du nombre de clients: si vous multipliez par 1000 le nombre de vos clients vous divisez pratiquement par ce même chiffre votre prix de revient unitaire...1.1.3 Une économie de Standards: les premiers arrivés prennent les places et sont ensuite indélogeables
Aussi le marché est-il au départ d'un nouveau produit extrêmement instable quand plusieurs compétiteurs s'affrontent: celui qui arrive à distancer ses concurrents se retrouve très rapidement en position dominante, inexpugnable, en devenant la référence dans son secteur tandis que le marché se concentre sur lui
Les autres sont condamnés à disparaître (où à se faire absorber) ce que les américains résument par l'expression "the bigger, the Biggest"
"il faut créer tout de suite un leader mondial. Car quelqu'un qui a une avance dispose d'une fenêtre de 6 ou 9 mois seulement pour en profiter" Maurice Tchénio patron d'Apax Partner
Yahoo!, AOL et Amazon.com ont par exemple atteint un taux de notoriété spontané supérieur à 50% ce qui donne à ces entreprises une valeur boursière sans commune mesure avec leur chiffre d'affaire et leurs résultats financiers:
AOL "a valu" 100 milliards de dollars et Yahoo! a dépassé 100 Milliards de $ début 2000 avant de retomber à 10 à l'été 2001, et Amazon 17 milliards de dollars bien qu'elle fasse encore des pertes.
Cisco a déboursé 6,9 Milliards de dollars pour une petite société californienne Cerent (créée en 1997, 10M$ de chiffre d'affaire, 30M$ de perte, un seul produit...mais qui en donnant accès à la technologie DWDM (multiplexage sur les fibres optiques permettant d'en décupler le débit) apporte à Cisco la dernière brique pour lui permettre une attaque frontale contre les fournisseurs des opérateurs historiques (Lucent, Alcatel,...)
Quant à Lucent et Nortel ils ont dû respectivement débourser 25,2 et 6,7 milliards de dollars - soit 15 M$ par ingénieur - pour racheter Ascend et Bay-Networks afin de rattraper le retard qu'ils avaient pris sur les technologies internet,
Visiblement Lucent a trébuché sur cette marche et sa valorisation s'est effondrée de 280 Milliards de $. Aujourd'hui Lucent, ex-leader mondial est sur le point d'éclater en 4
A son échelle, Alcatel dont les développements techniques étaient étroitement influencés par l'opérateur historique était lui aussi pris à contre-pied par l'effondrement du marché de la commutation traditionnelle et de ce fait sévèrement sanctionné par les marchés
A cette période les analystes de Merrill Lynch, malgré son leadership mondial dans l'ADSL, allaient jusqu'à dire fin 1998: "nous estimons que le manque d'expertise et de compétences intellectuelles d'Alcatel dans ce domaine mettent en péril l'avenir du groupe": de leader mondial en 1995 il était tombé à la 7ème place en 1998, 7 fois plus petit que le leader Lucent.
Pour rattraper les années perdues il a acheté, sur la base de 6M$ par ingénieur Packet Engines (routeurs, 0,315 milliard de dollars) Xylan (2 Milliards de dollars qui apporte la maîtrise de la fusion voix-données, indispensable pour aborder le marché des clients "non-historiques") Genesys et DSC (pour 4 Milliards ) mais sa faible capitalisation lui interdisait des prises de contrôle par échange d'action et il est contraint de payer en cash
Un vigoureux recentrage sur ses points forts (ADSL, technologies optiques,...) une réorganisation, cassant les baronnies et une communication financière rigoureuse lui ont permis en 2000 de retrouver la confiance des investisseurs et, par là même, les moyens de son développement avec une capitalisation remontée à 103 Milliards d'euros (contre 35 au plus bas) qui l'autorise de nouveau à prendre le contrôle d'entreprises lui apportant les technologies qui lui manquent avec du papier comme Newbridge pour 7,1 milliards de $.
Le e-krach l'a certes affecté mais dans une moindre mesure que ses concurrents
Alcatel a maintenant une valorisation proche de Lucent alors qu'il y a un an il n'en valait que 15%! Dans l'économie de l'Internet, tout va tellement vite que rater une marche ne pardonne pas, soulignait John Chambers, patron de Cisco, lors d'un passage à Paris et aucun leadership n'est donc jamais acquis
Un argument que l'on entend souvent en effet dans notre pays paraît extrêmement pernicieux :
"toutes ces entreprises ne reposent en fait que sur une bonne idée en matière de marketing, elles ne bénéficient d'aucune protection technologique, laissons-les donc essuyer les plâtres, créer le marché et les nouveaux entrants bénéficieront de l'expérience et pourront "ramasser la mise""
Mais ne peut-on pas tenir le même raisonnement sur Coca-Cola ? Des dizaines d'entreprises se sont mises depuis une dizaine d'années à fabriquer et vendre des colas en profitant d'une "éducation du goût" déjà faite. Elles ont réussi à mettre sur le marché des produits dont on ne peut pas dire qu'ils soient notablement plus mauvais que l'original. Et pourtant peu d'entre elles approchent la capitalisation boursière du leader historique (la marque Coca-cola, malgré les déconvenues de 1999 est estimée par Interbrand, à 72,5 Milliards de $)
Les pionniers bénéficient en effet, grâce à leur situation de "référence", et au caractère innovateur des services qu'ils offrent d'une énorme publicité gratuite (sans même compter ce rapport) : il y a peu de journaux qui ne parlent chaque semaine, sinon chaque jour, d'Amazon.com et de Yahoo! avec des connotations "jeune", "dynamique", "conquérant" et "sympathique", alors qu'en contrepoint se dessine l'image de "lourdeur", de "vieux", de "manque d'imagination" des "Empereurs", l'image de Goliath contre David
Amazone et Yahoo! Ont atteint en trois ans un taux de notoriété spontanée de 50 % que les très grandes marques ont mis souvent des décennies à obtenir
Ceci est un premier atout d'une valeur considérable que notre culture a tendance à sous-estimer
Deuxième atout : avec la mondialisation tout internaute se trouve placé en position de choisir entre des centaines sinon des milliers de références. Dans ce contexte deux éléments sont déterminants
- le prix car c'est un élément qui se prête à des comparaisons faciles notamment grâce aux agents intelligents
- la notoriété de la marque, facteur de confiance qui offre un repère essentiel milieu de cette jungle
en termes de rentabilité pour le marchand le second est généralement considéré comme le plus important
Troisième atout: de plus en plus les sites marchands véritablement performants pratiquent le "softselling", c'est-à-dire qu'ils offrent aux visiteurs de très nombreux services gratuits afin de les fidéliser et de faire de leur site la référence de la profession :Analyse financière pour E-trade, critique littéraire, club de lecteurs, moteur de recherche pour Amazone.com, banque de données géographiques pour Springstreet.com, tout ce que vous devez savoir sur la voiture pour autobytel,...
Cela représente de très lourds investissements, facilement amortis quand les clients se comptent par millions et, à l'inverse, extrêmement difficiles à financer pour le nouveau venu : rappelons que les logiciels ou les sites sont quasiment des coûts fixes et que, de ce fait, leur prix de revient unitaire est inversement proportionnel au nombre de clients.
Dans la net-économie il y a une prime considérable pour le leader car il peut vendre moins cher, voir même fournir ses services gratuitement, tirer des revenus substantiels de la publicité, et accumuler les moyens financiers pour creuser la différence en termes de qualité et pour racheter ses concurrents malheureux
C'est ce qu'on appelle la loi de Davidow : "le premier qui part à la conquête d'un nouveau marché en conquiert 60%"
Ou plus radicalement "first mover takes all"
Ceci est une des explications des cours de bourse au plus fort de la période de spéculation, totalement déconnectés des chiffres d'affaires et des bénéfices de l'époque mais capitalisant les bénéfices escomptés quand l'entreprise deviendra le "Coca Cola" ou le "Microsoft" de son secteur (même si dans l'euphorie de début 2000 certains ont perdu le sens de la mesure...)
Bluemountain.com, leader des cartes de voeux gratuites en ligne, 65% du marché, a été rachetée en novembre 1999 par Excite@Home pour 780 M$ !
Attention : cela ne signifie pas qu'un leader est inexpugnable : il a peu à craindre d'un imitateur mais il a tout à redouter d'une idée neuve et les chutes peuvent être plus rapides encore que la montée.
L'économie start-up c'est un sprint en forme de Marathon!
La bataille de l'Internet gratuit en 1999, a permis à Dixons d'obtenir en quelques mois trois fois plus de clients que des leaders comme Wanadoo illustre bien ce point.
Mais cela a nécessité une idée marketing neuve : couplage du portail de commerce électronique et de la fourniture d'accès gratuit, et en se rémunérant pour partie par un reversement de la marge réalisée par l'opérateur de la boucle locale
...et la création de nouvelles start-up comme Internet Télécom qui se propose de vendre des plates-formes d'internet gratuit personnalisé, clé en main (portail, plate-forme technique, centre d'appel, ...) aux grands distributeurs (ou aux Banques!) qui choisiraient comme Darty ou la Fnac cette voie pour développer leur commerce
"le succès et l'arrogance qu'il apporte empêche de voir arriver la révolution suivante et ses futurs concurrents. La route 128 qui entoure Boston où se trouve notre siège social est le premier cimetière d'entreprises High Tech des Etats Unis" Michael Ruettgers Pdg d'EMC http://www.emc.com entreprise spécialisée dans le stockage de données, nouveau métier qui se développe avec l'Internet commercial qui nécessite de stocker de gigantesques quantités d'information (74milliards de dollars de capitalisation en 2000, soit plus que Boeing ou Motorola)
Il est donc extrêmement important pour notre pays de faciliter l'émergence de telles start-up, et de créer un environnement qui ne les oblige pas à se vendre très vite à des entreprises étrangères. Le seul domaine aujourd'hui où ce sont des start-up françaises qui dominent le marché mondial est celui des cartes à puces, avec Gemplus
Dans les jeux1(*) (Infogrames, Ubisoft, Cryo, Havas Interactive, In Fusio, Titus Interactive...) dans les industries de la Langue (Systran, Elan informatique), dans le multimédia grand public (Havas Interactive), dans les logiciels d'intelligence économique (Arisem, trivium, Qwam,..)... et plus anecdotiquement dans les fleurs (Aquarelle.com, Jenny Fleurs, Interflora ) nous avons cependant des entreprises figurant parmi les leaders mondiaux.
Bien des entreprises Françaises véritablement innovante se sont installées au moins pour partie aux US pour bénéficier d'un marché plus important, de clients et de partenaires plus avancés, d'infrastructures plus performantes et moins onéreuses et de ressources financières plus significatives
La prime aux entrants est déterminante : si la stratégie du " me too " (produit imité de l'innovateur) connaît parfois des succès dans la pharmacie, même s'ils sont bien souvent relatifs, elle ne saurait ici être gagnante1.1.4 Quid de la stratégie du "me too" (les "suiveurs")?
Malgré les moyens considérables déployés par Barnes&Noble, le leader historique des libraires, malgré son alliance avec Bertelsmann et Hachette on voit ses difficultés à essayer, avec un succès jusqu'à présent non confirmé, de rattraper le temps perdu
Une exception cependant : cette stratégie de l'imitation de modèles qui ont réussi ailleurs peut être intéressante dans des pays encore peu ouverts à internet et qui ne sont pas encore un véritable enjeu pour les entreprises qui font la course en tête
l'objectif est alors, en s'inspirant d'un modèle marketing qui a fait ses preuves outre atlantique, de conquérir une part de marché dans le pays considéré, pour pouvoir la revendre dans un second temps à un leader (Américain ou d'europe du Nord), lui faisant ainsi gagner un temps précieux dans sa phase d'expansion.
En 1999 les entreprises américaines ont acheté 405 entreprises européennes pour 36 milliards de $ (Broadvision)
Pour être même tout à fait francs l'immense majorité des start-up que nous avons rencontrées en France ont créé leur entreprise en copiant (au mieux en adaptant) des modèles ayant déjà connu le succès aux US. D'ailleurs il est caractéristique de voir que dans les présentations faites aux investisseurs l'argument choc est bien souvent "c'est un modèle qui a fait ses preuves aux USA, mais nous sommes les premiers en France"
Ce fut en particulier le cas des fournisseurs d'accès qui n'ont véritablement gagné d'argent que lors de la vente de leur "fonds de commerce" sur une base d'un ordre de grandeur de 1000$ par client (Iway, Calvacom, Imaginet,Caramail, ...)...de 1 600$ pour Ya.com racheté l'Allemand T-Online, de 8000$ pour le rachat de Club-internet par l'Allemand Deutsche Telekom, 24.000$ pour le rachat de VoiceStream par ce même Deutsche Telekom et 30.000$ pour SelfTrade lors de son rachat par l'Allemand DAB
Mais aussi de Autoatnet.com qu'Autobytel a racheté en aout 2000 pour accélérer son implantation en France
"chaque fois que cela sera possible nous procéderons par acquisition plutot que par implantation directe. Dans l'Internet, 2 mois représentent une année de l'industrie classique et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps en créant de nouvelles structures" Bernt Weber Président de Comdirect
En effet
Créer une entreprise dans certains créneaux des technologies de l'Internet demande très peu d'expérience professionnelle: ces métiers étant radicalement nouveaux, un jeune aujourd'hui, à la sortie du système scolaire dispose d'un bagage technique et d'idées neuves que n'a souvent pas un cadre plus âgé ;1.2.1 Dans beaucoup de projets peu d'expérience professionnelle requise pour démarrer
Microsoft vient de recruter pour orienter sa stratégie et former ses directeurs afin de percevoir les besoins emergents de la société, 2 consultants : Jennifer Corriero 19 ans et Michael Furdyk 17 ans qui a créé sa première entreprise à 15 ans (MyDesktop.com et l'a revendue depuis)
Sans même prendre en compte les innombrables start-up qui n'ont pas encore fait leurs preuves, la listes des succès remportés par des entrepreneurs de moins de 25 ans (et parfois même de 20) est impressionnant: quelques exemples
Shavin Fanning n'a que 18 ans quand il fonde Napster qui, moins d'un an après sa création, remet en cause le modèle économique imposé jusque là par les 5 majors ébranlant ainsi tout un secteur économique bien établi
Marco Börries n'avait que 16 ans lorsqu'il a créé Star Division (logiciel libre qui a conquis 30% du marché allemand de la bureautique et qui vient d'être racheté par Sun)
Acses auteur de DealPilot.com, un des leader des "shopbots" qui vient d'être racheté par Bertelsmann a été créé par des étudiants allemands agés de 20 ans
Alex Hartman, était lycéen et avait 17 ans quand il a signé un contrat de 1 million de dollars pour un logiciel simplifiant les connections internet : il avait fondé son entreprise (Amicus www.amicus.com) à 15 ans (le Monde)
Les fondateurs de Mirabilis (ICQ www.mirabilis.com ) n'avaient pas terminé leurs études à l'université de Jérusalem, 18 mois plus tard ils avaient 10 millions d'utilisateurs
Orianne Garcia a 22 ans quand elle crée Caramail revendu 5 ans plus tard 500MF au suédois Spray
Mike Lynch a 23 ans lorsqu'il fonde Autonomy moteur de recherche contextuel à Cambridge, elle vaut aujourd'hui plusieurs Milliards de $
CheckPoint (antivirus) www.checkpoint.com a été créé en 1993 à Tel Aviv par trois jeunes à l'issue de leur service militaire, à trois ans elle rentre au Nasdaq et y lève 60 M$, fin 1998 sa valeur boursière était de 1,13 milliard de dollars
Fabrice Grinda fonde Aucland www.aucland.fr à 24 ans, il en a cédé la majorité à Bernard Arnault pour 120MF
Justin Frankel, 20 ans, étudiant en première année à l'Université de l'Utah a vendu sa société (Nullsoft www.nullsoft.com) pour 100 millions de dollars à AOL : il avait développé en 1996 un logiciel pour lui et ses amis afin de mieux comprimer le son (MP3).
C'est également un groupe d'étudiants qui a créé Firefly, www.firefly.com racheté depuis par Microsoft. En juillet 1999, lors de son introduction en bourse, MP3.com représente les 2/3 de la valeur boursière d'EMI group, la troisième plus grosse maison de disque
L'Allemande "de l'Est", Stephan Schambach n'a que 22 ans quand il créé Intershopwww.Intershop.com qui est devenu, à côté de SAP un des leader Allemend de la nouvelle économie en l'an 2000
Martha Lane Fox a 25 ans quand elle crée lastminute.com
Steve Jobs n'a que 21 ans quand il fonde Apple
Marc Andressen est agé de 23 ans à la naissance de Netscape
Michel Meyer a 25 ans quand il créa Multimania www.multimania.fr, un des sites français, racheté par Lycos, aujourd'hui les plus consulté (hébergement de pages personnelles et de communautés virtuelles)...et il avait déjà créé le célèbre site francophone "the virtual baguette" www.baguette.com lors de son séjour en Californie
C'est au même âge qu'Alexandre Ross fonde Lokace www.lokace.com avec Orianne Garcia 23 ans que Sébastien Forest lance Eat On Line www.eatonline.frou que Bernard Candau crée Chman, le premier site qui crée des contenus de jeu optimisés pour les hauts débits (interactivité comportementale: voir la maquette sur www.banja.com )
Henri Tebeka et Eric Constantini "récidivistes" avec la création d'Apliowww.aplio.com (téléphones IP) avaient créé leur première entreprise, Kortex international, www.primenet.com/~towens/ISDN/kortex.htm alors qu'ils étaient étudiants, dans une cave à Sarcelle
Sébastien Pissavy était également étudiant lorsqu'il créa avec ses copains l'Odyssée Interactive, aujourd'hui leader francophone des webzines de jeux
Nicolas Gaume avait 19 ans lorsqu'il créa Kalisto Entertainmentwww.kalisto.com
Buycentral, moteur de comparaison de prix créé par des étudiants à la fin de leurs études en juin 1999 employait un an plus tard 40 personnes dans 4 pays
Jérémie Berrebi Pdg de Net2One www.net2one.fr (ex-Centralcast) et président pour la France de l'association française des webmestres www.iwanet.org &w n'a que 21 ans quand il lève 10MF pour internationaliser son entreprise comme Alexandre Dreyfus Pdg de WebCity &w qui de son côté obtient 12 MF de capital risque au même mois d'août 1999 (Alexandre Dreyfus qui n'a pas même son bac crée sa première entreprise à 18 ans à Lyon, aujourd'hui à 22 ans il est à la tête de webcity.fr présent dans 8 villes françaises (réseau de sites web de proximité) et son chiffre d'affaire commence à se compter en millions)
Paul Gautier 26 ans cofondateur d'Inktomi est entré en 2000 dans la liste des hommes les plus riche du monde de "Fortune" avec 418 millions de dollars (certes loin encore de Michael Dell qui a créé Dell à 19 ans et de Jeff Bezos (35 ans) ou Steve Case qui a fondé Aol à 27 ans sans parler de Bill Gates qui a fondé Microsoft à 19 ans en compagnie de Paul Allen 22 ans
Sans compter les nombreux sites qui, sans être des entreprises recueillent déjà un trafic très significatif alors que leur créateur est encore en culotte courte: un site de "confession" www.javoue.com réalisé par Daniel 14ans cité par Le Monde et d'innombrables sites de ventes ou d'échange de jeux comme les Pokémon
Pour les domaines nécessitant une bonne connaissance d'une profession ou des réseaux de confiance qui ne peuvent être établis que par une longue vie professionnelle, n'oublions pas qu'une création d'entreprise est, contrairement à d'autres secteurs professionnels, très rarement le fait d'une personne seule: quasi systématiquement c'est l'oeuvre d'une équipe aux compétences complémentaires (la qualité et la cohérence de cette équipe sont d'ailleurs un des critère essentiel d'un investisseur)
L'exemple des très nombreuses start-up que nous avons par exemple rencontrées dans le réseau de business angel Léonardo montre que très souvent ces équipes savent associer l'oeil neuf et la maitrise technologique du jeune diplomé et la longue pratique professionnelle d'un cadre qui prend souvent la responsabilité du marketing ou de la gestion
1.2.2 On peut distinguer trois catégories de petites entreprises: les enfants les nains et les pygmées
· Les seconds, les nains ont vu leur croissance interrompue par un dysfonctionnement hormonal auquel il est parfois possible de remédier : c'est souvent un problème de management quand la technique prend trop le pas sur le marketing. Ce sont souvent des proies pour les premiers
· Mais il ne faut pas pour autant négliger les troisièmes, les pygmées dont la taille pour être petite, n'en est pas moins normale à l'âge adulte :
Le Monde citant le livre de Denis Ettighoffer (e-business génération) indique qu'aux USA se créent ainsi chaque mois 15.000 nouvelles cyber-micro-entreprises
Yves Riquet, 60 ans passionné du "bas couture" assure la survie de l'usine de Montceau les Mines, menacée de fermeture, en commercialisant 22.000 paires de bas notamment au Japon grâce à un site riche en "softselling" www.sodibas.com Le Monde 24 sept 99
Les étoiles les plus brillantes ne doivent pas nous aveugler au point de nous empêcher de voir la Voie lactée
Au moins dans un tout premier stade, créer une entreprise dans ce domaine, demande très peu de capitaux et aux Etats Unis la possibilité de payer en stock options collaborateurs, conseils et fournisseurs diminue encore le besoin de "Cash" au démarrage comme le rappelle Alex Gonthier1.2.3 Pour démarrer peu de capitaux sont nécessaires
Realviz, www.realviz.com spécialisée dans la production d'effets spéciaux a démarré en mars 1998 avec l'apport de 100 kF de chacun de ses 6 membres fondateurs, ils ont ensuite vu leurs capital abondé de 500kF par l'arrivée de 2 business Angels: Alain Tingot, l'ex-président de Siemens-Nixdorf France et Jean-Marie Hulot, l'ex-bras droit de Steve Jobs chez Next. 6 mois plus tard un groupe de capital risque franco-suédois apportait 5 MF pour...20% du capital
Frédérique Artru a créé Odisei www.odisei.com en février 1998 avec 500.000 francs, et il l'a revendu, 18 mois après, pour 80MF au groupe américain 8*8
C'est avec la même somme récoltée auprès de 5 amis qu'a démarré Marc Refabert créateur du célèbre "fromage.com www.fromages.com
pour les entreprises de services les besoins sont quasi nuls:
CDNow www.cdnow.com a démarré dans le traditionnel garage familial,
Rouge-Blanc www.rouge-blanc.com (négoce international de vin) a démarré en 1997 avec 50.000F,
Vinternet www.vinternet.fr/index.htmla été créé par Marc Perrin et Rodolphe Boivin (27 ans chacun) avec la même somme
Teach&Toy créé en 1996 par Jean-Baptiste Gayet, avec 30.000F www.teachandtoy.com (dont 2.000F pour le site, 1.500F pour le logiciel serveur sécurisé SSL, plus le coût du dépôt de marque à l'INPI www.inpi.fr)
l'Odyssée interactive www.jeuxvideo.com démarré avec les économies des étudiants-créateurs s'est autofinancé
Catherine Leroy, PieceUnique.com: mon site me coûte 39$/mois pour l'hébergement, 35$/mois pour le système de paiement et 24$/mois pour un accès permanent à internet il est vrai que ce sont des tarifs américains
Par ailleurs, même si pour les entreprises ayant pu saisir un créneau commercial à très forte croissance les besoins de financement peuvent s'avérer extrêmement important très rapidement, il ne faut pas pour autant oublier que toutes les PME n'ont pas des rythmes de croissance identique : les pygmées peuvent normalement s'autofinancer
80 % des internautes ont ont fait des études supérieures, ils ont encore aujourd'hui 13 ans de moins que la population moyenne, disposent néanmoins d'un revenu double de celle-ci : c'est un public qu'un jeune diplômé est particulièrement à même de "sentir"1.2.4 Un jeune diplômé est naturellement bien en phase avec ces nouveaux marchés
L'internaute consommateur a l'esprit critique, il est allergique à toute forme de matraquage ou de manipulation : Il constitue ainsi une cible très différente de celle qui sert de référence au marketing classique (la traditionnelle et caricaturale "ménagère de 50 ans") et à la TV (considérée par beaucoup d'internautes comme "une machine destinée à l'abrutissement distractif des masses" (C. Huitema, Chief scientist des Bell Laboratories) ;
Certains pourraient objecter que l'usage d'internet se banalise et que la population des internautes se rapproche de la moyenne. Cela est indéniable pour les usages bien établis mais il nous semble qu'il n'en va pas de même pour les développements innovants comme par exemple ceux qui vont découler de l'internet à haut débit, c'est d'ailleurs ce que semble mettre en évidence les premières statistiques
Même sur le plan pathologique l'internaute se distingue par son soucis de dépassement: ses médicaments préférés sont le Viagra et la Nandrolone
L'internaute " créateur ", entrant dans la vie active, est particulièrement à même de sentir le décalage entre les aspirations des jeunes de sa génération et le système économique issu de l'histoire : il est donc bien placé pour saisir les opportunités de développer des initiatives nouvelles
Quelques exemple typique :
ICQ (I seek you) est parti de l'initiative de trois jeunes au sortir de leur service militaire qui ont ressenti le besoin d'un outil permettant à des internautes de bavarder entre eux sur le Web de façon simple et économique : ils ont revendu leur jeune entreprise 587 millions de dollars à AOL
MP3 développé par un jeune étudiant, Justin Frankel, pour stocker des partitions musicales pour ses copains
Eat On Line créé par Sébastien Forest est né, un soir après une longue journée de travail, du constat qu'il était extrêmement long et difficile de se faire livrer un repas à domicile de façon improvisée avec le chois du style de cuisine, la possibilité de consulter une carte...et pas de mauvaises surprise sur la qualité ou les coûts
Teach&Toy créé par un tout jeune papa, Jean-Baptiste Gayet qui cherchait en vain des jeux éducatifs pour sa progéniture
Les créateurs de geocities ont, pour leur part, eu l'idée d'offrir gratuitement aux internautes des outils pour créer leur home page ainsi que l'hébergement de celles-ci (3,5 millions de sites, 32 millions de pages vues, valeur boursière 5milliards de dollars
De même Yahoo! est partie du constat, en 1995, par deux jeunes universitaires, Jerry Yang et David Filo, qu'il manquait à leurs camarades un annuaire des sites, car ceux-ci se faisaient de plus en plus nombreux et il devenait difficile de s'y retrouver : ils créèrent alors le "Jerry's guide to the www"(dernières estimations boursières 35 milliards de dollars pour 200 millions de dollars de chiffre d'affaires et un effectif de 600 personnes, Yahoo! est contrôlé à 31% par le japonais Softbank)
1999 a vu une croissance brutale des vocations de créateurs d'entreprises tant dans les Ecole d'Ingénieurs que de Commerce. Un patron déclarait récemment aux Echos "avant les étudiants d'HEC nous contactaient en quête d'un stage, aujourd'hui ils viennent nous demander 20MF": espérons que cette rupture dans les comportement des étudiants de nos grandes Ecoles se maintiendra malgré la chute de la bourse et l'éloignement des espoirs de fortunes faciles et rapides
Sans doute est-ce parce qu'ils sont par essence ceux qui "sentent" les décalages entre ce qui se fait et ce à quoi certains aspirent ils sont particulièrement à même de trouver les premiers les créneaux pertinents1.2.5 Les artistes aussi
Patrick Robin créateur d'Imaginet, Régie Online etKangaroo Village était éditeur d'art
Michel Forgues et Jean Chouraqui, experts et marchands de tableaux à Toulouse souhaitaient pouvoir présenter leurs tableaux à leurs clients.
Experts pour Sotheby's ils découvrirent à New York les possibilités d'internet et eurent l'idée de faire fabriquer des cartes format carte de visite la ViewCard, qui grâce à des épaulements et à un équilibrage parfait pouvaient être lues dans n'importe quel lecteur de CD Rom.
Catherine Leroy créateur de Pieceunique.com était photographe
Le caractère extrêmement évolutif tant des technologies que des marchés condamne toute approche statique ou malthusienne : elle implique souvent que le chef d'entreprise sacrifie son pouvoir en acceptant des prises de contrôle majoritaires pour ne pas brider l'expansion de son affaire (ce qui la conduirait dans bien des cas à la disparition) : Le nombre de sociétés rachetées par d'autres entreprises est 8 fois plus élevé que le nombre d'introductions en bourse1.2.6 Un domaine où la croissance de l'entreprise et la maîtrise d'un marché l'emporte sur une vision patrimoniale de contrôle et de transmission familiale
"Ce qui est important ce n'est pas de faire des bénéfices, bien au contraire : ce qui est important c'est de gagner de l'argent. Si l'entreprise fait rapidement des bénéfices, c'est soit que l'idée n'était pas très intéressante, soit qu'elle a été gâchée en n'investissant pas massivement dès le départ pour devenir la référence mondiale dans le domaine"
Eric Benhamou CEO de 3Com
Ceci ne veut pas dire jeter l'argent par les fenêtre, car le principe inverse n'est pas vrai : il ne suffit pas de perdre de l'argent pour en valoir beaucoup comme certaines "dot.com que certains ont surnommé ironiquement "dot.org", noms de domaine des "non profit" organisation
Dans les NTIC, le créateur se focalisera davantage sur la création de plus-values, gage de croissance forte à terme, que sur la réalisation de bénéfices rapides :
"ses deux repères sont le burn et le stock" : le "burn est la quantité d'argent "brûlé", c à d dépensé chaque mois et le "stock" est la valeur boursière
"le plus grand risque d'échec est la panne de trésorerie au moment fatidique" Serge Cuesta Pdg de Synchronix www.synchronix.com dans l'Essonne, (créateur du logiciel Bootsweb qui assure diviser par 2 ou par 3 les temps de connexion au web),
et Pierre Haren créateur d'Ilog, de renchérir "le Pdg d'un grand groupe, membre de notre conseil avait conduit au départ le groupe à stagner dans son développement avec le principe "on ne peut dépenser plus d'argent qu'on en gagne". Nous n'avons compris que plus tard que la véritable contrainte, mais celle-là est mortelle, est de ne pas en dépenser plus que ce qu'elle en a et que la différence ce sont les fonds propres..."
Créer une entreprise comporte toujours une part de risque.1.2.7 C'est l'âge ou l'on peut se permettre de prendre des risques
Or le jeune diplômé qui n'est pas encore "installé" dans la vie et qui en général n'a pas encore de charge de famille n'a rien à perdre dans l'aventure, et un échec à ce stade de la vie professionnelle n'est pas pénalisant dans un CV.
Il est à une époque de sa vie particulièrement favorable à courir ce risque.
A Harvard, 35% des élèves ont décidé de commencer leur carrière dans une start-up en l'an 20001.2.8 1999: la rupture du contrat moral entre ingénieurs et Grandes Entreprises
En France les nombreux contacts que nous entretenons avec les élèves des Grandes Ecoles montrent un mouvement analogue, né tout à la fois des opportunités nouvelles offertes par Internet et de la "rupture du contrat moral entre les grandes entreprises et leurs cadres" (Bernard Corneau VP chase Manhattan Bank):
Jusqu'à une période récente, dans notre pays, les ingénieurs,, "officiers de la guerre économique" (Bernard Esambert), avaient autant le sentiment de se battre pour leur pays en travaillant dans une grande entreprise, "champion national", que directement dans l'administration (avec d'ailleurs de nombreux passages de l'une à l'autre, le défi de la compétitivité étant "porté" par l'Etat, actionnaire des entreprises clé de l'économie. il est d'ailleurs symptomatique que les plus grandes des Grandes Ecoles soient des institutions fondées à l'origine pour former les fonctionnaires de l'Etat: X, ENA, Ulm, Mines, Ponts, Télécom, Gref,...)
En contrepartie le cadre bénéficiait d'une forte solidarité de son entreprise, notamment en matière d'emploi et de statut social (lié en partie à l'organisation très hiérarchique, quasi-militaire, voire "royale" de nos grandes entreprises où il est souvent plus important de faire plaisir au chef qu'au client. N'oublions pas que le terme de "barons", défenseur des marches du royaume, pour décrire un haut dirigeant d'un Grand Groupe n'a disparu que récemment)
Aujourd'hui, les restructurations majeures et permanentes des "World Companies" avec leurs charrettes de cadres qui, parfois, avaient sacrifié , durant des décennies,l eur vie familiale à l'entreprise ajouté au fait que le bénéficiaire ultime de leurs effort soit souvent un fonds de pension de retraités américains ou des capitaux flottants internationaux d'origine parfois floue, a considérablement fait baisser "l'affectio sociatis".
L'embauche de conseillers psychologiques pour aider les cadres à vider leur bureau, toucher leur chèque et rejoindre leur voiture sur le parking (Apple) n'adoucit que peu le traumatisme
En particulier les jeunes qui ont vu leurs parents brisés au moment ou eux-mêmes terminaient leurs études, ont profondément changé leur vision du monde professionnel et la participation à la création d'entreprise devient un objectif pour beaucoup d'entre eux plus séduisant que la Grande Entreprise (au moins ils savent pour qui ils travaillent)
Candice Carpenter, créatrice d'iVillage (dont la valorisation a atteint 2 Milliards de dollars), déclarait au Monde "ils ont vu leurs parents donner toute leur vie à une même entreprise, ne jamais être à la maison et se faire virer à 55 ans et ils se disent "et tout ça pour quoi?".alors leur attitude à eux c'est "MA vie c'est moi qui la gère, ... je garde ma loyauté pour moi"
La plupart des Ecoles ont accompagné ce mouvement à travers la "reconnaissance" du métier d'entrepreneur, les formations données et les facilités mises en place notamment, nous le verrons plus loin les incubateurs
La "reconnaissance" du créateur, tant par les média que par les plus hautes autorités de l'Etat, dont nous avions souligné l'importance, a sans doute aussi joué un rôle
1999 sur ce plan a montré clairement une rupture dans les comportement
En effet beaucoup de créations d'entreprises se réalisent de cette façon : les grandes entreprises européennes semblent cependant beaucoup plus réticentes que celle d'outre-Atlantique à laisser filer leurs technologies même si elles ne sont pas les mieux placés pour les développer.1.2.9 N'oublions pas cependant une autre source de création : l'essaimage à partir des grandes entreprises
Une exception peut-être Thomson et qui est à l'origine de très nombreux essaimages encouragés et aidés,
Plus récemment France Télécom qui recentre le CNET vers ses besoins d'opérateur de télécom, a été amené à se dégager des recherches concernant par exemple les composants: dans ce cadre il favorise (grâce en particulier aux financements d'Innovacom) le départ des équipes correspondantes notamment via la création d'entreprises. 82 sociétés ont été créées et 164 étaient en cours de constitution fin 2000 avec de remarquables succès comme High Wave Optical et Algety dans les technologies optiques NetCentrex pour la téléphonie IP, Highdeal pour les outils de transactions électroniques ou Wokup! Pour les technologies Wap
Notons également Hewlet Packard qui très habilement l'utilise comme argument de recrutement pour ses jeunes ingénieurs: elle leur laisse entrevoir la possibilité au bout de quelques années de créer leur propre entreprise avec le soutien de HP.
Un problème fiscal à noter en passant : ces créateurs n'ont souvent pas droit au régime fiscal des quasi Stock Option que sont les Bons de Créateurs d'Entreprises car les services fiscaux n'assimilent pas toujours essaimage et création
Certes le marché bousier des entreprises NTIC est extrêmement spéculatif, notamment parce que la possibilité offerte au public de procéder d'un clic à des achats et des ventes en bourse, quasiment sans frais, peut conduire certains à des comportements boursiers ne prenant que peu en compte les fondamentaux économiques....1.2.10 Des évolutions boursières spectaculaires en hausse comme en baisse ("Start-up" et "Start-Down"), mais néanmoins une importance contamment croissante dans notre économie
Ceux que l'on appelle les «day traders» qui liquident toutes leurs positions chaque soir avant la clôture de marché, vendent et achètent de 30 à 70 fois par jour (contre une fois par mois pour l'investisseur «normal»), tant et si bien qu'ils représentent 25 % des volumes échangés sur le Nasdaq
...et certes ce marché est très volatil (par exemple dans l'après midi du lundi 10 avril 2000 l'ampleur des fluctuations sur le capital de Cisco était équivalent à la capitalisation totale... d'Alcatel!), il n'en reste pas moins qu'il est désormais aux Etats Unis à la fois majeur par sa taille et par sa vitesse de croissance sur longue période
"la capitalisation des valeurs Internet représente aux USA plus de la moitié de la capitalisation globale" Pierre Faure 25/10/99 et elles ont même représenté 70% du Nasdaq contre 5,4% pour les biotechnologies (début 2000)
Il a connu une croissance en valeur du capital spectaculaire sur longue période.
Sur la période 1994-1999 sur les 4125 entreprises dont la capitalisation dépassait 20 Milliards de Dollars, dans le classement établi par le BCG selon le critère de création de valeur, les 20 premières relevaient du secteur "Internet". La première européenne est Nokia (8ème, après 7 américain). Plus de 60% des 100 premiers relèvent du secteur NTIC. L'Oréal un des mieux classé est 62ème et Siemens 97ème
"Un marché qui se développe avec une telle dynamique ne peut pas espérer connaître une croissance à la fois très forte et sans à coups brutaux et de futures secousses sont sans doute à prévoir" écrivions nous l'an dernier
Un exemple typique : l'action VerticalNet est passée d'e 280$ à 30$... mais elle n'en valait que 8 un an plus tot lors de son introduction en bourse, freeserve de 921 à 284 pour une valeur de 190 un an plus tot,
Bien entendu on a pu également assister à un certain nombre de faillites, et ils y en aura sans doute beaucoup d'autres, mais qui peut penser que toutes les aventures risquées se terminent toujours bien? Dans une course de formule 1 il n'y a aussi que peu de places sur le podium et si la pôle position est un avantage indéniable nul n'est à l'abri d'une casse mécanique et d'excellents pilotes sous estimant la raideur des virages par temps de brouillard finissent la course dans les graviers
D'ailleurs un certain nombre de vedettes de l'industrie classique ont connu (à la baisse) des